Devoir de Philosophie

  Chapitre XXXIII Les collines demeurèrent vertes jusqu'à la fin du mois de juin, puis tournèrent au jaune.

Publié le 30/10/2013

Extrait du document

  Chapitre XXXIII Les collines demeurèrent vertes jusqu'à la fin du mois de juin, puis tournèrent au jaune. La folle avoine était si chargée de graines que les tiges ployaient sous le poids. Les ruisseaux ne tarirent que tard dans l'été. Le bétail vacillait sous sa charge de graisse et les panses regorgeaient. C'était une de ces années où les habitants de la Vallée oubliaient les années sèches. Les fermiers achetaient plus de terre qu'ils n'en pouvaient cultiver, et calculaient leurs bénéfices futurs. Tom Hamilton travailla comme un géant avec ses bras vigoureux et ses mains rugueuses, l'espoir au coeur. L'enclume résonnait à nouveau dans la forge. Il repeignit la vieille maison en blanc et échaula les granges. Il alla à King City pour étudier un modèle de chasse d'eau qu'il recopia et construisit avec une feuille de métal martelée et du bois, et, comme le débit du ruisseau était trop faible, il installa un réservoir en séquoia près de la maison où l'eau était amenée par une pompe éolienne si bien conçue qu'elle tournait au moindre souffle. Il réalisa des modèles réduits de deux inventions qu'il comptait faire breveter à l'automne. Cette flambée de joie décuplait ses forces. Dessie devait se lever très tôt pour éviter que Tom ne fît tout lui-même. Mais elle n'était pas dupe : cet enthousiasme dévorant ne ressemblait pas à celui de Samuel. Il en avait l'apparence et la splendeur, mais il était fabriqué, habilement, au point de faire illusion, mais fabriqué de toutes pièces. Dessie, qui avait plus d'amis que quiconque dans la Vallée, n'avait personne à qui se confier. Elle n'avait pas parlé de son mal, et le gardait secret. Le jour où Tom découvrit sa soeur en proie à une crise, il s'écria : « Dessie, qu'y a-t-il ? « Elle cacha sa souffrance, et répondit : « Une petite douleur, c'est tout. Rien qu'une petite douleur. Je vais déjà mieux. « Un moment après, ils riaient. Ils riaient souvent et beaucoup, comme pour se rassurer. C'est seulement lorsqu'elle allait se coucher que Dessie retrouvait sa solitude et son mal insupportable. Tom, de son côté, dans l'obscurité de sa chambre, était désarmé comme un enfant. Il entendait battre son coeur, il essayait de ne pas penser, et fixait son attention sur des plans, des dessins, des machines. Parfois, ils gravissaient la colline pour voir les reflets du soleil sur les montagnes, et pour respirer la brise venue de la Vallée. Généralement, ils restaient silencieux et jouissaient de la paix du soir. Ils étaient timides et ne parlaient jamais d'eux-mêmes. Ils ne savaient rien l'un de l'autre. Aussi furent-ils étonnés lorsqu'un soir Dessie dit soudain : « Pourquoi ne te maries-tu pas, Tom ? « Il la regarda, puis détourna les yeux : « Qui voudrait de moi ? - Est-ce une plaisanterie, ou le penses-tu vraiment ? - Qui voudrait de moi ? répéta-t-il. Qui voudrait d'un être comme moi ? - Tu as l'air sincère ! « Dit-elle, alarmée. Et aussitôt elle viola leur convention mutuelle : « As-tu déjà été amoureux ? - Non. - Je voudrais le savoir «, dit-elle comme si elle n'avait pas entendu. Ils redescendirent en silence vers la ferme, mais, devant la porte, Tom dit soudain : « Tu t'ennuies, ici, tu ne veux pas rester. « Il attendit un moment, puis : « Réponds-moi. C'est vrai, n'est-ce pas ? - Je suis mieux ici que nulle part au monde. « Puis elle demanda : « Vas-tu voir les femmes ? - Oui. - Te sens-tu mieux après ? - Pas beaucoup. - Que vas-tu faire ? - Je ne sais pas. « Ils entrèrent silencieusement dans la maison. Tom alluma la lampe du vieux salon. Le canapé qu'il avait réparé était appuyé contre le mur, et, entre les portes, les pas avaient tracé un chemin plus clair sur le tapis. Tom s'assit à côté de la table ronde, et Dessie sur le canapé. Elle vit que Tom était gêné par sa dernière phrase. Elle pensa : « Comme il est pur, comme il est inapte à vivre dans un monde que moi-même connais mieux que lui. « Il était un tueur de dragons, un sauveur de demoiselles en détresse, et ses petits péchés lui semblaient si grands qu'il se sentait indigne. Elle souhaita que leur père fût là ; il avait senti quelle grandeur habitait Tom, peut-être aurait-il su, lui, le libérer et lui permettre de prendre son vol ? Elle chercha un autre moyen d'allumer chez son frère un semblant de feu. « Puisque nous parlons de nous-mêmes, as-tu jamais pensé que notre horizon est limité par la Vallée, que nous ne l'avons dépassé que pour aller à San Francisco ou San Luis Obispo ? - C'est vrai, dit Tom. - N'est-ce pas ridicule ? - Nous ne sommes pas les seuls. - Ce n'est pas une raison. Nous pourrions aller à Paris, à Jérusalem, à Rome. Je voudrais tant voir le Colisée. « Il lui jeta un regard soupçonneux, s'attendant à quelque plaisanterie. « Comment ferions-nous ? Il faut beaucoup d'argent. - Je ne crois pas, dit-elle. Nous n'avons pas besoin d'habiter des palaces. Nous pourrions prendre les bateaux les moins chers et la classe la plus basse, c'est ainsi que notre père est venu d'Irlande. Nous pourrions aller en Irlande. « Il restait sur la défensive, mais une flamme naissait dans ses yeux. Dessie continua : « Nous pourrions travailler pendant un an, économiser sou après sou. Je peux faire de la couture à King City. Will nous aiderait. L'été prochain nous pourrions vendre le bétail et partir. Rien ne nous en empêche. « Tom se leva et sortit. Il leva la tête vers les étoiles estivales, Vénus la bleue et Mars la rouge. Ses mains pendaient à ses côtés. Il les ouvrit et les referma plusieurs fois. Puis il rentra dans la maison. Dessie n'avait pas bougé. « Tu veux vraiment partir, Dessie ? - Plus que tout au monde. - Alors nous partirons. - Et toi, veux-tu ? - Plus que tout au monde, dit-il. L'Egypte... As-tu pensé à l'Egypte ? - Athènes, dit-elle. - Constantinople. - Bethléem. - Oui, Bethléem. (Puis il ajouta soudain) : Va te coucher. Nous avons une année de travail devant nous. Va te reposer. Je vais emprunter de l'argent à Will pour acheter une

