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Staline vainqueur de la guerre et de l'après-guerre

Publié le 17/01/2022

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4 février 1945 -   C'est un homme au faîte de sa puissance qui, le 24 juin 1945, préside sur la place Rouge un défilé impressionnant. Dix mille soldats représentant les combattants de tous les fronts jetaient devant le maréchal (devenu quelques jours auparavant généralissime) Staline deux cents drapeaux pris à l'ennemi. Il revenait de loin, ce personnage de petite taille revêtu, comme toujours, d'une vareuse militaire plutôt terne. N'avait-il pas évité de justesse, quatre ans plus tôt, le désastre irrémédiable ?

   Joseph Vissarionovitch Djougatchvili, plus connu sous le pseudonyme qu'il s'était donné, Staline, l'homme d'acier, a alors soixante et un ans. Dans la cohorte qui s'était constituée autour de Lénine avant et pendant la révolution, il n'était pas, loin de là, le plus brillant.

   Comme il paraissait médiocre auprès du flamboyant Trotski, par exemple! Dans la clandestinité, il s'était chargé des besognes les moins nobles. C'est lui qui organisait des attaques de convois bancaires pour constituer un trésor de guerre. Lénine faisait semblant d'être totalement étranger à ces opérations. Ses adversaires ne l'accusaient-ils pas déjà de confondre gangstérisme et lutte politique ? Le fondateur du " parti de type nouveau " avait, certes, mis en vedette Djougatchvili lorsqu'il lui avait demandé de préciser la doctrine communiste en matière de nationalités.

   Il parlait alors de son " merveilleux Géorgien ". A d'autres moments, il voyait en lui un " cuisinier " qui confectionnait de drôles de plats.

   Lorsque Lénine mourut, chacun aurait dû se méfier du savoir-faire du besogneux qui était devenu secrétaire général du parti. Un besogneux qui n'avait aucun succès de tribune : il ne les cherchait même pas.

   Dont les écrits étaient d'une remarquable platitude. Les hiérarques redoutaient surtout le plus brillant d'entre eux, celui qui s'était rallié sur le tard au bolchevisme et dans lequel ils voyaient un avatar de Bonaparte. Certains crurent se servir de Staline pour faire échec à Trotski. Ce fut leur perte. Staline accepta le concours de Kamenev et de Zinoviev le temps de mettre Trotski hors course. Quand Zinoviev et Kamenev s'aperçurent qu'ils s'étaient trompés d'ennemi, il était trop tard.

   Le secrétaire général avait remplacé ses premiers associés par Boukharine et Rykov. Quand ces derniers se rendirent compte à leur tour qu'ils avaient été bernés, il était encore trop tard. Bref, lorsque le secrétaire général devint le maître absolu du parti et du pays, tous les autres anciens compagnons de Lénine furent accusés de trahison, massacrés.

   C'est en décembre 1934 que le système se transforma véritablement en une dictature personnelle. Sans doute Staline avait-il été porté douze ans plus tôt au poste, alors tout nouveau secrétaire général. Mais il lui avait fallu ces douze années pour transformer en pouvoir absolu ce qui n'était en principe qu'une fonction administrative. Le temps de mettre hors course tous ses rivaux. Et de dompter les staliniens. Ce fut l'assassinat de Kirov (1er décembre 1934) qui marqua le tournant.

   Le secrétaire général avait des difficultés avec son parti. Le congrès de 1934 ne s'était pas déroulé comme il l'espérait : on disait même que lors de l'élection pour la composition des organismes dirigeants, Kirov avait eu plus de suffrages que lui. Staline voulait mettre au pas les récalcitrants. Le meurtre de Kirov lui donna l'occasion de s'imposer par la terreur.

   La terreur existait déjà. De nombreux " ennemis de classe " avaient été mortellement frappés. Jusqu'alors, les membres du parti, les dignitaires du régime, étaient préservés du pire. Staline n'avait pas obtenu les exécutions qu'il réclamait. L'affaire Kirov donna le signal de purges massives et sanglantes.

   Purge dans le parti. Purge dans l'administration et dans l'armée. Le dictateur s'était laissé convaincre que la plupart des chefs militaires complotaient avec l'ennemi. Le bilan est effroyable. Trois maréchaux sur cinq exécutés. Treize commandants d'armée sur quinze.

