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Noirs américains

Publié le 12/02/2013

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1   PRÉSENTATION

Noirs américains, Afro-Américains, majoritairement les descendants d’Africains amenés comme esclaves dans le Nouveau Monde entre 1501, date à laquelle l’Espagne autorise l’envoi d’esclaves africains dans ses colonies, et 1808, lorsque les États-Unis prohibent l’importation de nouveaux esclaves.

Les Noirs des États-Unis (29 986 060 recensés en 1990) sont généralement restés culturellement et socialement distincts des autres groupes de la population. Bien que les valeurs et les comportements des diverses cultures africaines aient été réprimés par la majorité d’origine européenne en Amérique du Nord, les Noirs réussirent cependant à combiner des pratiques africaines aux éléments culturels européens pour créer une culture afro-américaine mélangée et vivace qui a eu un effet considérable sur les autres groupes culturels, surtout dans les domaines de la musique, de la danse et des arts. Par ailleurs, les Afro-Américains ont adopté le langage et les pratiques sociales qui leur étaient nécessaires pour survivre et prospérer dans une société dominée par les Blancs, tout en conservant leur identité et leurs intérêts distincts. L’histoire des Noirs aux États-Unis est caractérisée par des luttes intenses et continues pour l’obtention des droits civiques, de l’égalité économique et de l’autodétermination politique.

2   LA PÉRIODE DE L’ESCLAVAGE

L’utilisation intensive de travailleurs africains du xive au xviie siècle sur les riches plantations de canne à sucre du Brésil et des Antilles fournit un exemple aux colons européens d’Amérique du Nord lorsque les Amérindiens et les Européens se révèlent insuffisants pour assurer les besoins en main-d’œuvre agricole. Des Africains avaient servi comme guides et comme soldats au cours de la conquête espagnole du Mexique, mais la majorité de ceux qui sont amenés en Amérique du Nord sont utilisés pour produire les cultures d’exportation (tabac, riz, indigo et coton) qui deviennent les principales sources des richesses extraites de leurs colonies par les nations européennes.

Les colons anglais en Amérique du Nord se tournent graduellement vers les esclaves africains pour résoudre leur déficit en main-d’œuvre. L’Espagne fait venir au moins 100 000 Africains au Mexique au xive siècle, mais l’Angleterre ne participe pas activement à la traite des esclaves avant la création de la Royal African Company (« Compagnie royale africaine «) en 1663. Les premiers Africains sont débarqués dans les possessions anglaises en Amérique du Nord en 1619, leur statut étant celui de « travailleurs sous contrat «. À mesure que leur nombre augmente, ils sont employés dans les plantations qui se développent dans les colonies du Sud et du Centre, pour cultiver la canne à sucre, le riz, l’indigo et le tabac. Ces Africains, achetés à bas prix en Guinée, sont revendus dans les Antilles (voir Commerce triangulaire) et achetés par les planteurs, dont ils deviennent les esclaves : ils n’ont aucun droit, dépendent de leurs maîtres qui peuvent en disposer comme de marchandises. Les mariages mixtes sont interdits et des lois punissent la désobéissance des Noirs.