« « Tu t’ennuies, ici,tune veux pasrester. » Il attendit unmoment, puis : « Réponds-moi.

C’estvrai,n’est-ce pas ? – Je suismieux icique nulle partaumonde. » Puis elledemanda : « Vas-tu voirlesfemmes ? – Oui. – Te sens-tu mieuxaprès ? – Pas beaucoup. – Que vas-tu faire ? – Je nesais pas. » Ils entrèrent silencieusement danslamaison.

Tomalluma lalampe duvieux salon.

Le canapé qu’ilavait réparé étaitappuyé contrelemur, et,entre lesportes, lespas avaient tracé unchemin plusclair surletapis. Tom s’assit àcôté delatable ronde, etDessie surlecanapé.

Ellevitque Tom étaitgêné par sadernière phrase.Ellepensa : « Comme ilest pur, comme ilest inapte àvivre dans un monde quemoi-même connaismieuxquelui. » Ilétait untueur dedragons, un sauveur dedemoiselles endétresse, etses petits péchés luisemblaient sigrands qu’ilse sentait indigne.

Ellesouhaita queleur père fûtlà ; ilavait senti quelle grandeur habitait Tom, peut-être aurait-ilsu,lui, lelibérer etlui permettre deprendre sonvol ? Elle chercha unautre moyen d’allumer chezsonfrère unsemblant defeu. « Puisque nousparlons denous-mêmes, as-tujamais penséquenotre horizon estlimité par laVallée, quenous nel’avons dépassé quepour alleràSan Francisco ouSan Luis Obispo ? – C’est vrai,ditTom. – N’est-ce pasridicule ? – Nous nesommes paslesseuls. – Ce n’est pasune raison.

Nouspourrions alleràParis, àJérusalem, àRome.

Je voudrais tantvoirleColisée. » Il lui jeta unregard soupçonneux, s’attendantàquelque plaisanterie. « Comment ferions-nous ? Ilfaut beaucoup d’argent. – Je necrois pas,dit-elle.

Nousn’avons pasbesoin d’habiter despalaces.

Nous pourrions prendrelesbateaux lesmoins chersetlaclasse laplus basse, c’estainsi que notre pèreestvenu d’Irlande.

Nouspourrions allerenIrlande. » Il restait surladéfensive, maisuneflamme naissait danssesyeux. Dessie continua : « Nous pourrions travaillerpendantunan, économiser souaprès sou.Jepeux fairedela couture àKing City. Will nous aiderait.

L’étéprochain nouspourrions vendrelebétail etpartir.

Riennenous en empêche. » Tom seleva etsortit.

Illeva latête vers lesétoiles estivales, Vénuslableue etMars la rouge.

Sesmains pendaient àses côtés.

Illes ouvrit etles referma plusieurs fois.Puis il rentra danslamaison.

Dessien’avait pasbougé. « Tu veux vraiment partir,Dessie ? – Plus quetout aumonde. – Alors nouspartirons. – Et toi,veux-tu ? – Plus quetout aumonde, dit-il.L’Egypte… As-tupensé àl’Egypte ? – Athènes, dit-elle. – Constantinople. – Bethléem. – Oui, Bethléem.

(Puisilajouta soudain) : Vatecoucher.

Nousavons uneannée de travail devant nous.Vatereposer.

Jevais emprunter del’argent àWill pour acheter une. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles