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CONSEILS METHODOLOGIQUES : la dissertation philosophique.

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CONSEILS METHODOLOGIQUES : la dissertation philosophique. 1) L'objectif à atteindre : Comprendre une dissertation philosophique, c'est définir par là même un objectif précis à atteindre, afin d'éviter ce qui arrive trop souvent: un mélange des genres. Les dissertations sont trop fréquemment conçues comme des exposés (récitation passive de connaissances toutes faites) ou, défaut inverse, comme des improvisations. Dans les deux cas, l'objectif fondamental de toute dissertation est perdu de vue; à savoir, le développement d'une réflexion en acte dans le mouvement d'analyse d'un problème. Toute dissertation a ce point de vue le côté actif d'une démarche réflexive. Elle est processus et non résultat. En tant que réalisation réflexive, elle désignerait plutôt le mouvement de réalisation active que le produit réalisé. Nous dirons que la réflexion en elle doit toujours être vivante, avoir le caractère d'une démarche. Ainsi, vous serez noté non sur ce que vous pensez mais sur ce qui vous amène à penser ce que vous pensez ! La dissertation philosophique est un exercice de réflexion à la fois personnelle et informée. Personnelle parce qu'il s'agit de réfléchir par soi-même dans le but de répondre à la question posée. Informée parce qu'il s'agit à partir de sa réflexion de retrouver des auteurs de philosophie, de nourrir ses propos de référence à des auteurs, c'est-à-dire à des éléments de doctrines. Que vous demande-t-on AU JUSTE ? Non pas d'apporter des solutions définitives aux problèmes éternels de la philosophie, ni même des vues originales, mais plus modestement de manifester un peu d'esprit philosophique. Qu'est-ce à dire? Simplement de montrer que vous êtes capable d'une part de faire preuve d'esprit critique (ce qui ne veut pas dire adopter une attitude forcément négative ou polémique, mais poser et analyser les éléments d'une question et les notions qu'elle met en jeu, découvrir les problèmes qui se cachent derrière de fausses évidences, ainsi que démasquer les faux problèmes), et d'autre part de mener une réflexion logique et cohérente (la logique et la cohérence de votre dissertation doivent devenir chez vous une véritable obsession). 2) Comment organiser son temps ? - Travail préparatoire (au brouillon): une heure. - Conception et rédaction de l'introduction: début de la seconde heure. - Mise au point et rédaction de la première partie du développement: fin de la deuxième heure. - Mise au point et esquisse rédigée des transitions. - Rédaction successive des parties suivantes du développement (3 et 4ième heure). - Conception et rédaction de la conclusion: 20 dernières minutes. - Relecture finale de l'ensemble: 5 minutes (impératif...). 3) Le traitement du sujet & le travail préparatoire et ses étapes (à effectuer au brouillon) : Une fois, le sujet choisi (pas plus de 15 minutes de réflexion), commence le travail préparatoire, à effectuer au brouillon, et qui constitue, nous l'avons vu, un prologue capital à la rédaction proprement dite. Chaque phase de travail peut être définie et illustrée à la fois par une ou plusieurs questions, qui canalisent la recherche et lui fournissent des points de repère. On répondra à ces questions: - Définir le plus précisément les termes du sujet. - Se demander s'il n'y a pas plusieurs lectures possibles, de manière à ne pas laisser des aspects ou des problèmes sans réponse (cf. sujets avec : « Peut-on ? », « Doit-on ? », « Faut-il ? ») - Chercher les présupposés et implications du sujet : Par exemple, pour le sujet « L'histoire se répète-t-elle ? » Présupposé : une certaine conception du temps : soit cyclique, soit linéaire.  Implications : soit négation, soit affirmation de la liberté humaine. Optimisme ou pessimisme anthropologique. - Noter les idées, références, exemples (premier matériau de réflexion). Sur une feuille en orientation « paysage », faire un tableau avec autant de colonnes que de parties dans votre devoir et notez les éléments, références dans la bonne colonne. Il arrive qu'un énoncé puisse être légitimement interprété de plusieurs façons différentes (par exemple, tel sujet sur la liberté pourra être traité d'un point de vue métaphysique ou politique). Dans ce cas il conviendra de ne pas mêler les problématiques et d'indiquer clairement dans l'introduction - quel qu'en soit le type - dans quel sens on entend le traiter. 4) Concevoir et rédiger une introduction Le rôle rempli par l'introduction n'est pas celui d'une pure et simple présentation du sujet. L'introduction comporter 3 moments : - Une entrée en matière qui peut se faire à partir : - d'un fait remarquable emprunté à l'histoire ou à l'actualité. Ce fait peut être un événement historique important aussi bien qu'un fait divers, anodin en apparence, mais en réalité représentatif et significatif; - d'une pensée d'un auteur, d'un artiste, etc., ou de la « sagesse populaire », d'un mythe (cf. exemple ci-dessous : L'homme est-il la proie des passions ?); - d'une situation concrète ordinaire (cf. exemple ci-dessous : Quels sont les obstacles essentiels à la connaissance de notre passé ?) ; - d'un lieu commun, d'un stéréotype, d'une « idée toute faite », etc., pour le mettre en question (montrer que certaines évidences ne sont que de fausses évidences). Surtout, éviter absolument les formules générales et creuses du genre « De tous temps, les hommes... » A l'issue de cette entrée en matière le sujet doit être exposé en toute lettre et en totalité. Si vous ne trouvez rien qui vaille, commencez directement par le sujet. - Présenter la problématique, le plus rapidement possible, mais le plus clairement possible. Dégager les enjeux du problème, c'est-à-dire ce qu'il met en jeu, ce qu'il en coûterait s'il n'était pas résolu. La problématique se doit de présenter le plan du devoir, ce qui peut se faire sous la forme de questions qui chacune à leur manière présente le problème ou un de ses aspects, mais de telle sorte que les parties ainsi annoncées soient effectivement des réponses aux questions posées et telles qu'elles le sont. Veillez à ce que les directions de recherches annoncées dans l'introduction soient effectivement suivies dans le développement. Pour cela il vaut mieux rédiger l'introduction après avoir établi le plan définitif du devoir. - Annonce du plan du devoir : Facultative pour certains correcteurs, on pourra utiliser des formules du style : « Dans un premier temps/moment, il s'agira de montrer que ? Ensuite, nous verrons que ? Pour finir/ En troisième lieu, ? » Exemple d'introduction partant d'une citation. Sujet : L'homme est-il la proie des passions ? « Rien de grand ne s'est accompli dans le monde sans passion» nous dit Hegel. Selon lui, ce sont les passions qui feraient avancer l'histoire du monde en se servant de l'homme. Ce qui semble assuré, du moins, c'est que les passions emplissent le monde : elles sont partout, dans la vie publique comme dans la vie privée. Mais que doit-on mettre sous le mot de passion ? Que veut-on signifier lorsqu'on demande si l'homme est la proie des passions ? Le problème n'est-il pas de savoir si l'homme nourrit lui-même ses passions, si donc d'une certaine manière il en est responsable, ou s'il est la victime de passions qui lui seraient en quelque sorte étrangères, qui le dépasseraient ? Exemple d'introduction partant d'une situation ordinaire. Sujet : Quels sont les obstacles essentiels à la connaissance de notre passé ? Lors de certaines réunions familiales, il n'est pas rare que les parents, grands-parents et autres membres d'une famille évoquent le passé, le « bon vieux temps ». Chacun y va de sa petite histoire, ponctuée des « Te souviens-tu? », « Tu te rappelles? ». Mais tous ne se rappellent pas, et quand bien même tous se souviennent, les souvenirs diffèrent et les polémiques font vite leur apparition. Pourtant ce passé objet de litige est commun : chacun l'a vécu, chacun devrait le connaître. D'où vient que cela n'est pas? Existe-t-il des obstacles essentiels à la connaissance de notre passé ? 