2.1   La guerre de l’Indépendance américaine et les révoltes noires

Le nombre des Noirs sur le territoire américain est inférieur à un million au moment de la guerre de l’Indépendance (1775-1783) : 90 p. 100 sont des esclaves et les trois quarts vivent dans les États du Sud. Malgré les progrès faits dans certains cercles de Blancs de l’idée de l’émancipation des esclaves, soutenue par l’idéologie révolutionnaire, influencée par le rationalisme des Lumières et la piété quaker, la Constitution de la jeune nation décide de rendre effective l’interdiction de la traite des Noirs dans un délai de vingt ans, en janvier 1808. De fait, l’esclavage disparait dans les États situés au nord du Maryland, vers 1810, et les Noirs qui y vivent sont juridiquement libres. Mais en réalité, ils ne peuvent exercer aucun de leurs droits et restent en marge de la société, sans avoir accès au système éducatif public, à un habitat décent ou à la protection de la loi. L’évolution dans le Sud est très différente : l’expansion de la culture du coton au xviiie siècle dans les États du « Sud profond « (les États américains bordant le golfe du Mexique) et du Sud-Ouest a pour conséquence l’établissement d’un ordre politique conservateur, fondé sur l’emploi des esclaves. La libéralisation qui s’est faite sentir dans le Sud à la fin de la guerre est balayée lorsque sont constatés les profits rendus possibles par l’invention de l’égreneuse de coton en 1793. Le besoin de main-d’œuvre augmente et l’esclavage connait, de fait, dans la première moitié du xixe siècle, son « apogée « : on estime que les esclaves noirs sont près de quatre millions en 1860.

Cette période voit les premières révoltes importantes d’esclaves noirs, comme celle de Gabriel Prosser en Virginie en 1800, celle de Denmark Vesey en Caroline du Sud en 1822, et surtout celle de Nat Turner en 1831 ; elles sont toutes sévèrement réprimées.

La discrimination contre les esclaves affranchis est intense, aussi bien au Nord qu’au Sud : restrictions sur leur participation politique, leur droit de posséder des terres et leurs contacts sociaux avec les Blancs. Dès les années 1830, la plupart des États du Sud et certains du Nord limitent ou interdisent l’entrée des Noirs libres sur leur territoire, tandis que des émeutes anti-Noirs éclatent dans les villes industrialisées du Nord.

2.2   Les Noirs semi-libres

C’est à cette époque que les communautés urbaines afro-américaines commencent à créer un certain nombre d’Églises, d’ordres fraternels, d’écoles, de groupes d’aide mutuelle et d’organisations politiques. Bien que l’analphabétisme soit encore la règle, ces institutions développent la confiance en soi des dirigeants noirs et les encouragent à exprimer leurs inquiétudes auprès du public.

Pour sortir de leur situation, les Noirs américains envisagent deux solutions : adopter les valeurs de la société blanche dominante en la réformant, ou tenter de s’évader de la société américaine, en retournant en Afrique ou en émigrant au Canada, ce que font des milliers de Noirs dans les années qui précédent la guerre de Sécession.

2.3   Le mouvement abolitionniste

L’aggravation de la discrimination, combinée à la croissance de l’alphabétisation des Noirs, de la force des institutions et des ressources économiques, favorise une augmentation de l’activisme après 1830. Rejetant la lenteur des plans gradualistes pour mettre un terme à l’esclavage, William Lloyd Garrison réclame l’abolition immédiate de l’esclavage et, aidé par des Noirs, il fonde l’American Anti-Slavery Society (« Société américaine anti-esclavagiste «) en 1833.

2.4   La montée de l’activisme

Pendant les années 1840, les abolitionnistes noirs essaient diverses stratégies pour obtenir la suppression de l’esclavage. En 1843, l’appel du révérend Henry Highland Garnet pour une révolte générale des esclaves manque de peu d’être suivi par une réunion des représentants noirs. En 1847, l’énergique orateur et écrivain noir Frederick Douglass, un ancien partisan de Garrison, s’associe à Martin Delany, un pionnier du nationalisme noir, pour fonder un journal indépendant, le North Star. Harriet Tubman, Sojourner Truth et Maria Stewart sont des abolitionnistes d’action, et, avec d’autres, aident des esclaves à s’enfuir par l’Underground Railroad.

Les lois sur les esclaves fugitifs votées entre 1793 et 1850 et notamment celle de cette dernière année, adoptée par un Congrès aux mains des planteurs du Sud, rendent les Noirs pessimistes sur les chances réelles d’une fin de l’esclavage devenu un élément fondamental du système politique américain.

3   LA GUERRE DE SÉCESSION, LA RECONSTRUCTION ET LA MIGRATION URBAINE

Bien que la plupart des Blancs nordistes ne s’attendent pas à ce que la guerre de Sécession aboutisse à l’abolition de l’esclavage, les abolitionnistes noirs offrent leurs services à la cause de l’Union (les États du Nord) précisément dans ce but. Ironiquement, la politique du Nord concernant l’engagement des Noirs est incohérente au début de la guerre car le président Abraham Lincoln et les autres dirigeants, bien qu’excédés de la tutelle politique des États du Sud, dont la prééminence économique a cessé depuis l’expansion industrielle des villes du Nord, veulent sauvegarder l’Union sans abolir l’esclavage ni faire cesser la discrimination dans le Nord.

3.1   Les Noirs au service de l’Union

Le Congrès accorde au président la permission d’employer des forces noires en 1862. Lincoln publie également sa Proclamation d’émancipation qui libère les esclaves des sudistes qui sont encore en rébellion le 1er janvier 1863. Cette loi a peu d’effet immédiat mais elle marque un changement dans l’attitude de Lincoln, qui aboutit à l’abolition de l’esclavage par le 13e amendement de la Constitution des États-Unis, entré en vigueur le 18 décembre 1865.

3.2   Reconstruction

En dépit de la victoire des nordistes, les Noirs du Sud voient leurs libertés soumises à de sévères limitations après la fin de la guerre de Sécession. Ils ont espéré recevoir les terres confisquées ou abandonnées, ce qui leur aurait donné l’indépendance économique, mais les propriétaires fonciers réussissent à faire adopter des « codes noirs « qui restreignent leur droit de propriété et leur liberté de mouvement. Ce mauvais vouloir du Sud décide le Congrès à prolonger l’existence du Bureau des affranchis et à adopter des lois pour protéger les droits civiques des Noirs : les 14e et 15e amendements de la Constitution, adoptés en 1868 et 1870, interdisent toute discrimination entre citoyens américains et donnent le droit de vote aux Noirs.

L’occupation du Sud par les autorités fédérales ne change pas la domination économique des Blancs, mais elle permet temporairement aux dirigeants noirs de se présenter aux élections et de faire campagne pour des réformes visant à un meilleur enseignement public et à l’abolition des conditions de propriété pour le droit de vote, de la prison pour dettes et de la ségrégation dans les établissements publics. En général, les Noirs du Sud essaient d’exercer les droits qu’ils viennent d’acquérir face au régime de terreur appliqué par des groupes tels que le Ku Klux Klan.

3.3   Érosion des droits des Noirs

Après le retrait des troupes nordistes en 1877, l’intense discrimination raciale et l’économie déprimée incitent de nombreux Noirs à fuir le Sud. De plus, une série de décisions de la Cour suprême dans les années 1880 et 1890 réduit considérablement la protection qui leur avait été accordée par le 14e amendement de la Constitution américaine. Le point final de ce processus est marqué par la décision de la Cour suprême dans l’affaire Plessy contre Ferguson en 1896, qui approuve les établissements publics séparés pour les Noirs. Les droits économiques de ces derniers se dégradent avec les lois sur le droit de rétention des récoltes, qui donne aux propriétaires blancs un titre sur la production des fermes des Noirs, du péonage pour dette et des lois contre le vagabondage qui forcent les Noirs à accepter des emplois sous-payés. Les libertés politiques et économiques des Noirs sont également réduites par des artifices tels que le suffrage censitaire ou les tests de lecture, et par la terreur, comme l’illustre le fait que plus de mille Noirs sont mis à mort par lynchage pendant les années 1890. Théoriquement citoyens américains, les Noirs sont, dans la pratique, maintenus en marge de la société.

3.4   La migration urbaine

La détérioration des conditions de vie dans le Sud après la Reconstruction provoque des vagues de migration des Noirs vers le nord et l’ouest. En 1900, la répartition de la population noire a subi des changements significatifs par rapport à ce qu’elle était avant la guerre de Sécession. Bien que les Noirs soient toujours, pour la plupart, concentrés dans le Sud, environ un quart vivent dans des zones urbaines. Dans les États du nord-est et de l’ouest, plus des trois quarts des Noirs habitent dans des villes. Les plus grandes concentrations sont établies à Washington, Baltimore (Maryland), La Nouvelle-Orléans (Louisiane), Philadelphie (Pennsylvanie), New York (État de New York) et Memphis (Tennessee), ayant chacune plus de 40 000 résidents noirs. Cette migration du Sud rural vers les villes nordistes est un mouvement continu, avec une intensité variable, qui dure jusqu’aux années 1970 : elle a fait de la « question noire « un enjeu national, et a fait plus pour le progrès économique des Noirs que toutes les lois sur les droits civiques.

4   LA CULTURE NOIRE AU DÉBUT DU XXE SIÈCLE

Cette migration provoque de profonds changements dans la société et la vie culturelle afro-américaines. Des intellectuels formés dans les universités comme W.E.B. Du Bois abandonnent la politique d’accommodation prônée par le gouvernement et se mettent à exiger l’égalité des droits par l’intermédiaire de divers groupes de pression, uniquement composés de Noirs, et la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP, « Association nationale pour le progrès des gens de couleur «) qui comprend à la fois des Noirs et des Blancs.

4.1   La prise de conscience des Noirs

La croissance en taille et en niveau d’éducation de la population noire urbaine stimule les activités culturelles et intellectuelles. Des journaux et des revues publiés par des Noirs font leur apparition dans toutes les communautés d’une certaine importance. Les compositeurs Scott Joplin, W.C. Handy et J. Rosamond Johnson, frère de l’écrivain James Weldon Johnson, et le poète romancier Paul Laurence Dunbar sont quelques-uns des artistes noirs qui connaissent le succès au début du siècle. De nombreux autres musiciens et écrivains moins célèbres combinent les styles musicaux occidentaux à des formes rythmiques et mélodiques tirées de leurs racines africaines et de l’esclavage pour créer le jazz afro-américain.

Dès le début du xxe siècle, de nombreuses communautés noires se sont suffisamment développées pour avoir une minorité des leurs dans les professions libérales et les affaires, et l’ancienne déférence envers les valeurs des Blancs fait place peu à peu parmi les Noirs qui ont le mieux réussi, à un sens de fierté ethnique et de cohésion sociale. Les ordres fraternels, les organisations politiques, les clubs et les journaux noirs imposent une prise de conscience à ceux qui vivaient en ville et deviennent ainsi la base de l’activisme et des innovations culturelles des années 1920.

4.2   Première Guerre mondiale

La Première Guerre mondiale marque un tournant dans l’histoire des Noirs américains en accélérant le processus à long terme d’urbanisation des Noirs et de développement des institutions. Lorsque les migrants noirs s’installent dans les villes pour prendre les emplois industriels libérés par les travailleurs blancs qui se sont engagés, la croissance de leur population augmente, ainsi que les occasions offertes dans les métiers libéraux et commerciaux. Les Noirs réagissent au racisme blanc en exprimant leur fierté ethnique et leur unité. Les intellectuels noirs ne s’entendent pas sur le soutien à apporter à la guerre — le syndicaliste A. Philip Randolph et le socialiste Chandler Owen s’y opposent vigoureusement — mais ils s’accordent à penser que les Noirs doivent se servir de cette guerre pour améliorer leur condition. La majorité des 370 000 Noirs dans le service armé sont assignés à des unités de soutien pendant la guerre, mais certains régiments participent activement aux combats. Le 369e régiment d’infanterie est ainsi la première unité alliée à atteindre le Rhin et est décoré de la Croix de Guerre par la France pour ses états de service pendant la guerre. Les soldats noirs reviennent chez eux déterminés à exiger le respect de la nation pour laquelle ils ont combattu.

