Le mariage dans sous l'orage
Publié le 28/04/2026
Extrait du document
«
Introduction
D'une part, le poids du passé, l'autorité de la tradition, le prestige des
anciens, d'autre part, l'appel de temps nouveaux, l'ouverture et les émois
de la jeunesse : la profondeur millénaire de l'Afrique et les horizons
stimulants dévoilés par d'autres formes de savoir, ce débat est celui des
pères et des fils, et tel est l'orage subi par les peuples africains.
Il est très
remarquable en ce roman, si juste d'écriture, si mesuré de ton, de voir ce
peuple - ici une famille et un village maliens - sortir de la tourmente sans
sacrifices extrêmes : la parole sage a raison des passions, et le désordre de
l'histoire finalement s'épuise face à l'ordre de la vie.
Sous l'orage évoque
des thèmes essentiels parmi lesquels « le mariage » qui est le thème de
notre exposé.
I.
Le mariage traditionnel dans « Sous l'orage »
Analysant le système du mariage traditionnel en Afrique noire, Seydou
Badian remarque que le pouvoir du père de décider le mariage de ses
enfants existait autrefois en Europe, et peut-être existe-t-il toujours dans
certains milieux ; et il écrit : « Nous ne saurions nous en étonner puisque
nos lois supposaient, hier encore, le consentement des Parents au
mariage ; puisque dans certains milieux l'usage demeure encore de
mariages arrangés par Les parents.
Cependant les pouvoirs réservés au
père par les usages - sinon par les coutumes – en Afrique, étaient
considérables ; puisqu'il arrivait qu'ils décident seuls du sort de leurs
enfants en particulier de leurs filles ».
Remarquons que pour les vieux, le passé n'est pas seulement un trésor
à garder jalousement, mais aussi un point de référence, un moment
précieux qui doit impérativement servir d'exemples aux générations
présentes et postérieures parce qu'il est plein d'enseignements édifiants.
Garants de la sagesse ancestrale et soucieux de sauvegarder l'héritage des
ancêtres, les vieux refusent tout changement en matière de mariage.
Ils
veulent préserver et respecter les instructions de leurs ancêtres tout en
refusant que leur progéniture enfreigne les normes existantes.
Concernant
le mariage de Kany, les vieux insistent : « C’est nous qui décidons,
comme il est d’usage.
C’est à Kany de suivre.
Depuis que le monde est
mondé, les mariages ont été faits comme nous le faisons » (page 54).
À travers ce passage, Seydou Badian place le lecteur devant la
conception du mariage selon les vieux, ici symbolisés par le pronom
personnel « nous » renvoyant à une collectivité distincte.
En revanche le
verbe décider, conjugué au temps présent de l'indicatif, est l'expression
des préceptes établis par les anciens en matière de l'organisation sociale.
Ce précepte est explicité ou clarifié par l’expression « comme il est
d’usage ».
Et ce précepte doit être concrétisé par Kany parce qu’elle doit
obéir aux ordres des anciens : « C’est à Kany de suivre ».
Implicitement,
le locuteur veut dire que la fille n’a pas droit à la parole dans la société
africaine.
Elle est soumise et doit, par conséquent, rester muette devant la
décision prise par les adultes, représentants des ancêtres.
Le locuteur
sous-entend par ailleurs que les tenants de la tradition africaine, compte
tenu de leur expérience, estiment qu’ils ont le droit de choisir, pour leur
fille, le futur mari.
Kany dans ces conditions n’en étant pas épargnée, elle
doit accepter le choix des aînés.
Pour les anciens : Famagan, le polygame
et riche commerçant est le futur mari de Kany.
Leur décision est
également soutenue par Maman Téné : « Kany, ton père et ses frères se
sont réunis.
Ils ont décidé que tu épouseras Famagan [...] C’est la parole
de ton père » (page 71).
Dans le non-dit, on se rend compte qu’à travers la position des anciens, le
romancier veut attirer l’attention de son lectorat sur la place et le rôle de
l’argent dans les conditions de réalisation du mariage en Afrique.
Famagan, bien que polygame, veut épouser Kany, parce que son argent
constitue son arme.
Ainsi, en dépit de son âge et de ses multiples femmes,
il reste le candidat préféré du clan Benfa pour le mariage de Kany.
Les
anciens veulent que leur fille soit l’épouse d’un richissime commerçant.
Qu’importe son âge et le nombre de ses femmes.
Cette conception
traditionnelle du mariage est à l’opposé de celle des modernistes.
Il convient de noter que selon la tradition en Afrique noire, il relève à
la fois du droit et du devoir du père de bien marier son enfant.
C’est un
droit en ce sens que, par son autorité de chef de famille, le père a la
prérogative de choisir un époux ou une épouse pour son enfant.
En
principe, le problème du choix ne se pose pas dans la mesure où l’enfant
ne peut pas refuser le choix de son père sans s’aliéner la tradition et la
société que représente l’autorité paternelle.
Comme le dit bien Seydou
Badian, on sait que « la tradition est transmise par l’autorité paternelle et
la société ».
Les raisons qui justifient le choix du père se trouvent dans le
caractère communautaire du mariage en Afrique noire où le mariage
traditionnel est avant tout une alliance entre deux familles avant d’être un
contrat entre deux individus qui s’unissent.
En l’occurrence, le père ne
peut pas marier sa fille à un homme dont il ne connaît pas le statut
Personnel, car il lui faut préserver l’honneur de son propre Famille.
Il est
donc normal qu’il cherche l’alliance d’une famille amie.
Ainsi le père
Benfa insiste-t-il que sa fille épouse Famagan, parce que ce dernier est
bien connu dans la famille et tout le monde s’est renseigné sur lui.
En
outre, l’intérêt économique joue un rôle important dans le choix du père.
Par exemple, le père Benfa....
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