5) La problématique : La problématique d'une dissertation philosophique est le jeu de questions, liées entre elles et tirées du sujet lui-même, auxquelles le développement va progressivement répondre. La problématique est donc un programme de questionnement élaboré à partir de la question posée par le sujet. Problématiser une question, c'est déployer cette question en questionnement. En fait, le travail philosophique commence par le doute; et douter, c'est se poser des questions, les bonnes questions. Problématiser une question, c'est se poser des questions auxquelles il faut répondre afin de pouvoir conclure. La problématique est donc un doute organisé. (cf. le doute cartésien - cours sur la conscience). En tant que programme de traitement du sujet, la problématique fixe les grandes lignes du développement de la dissertation. Problématiser un sujet, c'est préparer le plan de progression de la réflexion. Le pb est implicite dans le sujet. Il faut l'exposer, l'expliciter. Par exemple: La culture peut-elle être porteuse de valeurs universelles? ? Comment ce qui est seulement particuliers pourrait-il contenir de l'universel? 6) Élaborer un plan L'organisation et la structuration de la dissertation ne peuvent préexister à une analyse approfondie du sujet, dont elles ne sont que la synthèse dynamique. Il ne s'agit pas de plaquer sur des idées disparates, mais de dégager un principe d'ordre susceptible d'intégrer les lignes directrices au sein d'une démarche cohérente. Ce travail n'est pas dissociable de la mise en place de la problématique. Il s'agit de lier deux exigences pour "programmer" efficacement le cheminement de la dissertation. Les grands types de plans et la manière dont les traiter. En aucun cas, il ne s'agit de proposer ici des plans "passe-partout". Chaque dissertation requiert un plan uniquement conçu pour elle, et adéquat de ce fait à la spécificité de l'énoncé sur lequel elle se développe. Un plan se compose de parties : deux au minimum. Rarement plus de trois. Chaque partie se subdivise à son tour et sa structure interne doit être elle aussi logique. A) Le plan progressif et le plan analytique + un exemple => Le plan progressif : Il s'agit qu'une structuration visant à une progression par approfondissement de l'analyse des notions. Ce plan peut être très fréquemment utilisé car il a l'avantage, comme le plan dialectique, de correspondre à une progression naturelle et non artificielle de la pensée et de la démarche intellectuelle. Il consiste à fournir plusieurs définitions successives de la notion considérée, non point selon un plan de pur hasard, mais en progressant dans l'analyse des notions, en soulignant leur enrichissement. Il permet d'aller de l'immédiat à l'universel selon un ordre progressif. C'est un plan qui met en valeur la richesse des notions. Type de questions où il faut un plan progressif : « Qu'est-ce que? » Exemple: "Qu'est-ce que la transcendance ?" - La transcendance comme dépassement au sens psychologique du terme : Etymologiquement, transcender signifie "aller au-delà", dépasser. Tel est le caractère de la conscience humaine. Elle se dépasse perpétuellement (pour-soi), à l'inverse des choses ou "en-soi", qui sont toujours égales à elles-mêmes. L'homme, au contraire, peut se faire autre qu'il n'est; il est transcendance (cf. l'existentialisme sartrien). Cette dernière est le caractère