4.3   L’après-guerre

Les Noirs revenant au pays y trouvent une opposition blanche encore plus intense aux progrès qu’ils ont pu obtenir. Leurs difficultés dans les villes sont toujours importantes : ségrégation à l’embauche, salaire inférieur, chômage plus important, logements chers et délabrés. De plus, de 1917 à l’« été rouge « de 1919, des émeutes anti-Noirs se produisent un peu partout dans le pays. Ces événements les décident encore plus à défendre leurs droits et à suivre leurs dirigeants les plus énergiques.

4.4   La renaissance de Harlem

Mais la fierté et la prise de conscience ethnique qui caractérisent les années 1920 sont marquées par l’activiste noir le plus populaire à cette époque, un immigrant jamaïcain, Marcus Garvey. Un mouvement culturel afro-américain appelé « la renaissance de Harlem « reçoit le soutien des intellectuels noirs : le poète et romancier d’origine jamaïcaine Claude McKay, le romancier Jean Toomer, le poète Countee Cullen, le poète Langston Hughes, le directeur de publication Charles S. Johnson, Jessie Fauset et Du Bois.

Précédemment confinés dans le Sud, le jazz et le blues commencent à être joués dans les cités du Nord pendant la Première Guerre mondiale, les plus grands noms en sont : Louis Armstrong, King Oliver, Jelly Roll Morton, Duke Ellington et Fletcher Henderson.

5   LA CRISE ÉCONOMIQUE DE 1929 ET LA SECONDE GUERRE MONDIALE

L’éveil de la culture afro-américaine des années 1920 s’essouffle dans les années 1930, lorsque les effets de la grande crise détournent des affaires culturelles l’attention qui se concentre sur les problèmes économiques. Le chômage et la pauvreté sont déjà élevés chez les Noirs avant le krach boursier de 1929, mais la dépression généralisée de l’économie donne l’occasion aux Noirs de se joindre aux Blancs pour demander des réformes sociales. Une petite minorité de Noirs rejoint le Parti communiste. Beaucoup plus importante est la participation des leurs au syndicalisme ; ils s’établissent de plus en plus fermement dans de nombreuses industries pendant les années 1930 et 1940. En partie à cause de leur appartenance syndicale, les électeurs noirs se détachent du Parti républicain, auquel ils sont fidèles depuis la Reconstruction, pour se tourner vers le Parti démocrate.

La crise économique permet d’établir les fondations des réformes de droits civiques qui suivent, grâce à l’alliance entre libéraux noirs et blancs. Pendant les années 1930, la NAACP organise une bataille légale acharnée contre la discrimination, se concentrant sur la ségrégation dans l’enseignement public.

5.1   La Seconde Guerre mondiale

La guerre contre les puissances de l’Axe est l’occasion de grands changements dans la politique raciale nationale car elle augmente les besoins en main-d’œuvre et donc celui en travailleurs noirs ; dans le même temps, elle rend les Blancs plus conscients du danger des idées racistes. Au début de la guerre, la menace d’une marche des Noirs sur Washington organisée par A. Philip Randolph force le président Roosevelt à émettre un décret-loi prohibant la discrimination raciale dans les industries de la défense et au gouvernement.

Tout en marquant des points dans la vie civile, les Noirs cherchent également à obtenir une amélioration de leur condition par leur service militaire. Comme dans les guerres précédentes, les Noirs qui s’engagent dans l’armée sont confrontés à une discrimination considérable, bien que le ministère de la Guerre ait fini par approuver la formation d’un certain nombre d’officiers noirs et que certains aient servi comme pilotes et dans des unités médicales et du génie. Environ un demi-million de Noirs servent outre-mer dans des unités ségréguées dans le Pacifique et en Europe. Comme dans la vie civile, des conflits raciaux se produisent dans les camps, aux alentours et dans les zones d’occupation à l’étranger. De graves révoltes éclatent également dans plusieurs camps où les soldats noirs protestent contre leurs conditions de vie déplorables et contre la discrimination raciale.

