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Je est-il un autre ? (Lettre à Pierre Demeny, Arthur Rimbaud)

Publié le 27/02/2011

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rimbaud

Les questions sociologiques actuelles se tournent vers le caractère hermétique des catégories sociales : l'ascenseur social est-il utopique ou est-il une réalité féconde ? En effet, des études montrent que l'héritage notamment familial conditionne la vie future du sujet en question, qui ne se détache que peu ou pas du milieu, de la culture dans lequel il est plongé dès son plus jeune âge. Peut-on affirmer que sa construction est véritablement individuelle et propre à ses choix, ou bien est-elle guidée voire forgée par divers facteurs qui se trouvent être déterminés par la présence et l'influence du monde extérieur et plus encore d'autrui ? Dans une lettre à Pierre Demeny, Arthur Rimbaud affirme « je est un autre «, lorsque son inspiration artistique lui semble venir d'ailleurs. Le problème posé embrasse l'éventuelle présence d'une influence extérieure voire étrangère au sujet, qui s'intègre ainsi dans son identité propre, et interroge le degré d'action de cette influence. Le « je « du sujet permet-il d'affirmer son unité et l'identité de sa personne, guidée par la souveraineté de sa propre conscience ou est-il le produit des influences extérieures et de l'intersubjectivité des consciences ?   

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« est le support des changements à travers sa construction, qui est individuelle mais qui, d'autre part, atteste de laprésence d'autrui. Le sujet unique est l'objet de changements perpétuels tout au long de son évolution, d'un point de vue biologique,mais aussi psychologique et intellectuel.

D'une part, le sujet subit des changements physiques continuels tout aulong de son existence, de la taille au poids, de la puberté à la vieillesse.

D'autre part, le sujet intériorise plus oumoins des valeurs qu'il va accepter ou réfuter selon des temps différents ; sa sensibilité par le goût, le dégoût,l'attachement ou le désir est en perpétuelle modification.

Enfin, d'un point de vue intellectuel, son savoir est unenrichissement permanent par les connaissances qu'il accumule.

En conséquence, est exposé le problème del'identité de soi, qui pose l'interrogation : le sujet peut-il être le même en étant différent ? Si le sujet n'est jamais lemême, peut-il être lui-même ? Du latin subjectum qui a pour signification « jeter en dessous », le sujet est « unsupport » des changements qui l'affectent tout au long de son évolution dans le temps.

Dans le Traité de la naturehumaine, Hume affirme l'inaccessibilité du sujet à son identité, car seuls les changements perpétuels peuvent êtreperçus par celui-ci ; son moi est alors inconnaissable.

Ces changements perpétuels sont ainsi constitutifs de sonidentité et plus encore de son « je » et de son « moi ». Par ces modifications continuelles, le sujet est alors toujours en devenir de lui même, et tout semble attester de laprésence d'autrui dans la multitudes de ces changements.

D'un point de vue intellectuel par exemple, l'homme abesoin de son environnement et plus encore de la présence d'autrui pour développer ses potentialités humaines.

Eneffet, il a besoin d'éducation pour grandir et développer ses capacités – ainsi, par la médiation avec autrui,le sujet peut se dépasser et en conséquence, forger son identité.

De plus, ces changements s'inscrivent dansl'influence de son milieu social, de son héritage familial.

La place d'autrui dans cette construction du sujet est doncprépondérante car elle permet la conquête de son identité. Si autrui intervient et contribue à faire ce que le sujet devient, le sujet est-il alors seulement le produit de ce quel'on a fait de lui ? Se pose en conséquence le problème du degré d'influence extérieure sur le sujet en question et dela liberté du sujet dans son parcours individuel. Le « je » qui caractérise l'identité du sujet est remis en question par l'importance de l'influence d'autrui : qu'est cealors qu'être soi même ? L'intersubjectivité des consciences questionne l'individualité de la construction du sujet :d'une part, autrui constitue le « je » du sujet par le regard qu'il lui porte et qui lui donne accès à sa propreconscience ; d'autre part, le sujet est un être de société qui évolue en fonction de normes et de valeurs. Autrui m'est à la fois familier et étranger : il est en effet mon semblable mais m'échappe.

En ce sens, autrui est toutautant porteur de similitudes avec le sujet en question que d'altérité avec ce dernier.

C'est par le regard d'autruique le sujet peut avoir conscience d'autrui et parallèlement prendre conscience de lui même.

Dans L'Être et leNéant, Sartre expose l'exemple de la honte : lorsqu'un acte aux apparences innocentes pour le sujet lui même estconfronté au regard d'autrui, et apparaît ainsi comme honteux, le sujet découvre une partie de lui même.

En effet, lesujet se voit à travers cet acte comme autrui le voit ; en ce sens, le regard de ce dernier est constitutif du sujeten question et de surcroit, constitutif de la connaissance de celui lui, car ce regard fait prendre conscience au sujetde lui même.

Cette toute puissance du jugement d'autrui est une limite à la liberté du sujet et en ce sens, à laconstruction individuelle de son identité propre – qui est constitué et se considère à travers le regard del'autre.

Ainsi, le degré d'influence d'autrui pèse sur l'autonomie du sujet et met en jeu sa capacité à prendre unedistance vis à vis d'autrui et à dépasser ce regard qui le prive de sa liberté de changements.

Cette influence estplus ou moins propice à l'épanouissement du sujet, qui d'une part peut être un vecteur de dépassement de soi etd'édification de lui même, ou d'autre part peut être un frein à sa construction.

Par conséquent, autrui est lemédiateur entre soi et soi-même et apparaît donc comme fondateur du « je » du sujet.

Est-il seulement le produitdu regard d'autrui ? La construction de l'identité du sujet est inscrite dans un monde relations sociales diverses, qui déterminentdifférents rapports à autrui.

Dans La Politique d'Aristote est défini l'homme comme un « zoon politikon », c'est à direun vivant de société.

Ainsi, l'être humain a besoin de son semblable pour vivre : la nécessité des relations socialesentre hommes ne relèvent pas du « vital » mais de l'interdépendance qui se créent entre eux, pour des raisonsaffectives, culturelles et intellectuelles.

Ces relations appellent à l'existence de normes et de valeurs qui régissentles comportements des acteurs sociaux.

Selon Freud, le sujet intériorise, par la figure parentale principalement, lesinterdits moraux et sociaux, ce que l'on fait et ne fait pas, ce que l'on aime et ce que l'on réfute.

Ces désirs dès lorsrefusés par la société sont alors refoulés par le sujet dont l'activité inconsciente censure le contenu, mais agit pardéformation sur la conscience de celui ci.

Les manifestations de cet inconscient qui concentre l'influence de lasociété et de ses codes sur le sujet échappent donc à la conscience du sujet : si ses actes et ses pensées sontguidés par une force inconsciente à sa propre conscience, le sujet est-il encore être conscient de lui même etmaître de lui même ?. »

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