psychologique de la conscience en tant qu'activité de dépassement. - Activité de transcendance au sens moral du terme : L'homme est aussi un créateur de valeurs. A ce niveau, la transcendance apparaît comme cette activité par laquelle l'homme se dépasse, tente d'aller au-delà de lui-même et crée des valeurs morales. - La transcendance métaphysique et religieuse : Enfin, le moi individuel peut tenter de monter vers le Transcendant divin, peut s'efforcer d'atteindre l'existence d'un Etre autre que lui-même. La transcendance devient ici le mouvement de dépassement métaphysique et religieux (cf. cours sur la religion à venir). Ainsi, de degré en degré, l'activité de transcendance s'enrichit en progressant de l'aspect psychologique simple vers les notions les plus idéales, celles qui appartiennent à la sphère métaphysique et religieuse. => Le plan analytique : Les sujets où le plan analytique s'impose exigent plusieurs réponses qui se complètent sans se contredire. Par exemple : « A quoi reconnait-on une ?uvre d'art ? », « A quelles conditions une loi est-elle juste ? ». Pour ces sujets, la qualité première attendue est l'exhaustivité des réponses. Un plan analytique aura 2, 3 ou 4 parties rangées par ordre d'importance : il s'agit de partir des idées les plus évidentes aux moins connues. Type de questions où il faut un plan analytique : « Pourquoi ? ? », « Quel(le)(s) ? ? », « En quoi ? ? », « Qu'est-ce qui ? ? ». Exemple : « Pourquoi travailler ? » Pour ce type de sujet, plusieurs réponses sont demandées. On partira du plus « concret » au plus « abstrait ». N.B. :Le « pourquoi » interroge : la causalité et la finalité (cf. ci-dessous) : I) L'homme travaille avant tout pour des raisons purement économiques et matérielles o Le Travail, avant tout synonyme de « métier » o Le travail, activité nécessaire pour survivre TRANSITION : Une telle conception du travail n'est-elle pas restrictive ? II) Le travail comme activité humaine, appartenant à l'essence même de l'homme o Le travail comme activité non pas seulement utile mais bonne en elle-même, pour elle-même : point de vue moral o La justification religieuse du travail TRANSITION : Mais le travail peut-il n'être qu'une succession d'activité dans lesquelles l'homme ne trouverait aucun intérêt ? III) L'homme travaille parce qu'il y trouve l'occasion de s'améliorer o Le travail comme effort pousse l'homme à se dépasser. Le travail rend libre. o Le travail comme moyen de se construire et s'imposer face à l'autre. La dialectique du maître et de l'esclave chez Hegel o Le travail libéré (#travail aliéné) confère une dignité. B) Le plan dialectique + un exemple PRECISION : Le terme de dialectique est un terme galvaudé. Pour saisir la signification du plan dialectique, il faut revenir au sens fondamental de cette notion. On appelle dialectique (en particulier chez Hegel) une démarche qui procède par contradictions surmontées, c'est-à-dire en allant de la thèse à l'antithèse, puis la synthèse. La méthode dialectique est un mouvement dans lequel la contradiction appelle un dépassement. Cela signifie que les contradictions sont intégrées et dépassées dans le mouvement total, que toute contradiction va tendre à se résoudre dans la synthèse de la thèse et de l'antithèse. Pensez à la graine qui deviendra arbre et enfin fruit? Il y a une part de vérité dans la thèse. Il y a une part de vérité dans l' « antithèse ». La « synthèse » réconcilie l'une avec l'autre. La « synthèse » réalise leur union et leur dépassement. L'amour ne réconcilie-t-il pas l'âme et le corps ? Le fruit n'est-il pas « évolution » et « résultat » de la graine et de l'arbre ? Exemple de plan dialectique pour le sujet : « L'homme est-il mauvais par nature ? » (corrigé distribué en classe) La grande majorité des sujets actuels exigent un plan dialectique. Ces sujets invitent à