   Cinquante-sept commandants de corps d'armée sur quatre-vingt-cinq.

   Cent dix généraux de division sur cent quatre-vingt-quinze. Et huit amiraux sur huit (précisions données par Jean Elleinstein dans sa biographie de Staline chez Fayard!).

   La facture de cette folie sera lourde au moment de l'invasion. Staline se rendit-il compte lui-même qu'il avait cassé la protection du pays?

   N'est-ce pas pour gagner un répit qu'il négocia en 1939 le pacte avec Hitler ?

   Cet homme si méfiant à l'égard de ses proches fit alors preuve d'une confiance suicidaire à l'égard de son pire ennemi. Le dictateur nazi préparait l'écrasement du bolchevisme et l'asservissement des Slaves.

   Staline refusa de prendre en compte les avertissements de ceux qui signalaient le danger avec des détails de plus en plus précis. Les mises en garde n'étaient, selon lui, que l'oeuvre de provocateurs.

   C'est ainsi qu'il fut surpris par l'attaque du 22 juin 1941. La Wehrmacht n'eut guère de mal à bousculer une armée rouge qui n'était pas suffisamment aux aguets, qui avait été privée d'un encadrement expérimenté. Voici ce qu'en disait Khrouchtchev dans son rapport secret du congrès en 1956.

   " Quand les armées fascistes eurent effectivement envahi le territoire soviétique et que les opérations militaires furent en cours, Moscou ordonna qu'il ne soit pas répondu au tir allemand. Pourquoi ? Parce que Staline, en dépit de faits évidents, pensait que la guerre n'avait pas encore commencé, que ce n'était là qu'une action de provocation de la part de plusieurs contingents indisciplinés de l'armée allemande, et que notre réaction pourrait offrir aux Allemands un motif de passer à la guerre ".

   " Le fait qui suit est également connu. A la veille de l'invasion du territoire de l'Union soviétique par l'armée hitlérienne, un certain citoyen allemand franchit notre frontière et indiqua que les armées allemandes avaient reçu ordre de lancer l'offensive contre l'Union soviétique dans la nuit du 22 juin, à 3 heures. Staline en fut informé immédiatement, mais même cet avertissement fut ignoré ".

   " Comme vous le voyez, tout fut ignoré: les avertissements de certains commandants d'armée, les déclarations de déserteurs de l'armée ennemie et même les hostilités ouvertes de l'ennemi. Est-ce là un exemple de la vigilance du chef du parti et de l'Etat à ce moment historique particulièrement significatif ? " " Et quels furent les résultats de cette attitude insouciante, de ce mépris des faits établis? Le résultat fut que, dès les premières heures, dès les premiers jours, l'ennemi avait détruit, dans nos régions frontalières, une grande partie de notre armée de l'air, et notre artillerie et autres équipements militaires. Il anéantit un grand nombre de nos cadres militaires et désorganisa notre état-major. Par la suite nous fûmes dans l'impossibilité d'empêcher l'ennemi de pénétrer profondément à l'intérieur du pays ".

   " Des conséquences très graves, surtout dans les premiers jours de la guerre, résultèrent de l'élimination par Staline de nombreux chefs militaires et de fonctionnaires politiques entre 1937 et 1941. Pendant ces années, la répression fut instituée contre certaines parties des cadres militaires, commençant à l'échelon des commandants de compagnie et de bataillon et allant jusqu'aux plus hautes sphères militaires. Durant cette époque, les chefs qui avaient acquis une expérience militaire en Espagne et en Extrême-Orient furent presque tous liquidés ".

   " Cette politique de vaste répression contre les cadres militaires eut également pour résultat de saper la discipline militaire parce que, durant de nombreuses années, on avait appris aux officiers de tous grades et même aux soldats, dans le parti et les cellules des Jeunesses communistes, à " démasquer " leurs supérieurs en tant qu'ennemis cachés. (Mouvements dans la salle.) Il est naturel que ceci ait eu une influence négative sur l'état de la discipline militaire dans la première période de la guerre ".

 

   " Et comme vous le savez, nous avions avant la guerre d'excellents cadres militaires, qui, sans le moindre doute, étaient loyaux au parti et à la patrie ".

   " Qu'il suffise de dire que ceux d'entre eux qui survécurent aux sévères tortures auxquelles ils furent soumis dans les prisons se sont comportés, dès les premiers jours de la guerre, comme de véritables patriotes et combattirent héroïquement pour la gloire de la patrie. Je pense ici aux camarades Rokossovski, qui, ainsi que vous le savez, a été emprisonné; Marotskov, qui est délégué au présent congrès; Podlas, un excellent commandant qui tomba sur le front, et à tous les autres. Cependant, de nombreux commandants périrent dans les camps et les prisons, et l'armée ne les revit jamais plus. Tout cela souligne la situation qui existait au début de la guerre et qui constituait la grande menace à notre pays ".

   " On aurait tort d'oublier qu'après les premières défaites et les premiers désastres sur le front, Staline pensa que c'était la fin. Dans l'un de ses discours de l'époque, il déclara : " Tout ce que Lénine avait créé, nous l'avons perdu à jamais " . " " Après cela, Staline ne dirigea pas effectivement-et pendant longtemps-les opérations militaires et cessa de faire quoi que ce soit. Il ne reprit la direction active qu'après avoir reçu la visite de certains membres du bureau politique, qui lui dirent qu'il était nécessaire de prendre certaines mesures immédiatement afin d'améliorer la situation sur le front ".

   " Par conséquent, le danger menaçant suspendu sur notre patrie dans la première période de la guerre était dû largement aux erreurs de Staline lui-même quant aux méthodes par lesquelles il dirigeait la nation et le parti ".

   Le dictateur disparut du 22 juin au 3 juillet 1941. Lorsqu'il sortit de sa torpeur, il prononça un discours radiodiffusé. Au mot rituel de " camarades ", il ajouta cette formule tout à fait inusitée : " Frères et soeurs, combattants de notre armée et de notre flotte, je m'adresse à vous, mes amis. " Par cette phrase, le chef du Parti communiste se muait en guide de la nation. Dans la pire des défaites, il commençait à dessiner son image de vainqueur.

   Les Allemands allèrent très loin, mais ils ne purent prendre Moscou.

   Ils convoitaient Caucase et Transcaucasie mais leur projet fut brisé à Stalingrad. Le maréchal, chef du gouvernement, secrétaire général du parti et futur généralissime, allait tirer la plus grande gloire de cette héroïque résistance.

   Etonnant destin : le " Vojd " n'a pas pris les meilleurs moyens pour empêcher ou pour mener une guerre qui se solda par une vingtaine de millions de victimes soviétiques. Les purges qu'il ordonna firent peut-être aussi une vingtaine de millions de victimes. Toutes les familles ou presque ont souffert de sa politique démentielle.

   Innombrables sont les Soviétiques qui ont de bonnes raisons de détester ce tyran et qui, pourtant, restent fascinés par lui. Ce Géorgien a célébré plus que quiconque le peuple russe, dont il disait dans un toast, le 24 mai 1945 : " Le plus remarquable de tous les peuples de l'Union soviétique, la nation qui s'est signalée entre toutes par sa justesse de vues, sa constance, sa fermeté de caractère ".

   Un révolutionnaire habillé en tsar. Le fabricant du " socialisme dans un seul pays " qui s'apprête à convertir de force au communisme l'Europe centrale et orientale. Le combattant de l'anti-impérialisme qui se taille un empire alors que les autres s'écroulent. Le bonhomme paterne que n'arrête aucun scrupule. Ainsi apparaissait déjà celui qui, après avoir partagé avec ses alliés les lauriers de la victoire sur le nazisme, comptait bien devenir le seul vainqueur de l'après-guerre.

BERNARD FERON
Janvier 1982

 

« dictateur nazi préparait l'écrasement du bolchevisme et l'asservissement des Slaves. Staline refusa de prendre en compte les avertissements de ceux qui signalaient le danger avec des détails de plus en plus précis.Les mises en garde n'étaient, selon lui, que l'oeuvre de provocateurs. C'est ainsi qu'il fut surpris par l'attaque du 22 juin 1941. La Wehrmacht n'eut guère de mal à bousculer une armée rouge quin'était pas suffisamment aux aguets, qui avait été privée d'un encadrement expérimenté. Voici ce qu'en disait Khrouchtchev dansson rapport secret du congrès en 1956. " Quand les armées fascistes eurent effectivement envahi le territoire soviétique et que les opérations militaires furent en cours,Moscou ordonna qu'il ne soit pas répondu au tir allemand. Pourquoi ? Parce que Staline, en dépit de faits évidents, pensait que laguerre n'avait pas encore commencé, que ce n'était là qu'une action de provocation de la part de plusieurs contingentsindisciplinés de l'armée allemande, et que notre réaction pourrait offrir aux Allemands un motif de passer à la guerre ". " Le fait qui suit est également connu. A la veille de l'invasion du territoire de l'Union soviétique par l'armée hitlérienne, uncertain citoyen allemand franchit notre frontière et indiqua que les armées allemandes avaient reçu ordre de lancer l'offensivecontre l'Union soviétique dans la nuit du 22 juin, à 3 heures. Staline en fut informé immédiatement, mais même cet avertissementfut ignoré ". " Comme vous le voyez, tout fut ignoré: les avertissements de certains commandants d'armée, les déclarations de déserteurs del'armée ennemie et même les hostilités ouvertes de l'ennemi. Est-ce là un exemple de la vigilance du chef du parti et de l'Etat à cemoment historique particulièrement significatif ? " " Et quels furent les résultats de cette attitude insouciante, de ce mépris des faitsétablis? Le résultat fut que, dès les premières heures, dès les premiers jours, l'ennemi avait détruit, dans nos régions frontalières,une grande partie de notre armée de l'air, et notre artillerie et autres équipements militaires. Il anéantit un grand nombre de noscadres militaires et désorganisa notre état-major. Par la suite nous fûmes dans l'impossibilité d'empêcher l'ennemi de pénétrerprofondément à l'intérieur du pays ". " Des conséquences très graves, surtout dans les premiers jours de la guerre, résultèrent de l'élimination par Staline denombreux chefs militaires et de fonctionnaires politiques entre 1937 et 1941. Pendant ces années, la répression fut instituéecontre certaines parties des cadres militaires, commençant à l'échelon des commandants de compagnie et de bataillon et allantjusqu'aux plus hautes sphères militaires. Durant cette époque, les chefs qui avaient acquis une expérience militaire en Espagne eten Extrême-Orient furent presque tous liquidés ". " Cette politique de vaste répression contre les cadres militaires eut également pour résultat de saper la discipline militaire parceque, durant de nombreuses années, on avait appris aux officiers de tous grades et même aux soldats, dans le parti et les cellulesdes Jeunesses communistes, à " démasquer " leurs supérieurs en tant qu'ennemis cachés. (Mouvements dans la salle.) Il estnaturel que ceci ait eu une influence négative sur l'état de la discipline militaire dans la première période de la guerre ". " Et comme vous le savez, nous avions avant la guerre d'excellents cadres militaires, qui, sans le moindre doute, étaient loyauxau parti et à la patrie ". " Qu'il suffise de dire que ceux d'entre eux qui survécurent aux sévères tortures auxquelles ils furent soumis dans les prisons sesont comportés, dès les premiers jours de la guerre, comme de véritables patriotes et combattirent héroïquement pour la gloire dela patrie. Je pense ici aux camarades Rokossovski, qui, ainsi que vous le savez, a été emprisonné; Marotskov, qui est délégué auprésent congrès; Podlas, un excellent commandant qui tomba sur le front, et à tous les autres. Cependant, de nombreuxcommandants périrent dans les camps et les prisons, et l'armée ne les revit jamais plus. Tout cela souligne la situation qui existaitau début de la guerre et qui constituait la grande menace à notre pays ". " On aurait tort d'oublier qu'après les premières défaites et les premiers désastres sur le front, Staline pensa que c'était la fin.Dans l'un de ses discours de l'époque, il déclara : " Tout ce que Lénine avait créé, nous l'avons perdu à jamais " . " " Après cela,Staline ne dirigea pas effectivement-et pendant longtemps-les opérations militaires et cessa de faire quoi que ce soit. Il ne reprit ladirection active qu'après avoir reçu la visite de certains membres du bureau politique, qui lui dirent qu'il était nécessaire deprendre certaines mesures immédiatement afin d'améliorer la situation sur le front ". " Par conséquent, le danger menaçant suspendu sur notre patrie dans la première période de la guerre était dû largement auxerreurs de Staline lui-même quant aux méthodes par lesquelles il dirigeait la nation et le parti ". Le dictateur disparut du 22 juin au 3 juillet 1941. Lorsqu'il sortit de sa torpeur, il prononça un discours radiodiffusé. Au mot »

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