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Les châtiments de Victor Hugo XIII

Publié le 09/12/2025

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« Les châtiments de Victor Hugo XIII L'histoire a pour égout des temps comme les nôtres, Et c'est là que la table est mise pour vous autres. C'est là, sur cette nappe où joyeux vous mangez, Qu'on voit, - tandis qu'ailleurs, nus et de fers chargés, Agonisent, sereins, calmes, le front sévère, Socrate à l'agora, Jésus-Christ au calvaire, Colomb dans son cachot, Jean Huss sur son bûcher, Et que l'humanité pleure et n'ose approcher Tous ces gibets où sont les justes et les sages, C'est là qu'on voit trôner dans la longueur des âges, Parmi les vins, les luths, les viandes, les flambeaux, Sur des coussins de pourpre oubliant les tombeaux, Ouvrant et refermant leurs féroces mâchoires, Ivres, heureux, affreux, la tête dans des gloires, Tout le troupeau hideux des satrapes dorés ; C'est là qu'on entend rire et chanter, entourés De femmes couronnant de fleurs leurs turpitudes, Dans leur lasciveté prenant mille attitudes, Laissant peuples et chiens en bas ronger les os, Tous les hommes requins, tous les hommes pourceaux, Les princes de hasard plus fangeux que les rues, Les goinfres courtisans, les altesses ventrues, Toute gloutonnerie et toute abjection, Depuis Cambacérès jusqu'à Trimalcion. 4 février 1853. Extrait de La Peste (fin du roman) - Albert Camus Au milieu des cris qui redoublaient de force et de durée, qui se répercutaient longuement jusqu'au pied de la terrasse, à mesure que les gerbes multicolores s'élevaient plus nombreuses dans le ciel, le docteur Rieux décida alors de rédiger le récit qui s'achève ici, pour ne pas être de ceux qui se taisent, pour témoigner en faveur de ces pestiférés, pour laisser du moins un souvenir de l'injustice et de la violence qui leur avaient été faites, et pour dire simplement ce qu'on apprend au milieu des fléaux, qu'il y a dans les hommes plus de choses, à admirer que de choses à mépriser.

Mais il savait cependant que cette chronique ne pouvait pas être celle de la victoire définitive.

Elle ne pouvait être que le témoignage de ce qu'il avait fallu accomplir et que, sans doute, devraient accomplir encore, contre la terreur et son arme inlassable, malgré leurs déchirements personnels, tous les hommes qui, ne pouvant être des saints et refusant d'admettre les fléaux, s'efforcent cependant d'être des médecins.

Écoutant, en effet, les cris d'allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée.

Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu'on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu'il peut rester pendant des dizaines d'années endormi dans les meubles et le linge, qu'il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l'enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse. Aimé Césaire,Discours sur le colonialisme (1950) Présence Africaine, 2004. Je vois bien ce que la colonisation a détruit : les admirables civilisations indiennes et que ni Deterding, ni Royal Dutch, ni Standard Oil ne me consoleront jamais des Aztèques ni des lncas.

Je vois bien celles – condamnées à terme – dans lesquelles elle a introduit un principe de ruine : Océanie, Nigeria, Nyassaland.

Je vois moins bien ce qu'elle a apporté.

Sécurité ? Culture ? Juridisme ? En attendant, je regarde et je vois, partout où il y a, face à face, colonisateurs et colonisés, la force, la brutalité, la cruauté, le sadisme, le heurt et, en parodie de la formation culturelle, la fabrication hâtive de quelques milliers de fonctionnaires subalternes, de boys, d'artisans, d'employés de commerce et d'interprètes nécessaires à la bonne marche des affaires. J'ai parlé de contact. Entre colonisateur et colonisé, il n'y a de place que pour la corvée, l'intimidation, la pression, la police, l'impôt, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies.

Aucun contact humain, mais des rapports de domination et de soumission qui transforment l'homme colonisateur en pion, en adjudant, en garde chiourme, en chicote et l'homme indigène en instrument de production.

À mon tour de poser une équation : colonisation = chosification.

J'entends la tempête.

On me parle de progrès, de « réalisations », de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d'eux-mêmes.

Moi, je parle de sociétés vidées d'elles-mêmes, de cultures piétinées, d'institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d'extraordinaires possibilités supprimées.

On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemins de fer.

Moi, je parle de milliers d'hommes sacrifiés au Congo-Océan.

Je parle de ceux qui, à l'heure où j'écris, sont en train de creuser à la main le port d'Abidjan.

Je parle de millions d'hommes.... »

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