poser un « pour » ou un « oui » et un « contre » ou un « non » ! L'idéal est de réaliser ensuite une synthèse. La synthèse se définit comme une démarche visant à recomposer ou reconstituer un nouvel ensemble à partir d'éléments: par conséquent, vous ne devrez jamais la considérer comme le retour à la thèse antérieurement émise. Il ne s'agirait pas ici d'une synthèse au sens fort et spécifique du terme. Enfin, la conciliation pure et simple de la thèse et de l'antithèse est également à proscrire. Ne dites pas, dans votre prétendue synthèse: « il y a du vrai dans les deux opinions ». Cet amalgame faussement conciliant n'est pas une synthèse (plan café au lait !). Vous voyez que le plan dialectique ne doit pas verser dans la réponse de Normand! : « P'etre bien que oui, p'etre bien que non ! » ou « ça dépend des cas / des personnes / du temps qu'il fait » ! Rien n'est plus antiphilosophique qu'une argumentation platement relativiste. On ne vous demande pas, dans le cadre d'une dissertation philosophique, d'être faussement conciliant ou mollement tolérant. La synthèse doit procéder d'une réalité spirituelle plus haute. Elle doit dépasser l'opposition entre la thèse et l'antithèse. Elle doit trouver une solution qui réconcilie les deux points de vue et qui les dépasse. Si vous ne parvenez pas à trouver la synthèse, reportez-vous à la section « Trucs et Astuces » ci-dessous ! Type de questions où il faut un plan dialectique : « Peut-on ? ? », « Faut-il ? ? », « Doit-on ? ? », « Existe-t-il ? ? », « Y a-t-il ? ? ». Exemple 1 : La raison peut-elle avoir raison du mythe ? Introduction : le passage du mythe à la raison a-t-il vraiment valeur de rupture épistémologique ? I. Faiblesse explicative du mythe a. Le mythe n'obéit pas au principe de non-contradiction b. Il pervertit la causalité en fatalisme ou miracle c. Il introduit une finalité dans la nature Transition : le mythe révèle l'impuissance de l'homme II. Le triomphe de la raison a. La science libère les hommes du mythe b. La raison contraint à démontrer ce qu'on affirme c. La religion reconnaît le caractère allégorique de ses récits Transition : Ne pas surestimer le pouvoir de la raison III. Limites du pouvoir de la raison a. Le mythe relève de la croyance b. Il ne suffit pas d'avoir raison pour convaincre c. Le mythe répond à une fonction fabulatrice Conclusion : Si les mythes persistent c'est qu'ils relèvent moins de l'erreur que de l'illusion. .../? QUESTIONS OUVERTES ET QUESTIONS FERMEES Les questions ouvertes n'indiquent de réponses. Libre à vous de trancher le problème. Par exemple de questions ouvertes : Suis-je le jouet de mon inconscient ? L'histoire a-t-elle un sens ? La politique est-elle l'affaire de tous ? L'art est-il une imitation de la nature ? Les questions fermées attendent au contraire une réponse précise. Voici les types de sujet qui appellent une réponse attendue : 1) Les questions avec restriction (« ne ? que » ? « ?Seulement? » ?) : « Le langage n'est-il qu'un moyen de communication ? », « Ne travaille-t-on que pour l'argent ? »  « L'homme n'est-il qu'un animal ? » : Dans ce type de sujet, la réponse attendue est NEGATIVE (NON). Donc, vous argumentez le « OUI » dans la première partie. Par exemple pour le sujet : « L'homme n'est-il qu'un animal ? ». Première partie (thèse / OUI) : L'homme est issu de l'évolution naturelle. Il est un animal évolué. Instincts, pulsions, passions : voilà la racine animale de l'homme ! Deuxième partie (antithèse / NON) : L'homme est culture ! L'acquis prime sur l'inné. L'homme est raison. Il n'est plus tout à fait animal car il est rationnel (V/F) et raisonnable (B/M). Nécessité de l'éducation, etc? Troisième partie (synthèse) : L'homme est un animal métaphysique. L'homme est le seul animal qui pense ce qu'il pense. Le roseau pensant de Pascal, Idée de Dieu, d'Absolu, de