5.2   Une meilleure compréhension de la part des Blancs

Le désir des Afro-Américains de remporter la victoire à la fois contre le fascisme à l’étranger et contre le racisme dans leur propre pays s’exprime dans la campagne appelée « Double-V «, qui met également en lumière leur mécontentement. La propagande alliée sur la lutte pour les « quatre libertés « permet aux Noirs d’espérer que ces idéaux pourront être réalisés aux États-Unis. Les occupations pacifiques de locaux organisées par le Congress of Racial Equality (CORE, Congrès d’égalité raciale) formé en 1942 démontrent une nouvelle détermination de la part des réformateurs, aussi bien noirs que blancs, à défier la ségrégation raciale. Les succès des Noirs en sport et en science favorisent également le changement d’attitude des Blancs.

6   LA LUTTE POUR LA LIBERTÉ

La période de l’après-guerre voit d’importants changements dans les relations raciales aux États-Unis. À mesure qu’un nombre croissant de Noirs quittent le Sud rural pour s’installer dans les zones urbaines, leur statut économique s’améliore, même si leur revenu moyen reste inférieur à celui des Blancs.

6.1   L’arrêt Brown

Ni le président Dwight Eisenhower, ni le Congrès ne sont prêts à agir en faveur des droits civiques des Noirs au début des années 1950, mais les nominations présidentielles à la Cour suprême des États-Unis préparent la voie à la prohibition de la ségrégation raciale dans les écoles, établie par l’arrêt du procès Plessey contre Fergusson en 1896. En 1954, la Cour juge à l’unanimité dans Brown contre le Bureau d’éducation de Topeka, que « des établissements d’enseignement séparés sont intrinsèquement inégaux « et, l’année suivante, ordonne aux écoles d’État de cesser la ségrégation « avec toute la rapidité possible «. Mais la résistance est forte et, en 1957, l’armée fédérale doit protéger l’entrée d’enfants noirs à l’école de Little Rock (Arkansas). Dix ans après l’arrêt Brown, moins de 2 p. 100 des enfants noirs vont dans des écoles intégrées du Sud. Au début des années 1960, il est nécessaire d’envoyer l’armée et la police fédérale sur le campus de l’université du Mississippi pour faire valoir le droit d’un étudiant noir à assister aux cours.

6.2   La lutte pour la déségrégation

L’arrêt Brown encourage les Afro-Américains à lancer une campagne pour obtenir la déségrégation de tous les établissements et lieux publics. Elle commence dans un autobus de la ville de Montgomery en Alabama, en décembre 1955, lorsqu’une femme noire nommée Rosa Parks refuse de donner sa place à un Blanc et est arrêtée. Sous la direction du révérend Martin Luther King, Jr., les habitants noirs répondent en boycottant les autobus de la ville pendant plus d’un an, jusqu’à ce qu’un tribunal fédéral déclare que la loi de l’Alabama sur la ségrégation dans les autobus est inconstitutionnelle. L’utilisation par King et ses partisans du Southern Christian Leadership Conference (SCLC, « Congrès des dirigeants chrétiens du Sud «) ou ceux du Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC, « Comité de coordination des étudiants non violents «), de moyens non violents pour obtenir des réformes leur donnent une presse favorable.

