CROS (Charles)
Publié le 10/03/2019
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CROS (Charles), écrivain français (Fabrezan 1842-Paris 1888). «Mais oui : physicien, chimiste, philosophe et poète, je suis depuis longtemps condamné à n'être que l'humoriste titu-bant de Pituite et du Hareng saur. » A un an de sa mort, Cros dresse ce constat amer de l'énorme malentendu qui incita ses contemporains à ne retenir de lui que l'image d'un bohème fantasque. Pouvait-il nier qu'il avait été un assidu des « Vilains Bonshommes » ou du « Cercle zutique » (dès 1871), un des premiers Hydropathes ou une des célébrités du Chat-Noir (en 1881), qu'il avait même fondé le « Club des zutistes » (en 1883) ? L'habitué des tavernes du quartier Latin, de Montmartre et de Montparnasse avait trop fait rire cafés et salons pour ne pas laisser la trace d'un humoriste vertigineux. Il avait recréé le genre du monologue, oublié depuis le Moyen Âge et qui devint, grâce à lui, une « espèce de vaudeville à un personnage », selon la définition de Coquelin : le comédien se tailla un triomphe en reprenant les textes du poète miséreux, mélange corrosif de burlesque et de « fumisterie » aboutissant au surgissement d'une poésie de l'absurde. Verlaine [Hommes d'aujourd'hui, 1888) sut reconnaître en Cros le poète, le « versificateur irréprochable qui laisse au thème sa grâce ingénue ou perverse ». Mais Cros dut publier à compte d'auteur le Coffret de santal, et les parnassiens, rencontrés dans le salon de la femme aimée, Nina de Villard (sa passion douloureuse), trop impassibles pour le tolérer vraiment malgré sa participation aux deux premiers Parnasse, le rejetèrent («Je suis l'expulsé des vieilles pagodes/ Ayant un peu ri pendant le Mystère »). Trop d'échecs — sa Revue du Monde nouveau qui publia le Démon de l'analogie de Mallarmé n'eut que trois numéros — et trop de fantaisie : comment celui qui rêvait de communiquer avec les autres planètes aurait-il pu ne pas disperser ses dons, littéraires ou scientifiques ? Car il
eut l'idée du phonographe, réussit la synthèse des pierres précieuses, fit des recherches sur la photographie en couleur et pressentit le télégraphe. Sa légèreté, sa désinvolture font de lui l'homme des fulgurations et d'un humour très moderne (en ce sens les surréalistes virent en lui un précurseur et Breton le cite dans son Anthologie de l'humour noir] et l'empêchèrent de figurer au premier rang des poètes ou des physiciens. « Moi, je vis la vie à côté », geint sardoniquement un vers du recueil posthume, le Collier de griffes.
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