transcendance, d'Universel. Angoisse de la mort, etc? 2) Les questions avec alternative (« ou? » « ?ou bien?) : « L'art est-il imitation ou création ? »,  « L'homme est-il bon ou méchant ? ». Après l'analyse des 2 réponses contraires (alternative 1 et alternative 2), il faut essayer de sortir de cette opposition, dans une troisième partie de synthèse ou? en conclusion? Par exemple pour le sujet : « L'homme est-il bon ou méchant ? ». Première partie/alternative : L'homme est né bon mais la société l'a corrompu ! Mythe du « bon sauvage ». Le sentiment de pitié inné. Altruisme, amour, etc. Deuxième alternative/partie : Homo homini lupus ! L'homme est un loup pour l'homme. L'état de nature chez Hobbes. La lutte des classes (Marx), les guerres (Machiavel), etc? SYNTHESE : Pas de nature humaine. La perfectibilité morale de l'homme. Liberté de l'homme face au choix du B ou du M. L'homme sera ce qu'il décidera d'être. Pas de destin, de fatalité, l'homme est condamné à la libre ! Hegel : l'histoire n'est que l'avènement de la liberté. 3) Les questions avec adverbe (« toujours », « jamais », « tout/s », « nécessairement », « obligatoirement », « absolument », etc?) : Tout ce qui est naturel est-il normal ? Tout ce qui est techniquement possible est-il légitime ? Il faudra traiter le OUI dans la première partie. Par exemple, pour le sujet : « Tout ce qui est possible techniquement? ? ». Première partie « oui » : on n'arrête pas le progrès ! L'homme est un homo faber, le progrès est bénéfique, etc. Seconde partie « NON » : Le progrès peut être maléfiques, il n'est qu'un moyen et non une fin en soi, la technique moderne est prométhéenne, elle pose des problèmes moraux (euthanasie, clonage), etc. Troisième partie « SYNTHESE » : Nécessité d'une réglementation éthique. Principe de précaution et de responsabilité. CCNE (Comité Consultatif National d'Ethique), Hans Jonas, etc? C) Le plan notionnel + un exemple (très rarement en terminale) Ce plan est consacré à l'analyse d'une notion. Il consiste à poser successivement le problème de la nature de la notion envisagée, puis celui de l'existence, enfin celui de la valeur de cette notion. Ce plan a l'avantage de diriger l'esprit vers l'idée complexe de valeur, de permettre d'en envisager les différentes facettes (morale, esthétique). Exemple: "L'idée de liberté". - Nature: Liberté = négativité = pouvoir qu'à l'esprit de pulvériser ou de néantiser toutes les données (Hegel) - Existence: La liberté existe-t-elle? Oui, c'est le mode d'être qui caractérise toute la conscience humaine. L'existence précède l'essence. - Valeur: Non seulement elle existe, mais elle a une valeur sur le plan moral. Sans liberté, nulle possibilité d'un acte moral (Kant). D) La comparaison entre notions + un exemple (très rarement en terminale) Enfin, vous pouvez avoir à établir les relations, les ressemblances et les différences existant entre deux ou plusieurs notions. Il y a ici un écueil majeur à éviter: celui de juxtaposer deux dissertations, l'une consacrée au premier concept, l'autre au second. Par exemple, on ne pourra pas transformer « Savoir et pouvoir » en « Qu'est-ce que savoir et pouvoir? », mais en : « Quels sont les rapports entre le savoir et le pouvoir? », ou : « Faut-il savoir pour pouvoir? » ou encore : « Tout savoir est-il un pouvoir? » . Nous suggérons de procéder ainsi : - caractériser et conceptualisation de chaque notion. - souligner, éventuellement, leur différence, voire leur opposition. - montrer l'unité de ces deux notions. Remarque: l'établissement de la différence ou de l'unité dépend profondément des notions envisagées. Elle peut donc être établie selon le cas en deuxième ou troisième partie. Exemple: "Orgueil et vanité". - Essai de caractérisation: La vanité est sociale. Elle se caractérise par l'importance que nous attribuons au jugement d'autrui. Elle