6.3   L’inscription des électeurs

Les « Freedom Rides « (marches de la liberté) organisées par le CORE en 1961 sont destinées à faire cesser la ségrégation dans les installations qui dépendaient du commerce inter-États ; elles démontrent que les protestataires sont capables de forcer les autorités fédérales à intervenir dans le Sud. Elles amènent de nombreux jeunes activistes au Mississippi où les dirigeants blancs résistent farouchement à toute concession au mouvement des droits civiques. Les responsables noirs du Mississippi, qui s’étaient longtemps battus avec l’aide du NAACP, demandent aux jeunes affiliés au SNCC de concentrer leurs efforts sur l’obtention du droit de vote. Dès 1962, Robert Moses, un instituteur ayant fait ses études à Harvard, rassemble une équipe d’organisateurs qui travaillent en contact étroit avec les résidents locaux essayant de se faire enregistrer comme électeurs. La résistance des Blancs demeure cependant forte. En 1964, après le meurtre de trois des organisateurs, une action à l’échelle nationale aboutit à la tentative infructueuse du Mississippi Freedom Democratic Party (Parti démocrate de la liberté du Mississippi), dirigé par Fannie Lou Hamer, d’évincer la délégation cent pour cent blanche à la convention nationale du Parti démocrate.

À la différence des difficultés rencontrées au Mississippi par le mouvement du droit de vote, les protestations pour les droits civiques remportent de grands succès dans les centres urbains du Sud grâce aux marches de la liberté en 1961-1962, et connaissent leur apogée le 28 août 1963, lors d’une gigantesque manifestation non violente à Washington, demandant au Congrès d’agir sur la question des droits civiques et des lois sur l’emploi. Le Congrès finit par approuver les lois sur les droits civiques, destinées à faire cesser la ségrégation dans les établissements publics. En 1965, une nouvelle série de manifestations à Selma, en Alabama, décide le président Lyndon B. Johnson à proposer une nouvelle loi sur le droit de vote, qui est approuvée le même été et qui a un effet considérable sur l’inscription des électeurs noirs. Au Mississippi, le pourcentage de Noirs sur les registres électoraux passe de 7 p. 100 en 1964 à 59 p. 100 en 1968.

6.4   Fierté noire

Les années d’activisme pour les droits civiques dans le Sud provoquent une montée de la fierté raciale et du militantisme chez les Noirs dans tout le pays. En 1966, le SNCC annonce que le but du mouvement noir n’est plus les droits civiques mais le Black Power, « le pouvoir noir «. Une tendance à l’activisme noir apparait dans les centres urbains du Nord avec, à sa tête, les Black Muslims (Musulmans noirs) de Malcolm X. Les idées de ce dernier deviennent de plus en plus populaires après son assassinat en 1965. Ses appels à l’autodéfense armée reflètent la colère généralisée des Noirs des villes, et se traduisent par des explosions de violence raciale de 1965 à 1968. De nouvelles organisations militantes telles que le Parti des Black Panthers se créent pour organiser le mécontentement des Noirs dans les villes. Mais le radicalisme déclaré de nombreux dirigeants noirs entraîne une répression fédérale considérable et, dès la fin des années 1960, la plupart des groupes militants noirs ont été affaiblis par les raids de la police autant que par leurs dissensions internes. Avant son assassinat en 1968, Martin Luther King lui-même devient la cible de la surveillance et du harcèlement du gouvernement lorsqu’il attaque vigoureusement la participation américaine dans la guerre du Viêt Nam (1959-1975) et exige des réformes économiques.

6.5   Les dirigeants modérés

Le déclin de l’efficacité des radicaux donne l’occasion aux dirigeants noirs plus modérés de reprendre la situation en main, tout en adoptant certains éléments du discours sur la prise de conscience noire. Durant les années 1970, l’attention du public est ainsi de plus en plus attirée par des dirigeants mettant en œuvre diverses stratégies qui ne menacent pas l’ordre social américain. Thurgood Marshall, le premier Noir nommé à la Cour suprême américaine, est le symbole des possibilités qui s’offrent lorsque l’on accepte de travailler à l’intérieur du système politique.