est besoin d'approbation, désir de paraître entièrement relatif au jugement de l'autre. L'orgueil isole; il se caractérise par l'importance que nous attachons à notre propre jugement. - Opposition: La vanité s'appuie sur l'opinion, l'orgueil sur la force personnelle. La première a rapport au social, le second a rapport à la liberté individuelle elle-même. - Unité: Plus voisins qu'il n'y parait au premier abord, orgueil et vanité sont quête de soi, de cet être que la conscience tente d'atteindre sans jamais y parvenir. E) Les sujets-citations. Dans tous les cas de figure, la dissertation devra comprendre une partie analyse (ou partie explication): la formule proposée est alors l'équivalent d'un court texte à commenter. De même qu'on ne peut mener une réflexion critique judicieuse sur un commentaire que si l'on a d'abord bien compris le sens du texte, de même une réflexion personnelle (originale) sur une citation ne sera pertinente si l'adage en question a été préalablement élucidé. Il s'agit d'adopter un plan en deux parties : - explication ou interprétation de la formule à partir de l'analyse littérale; et justification par application/illustration sur quelques cas qui la concrétisent. - réflexion personnelle sur les problèmes soulevés par la formule qui pourra aboutir soit à un renforcement soit à un critique précise et bien argumentée, conduisant à la relativiser. Par exemple, «Paul KLEE disait : « L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible ». Qu'en pensez-vous ? », « Dostoïevski disait : « Si Dieu est mort, tout est permis ». Qu'en pensez-vous ? ». Explication : Dieu est le garant du B et du M. 10 commandements. Si les hommes apprenaient que Dieu est mort, ils seraient comme des enfants livrés à eux-mêmes. Dieu institue des interdits, édicte des lois. Les hommes se conforment aux lois divines par peur du Châtiment. Relativisation : L'athée n'est pas forcément pécheur ! L'homme peut grâce à son c?ur ou à sa raison édicter des principes moraux valant pour tous (DDH). Raison morale : Impératif catégorique (Kant). Morale laïque. Autonomie. Respect de la dignité humaine. 7) La conclusion Fonction de la conclusion : Nous avons défini la dissertation comme une réflexion en acte, comme un cheminement où l'argumentation s'approfondit de façon progressive. Le but et la finalité réelle de la conclusion sont de faire le point, de dresser le bilan de la réflexion. Pour cela, on dégage les propositions établies au long du devoir, en les formulant de façon concise au sein d'une synthèse frappante articulée sur une reprise allusive du sujet. De plus, ouvrir le devoir sur d'autres champs de la réflexion ou d'autres types d'approche. Le bilan de la réflexion comporte donc deux aspects complémentaires : - recensement synthétique des conclusions partielles établies au cours de la dissertation. - éclairage différentiel de ce bilan-synthèse par la mobilisation de références qui relativisent le devoir et l'ouvrent sur d'autres perspectives. La conclusion étant responsable de la dernière impression que vous laisserez sur le correcteur, il convient d'en soigner tout particulièrement le style. En ce sens, efforcez-vous de la clore sur une formule heureuse, bien frappée ou poétique, ou encore sur une belle citation, mais à la condition expresse que celle-ci s'accorde exactement avec le sujet, qu'elle s'insère naturellement et harmonieusement dans le mouvement de votre pensée. Veillez cependant à ne pas sombrer dans un lyrisme de bazar, dans les formules grandiloquentes, mais creuses. Pour conclure, ne vous en référez pas au Jugement Dernier, à l'Apocalypse ou à la Révolution ! Évitez à tout prix de faire de votre conclusion un fourre-tout dans lequel vous jetteriez toutes les idées qui vous viennent au dernier moment et que vous ne pouvez plus placer dans votre développement. ?