6.6   Les Noirs dans les arts

Les grands noms de la vie intellectuelle noire américaine depuis les années 1960 sont les écrivains Ralph Ellison, James Baldwin, Lorraine Hansberry, Amiri Baraka, Alex Haley, Paule Marshall, Alice Walker, Gloria Naylor, Toni Morrison, Charles Fuller et August Wilson ; les poètes Gwendolyn Brooks, Maya Angelou, Nikki Giovanni et Ntozake Shange ; les cinéastes tels que Gordon Parks, Melvin Van Peebles et Spike Lee ; et les peintres Romare Bearden, Jacob Lawrence et Benny Andrews. Ce dernier, dont les peintures sont des commentaires sociaux sous forme allégorique, est l’un des organisateurs de la Black Emergency Cultural Coalition (Coalition d’urgence culturelle noire) qui proteste en 1969 contre la sous-représentation des Noirs dans l’art américain — surtout que leurs contributions étaient devenues une partie intégrante de l’art et de l’architecture américains, ainsi que de la littérature américaine.

7   LES AFRO-AMÉRICAINS DE LA FIN DU XXE SIÈCLE

En dépit des revers, l’activisme noir des années 1960 a obtenu des gains politiques durables. À mesure que les résidents noirs des villes sont devenus une minorité importante de l’électorat, parfois même une majorité, des candidats noirs remportent des élections. Le nombre d’élus dans tous les États-Unis s’élève d’environ 300 en 1965 à 7 480 (y compris 26 membres du Congrès) fin 1990 ; la première femme sénateur afro-américaine, Carol E. Moseley-Braun, est élue en 1992 dans l’État de l’Illinois. Dans les années 1980, des maires noirs sont élus à Chicago, Philadelphie, New York et d’autres villes de tout le pays. Il y avait 318 maires afro-américains à la fin de 1990, l’année où L. Douglas Wilder est élu gouverneur de Virginie. Dans l’armée américaine, le général Colin L. Powell est nommé à la tête de l’état-major interarmées en 1989 et il joue un rôle important dans la guerre du Golfe. Ces progrès sont contrebalancés par des tendances moins favorables. La vague d’inscription des Afro-Américains sur les listes électorales cesse après 1988. En 1990, seulement 59 p. 100 des Afro-Américains en âge de l’être étaient inscrits sur les listes. Les centres des zones urbaines où ils vivent en majorité se trouvent dans des conditions économiques désastreuses tandis que la coalition démocrate libérale, qui a soutenu les précédentes lois sur les droits civiques, perd de sa force. Les tensions ethniques ainsi créées sont violemment mises en évidence par les émeutes de 1992 à Los Angeles, à la suite de l’acquittement des policiers accusés d’avoir rossé Rodney King, un Afro-Américain arrêté pour une infraction routière.

7.1   Le revenu et l’emploi

Le statut économique des Afro-Américains est lui aussi un mélange d’améliorations évidentes et de problèmes persistants. Durant toutes les années 1970 et 1980, les Afro-Américains, qui représentent environ 12 p. 100 de la population américaine, font des progrès réguliers au niveau de l’éducation, ce qui fait croître de façon considérable la taille de la classe moyenne. Ces progrès deviennent de plus en plus difficiles à entretenir à la fin des années 1980 et de petits reculs se produisent. Le revenu moyen des familles afro-américaines a atteint 19 700 dollars par an et 29,6 p. 100 d’entre elles ont des revenus annuels de plus de 35 000 dollars, mais cette somme ne représente toujours que les trois cinquièmes du salaire moyen des Blancs. Tandis que la perte des emplois industriels continue dans les années 1990, un nombre croissant d’Afro-Américains des villes font l’expérience de la désintégration des familles et de la perte de la sécurité de l’emploi et, en l’absence d’un mouvement noir qui militerait efficacement pour le changement social, les valeurs et les comportements qui ne se conforment pas à ceux de l’ordre social dominant conduisent souvent à l’échec dans la société américaine.

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