/? Les sujets de type « Faut-il ? », « Peut-on ? », « Pourquoi? ? », etc. A) « Faut-il? ? », « Doit-on? ? » "Faut-il ?" est une question qui peut se poser à deux niveaux et donner lieu à un plan en deux parties : - la nécessité logique/physique/matérielle/naturelle/économique/sociale, c'est-à-dire la contrainte des choses. Exemple: « Faut-il travailler ? » 1ière partie : « OUI » : Nécessité naturelle (satisfaire les besoins fondamentaux de l'espèce), la nécessité économique et sociale (satisfaire les besoins sociaux mais aussi les désirs de l'individu vivant en société et nécessité de faire fonctionner et de reproduire la machine économique, le système des moyens de production); et même nécessité biologique (la nature de l'homme est de travailler). 2ième partie : « NON » : Exploitation et aliénation du travail. Le travail est une torture (tripalium). Les grecs et les romains méprisaient le travail pour lui préférer le « loisir » - l'obligation morale, le devoir. 3ième partie : Que le travail soit ou non une nécessité naturelle, matérielle, il correspond à une obligation morale (envers autrui mais envers soi-même: le travail n'aliène pas l'homme mais le réalise dans le monde, le fait exister à ses propres yeux comme aux yeux d'autrui). Obligation morale qui peut s'articuler à la nécessité: devoir moral d'agir, mais aussi parce que c'est un besoin psychologique: ne pas subir passivement la vie mais la vivre. B) « Peut-on ? » "Peut-on ?" est également une question qui peut se poser à deux niveaux et donner lieu à un plan en deux parties : - la possibilité factuelle/pratique/technique ou la capacité, la faculté : Est-ce possible de ? Exemple: "Peut-on être esclave de soi-même?" 1ière partie : On cherchera une situation où l'homme serait esclave de lui-même: la passion. On se demandera alors si cette éventualité correspond à une possibilité réelle: si l'homme est libre, comment peut-il s'aliéner lui-même? On verra que esclavage-aliénation de la passion est dépendance à l'égard de l'objet de la passion, donc d'autre chose que de soi. 2ième partie : Mais, on verra aussi que, si on cède à la passion, alors qu'on est en principe libre de disposer de soi, c'est qu'on est en quelque sorte capable de s'aliéner soi-même. Mais s'agit-il d'un esclavage? Etre son propre esclave signifie qu'on reste, au moins virtuellement, son propre maître, qu'on a pouvoir sur ce soi-esclave de sa passion. La question posée est d'abord une question ou un problème de possibilité. - La possibilité morale, ou le droit : A-t-on le droit de ?,  Est-il permis de ? 3ième partie : Ce que je fais n'engage pas que moi mais engage aussi l'homme, "l'humanité tout entière" (Sartre - cf. « l'existentialisme- »). Mon acte se propose comme exemple-modèle d'acte. Etre esclave de soi-même, c'est alors présenter auto-aliénation (l'abandon de soi aux passions) comme modèle de conduite. Du reste, le passionné ne se fait pas faute de se justifier aux yeux des autres: s'il se justifie, c'est qu'il se pense comme coupable, alors je n'ai pas le droit de présenter de moi-même l'image d'un être-esclave-de-soi. A supposer que je puisse être esclave de moi-même, il reste que je n'ai pas le droit de l'être. Ce qui fait rebondir le problème. Car, si je n'ai pas le droit de l'être, c'est que j'ai ou que j'avais la possibilité de ne pas l'être, qu'il ne dépend ou ne dépendait que de moi de ne pas céder. C) «Pourquoi? ? » Pour ce type de sujet, plusieurs réponses sont demandées. Attention : le terme « pourquoi » peut se poser à deux niveaux : En amont cad la ou les causes En aval cad la ou les finalités D) « Quel? ? », « Qu'est-ce qui/que? ? En quoi? ? » Pour les sujets de ce type, on adopte un plan analytique. Astuce : Si l'on vous demande, par exemple, « qu'est-ce qu'une théorie scientifique ? », posez-vous la question de savoir ce qu'est une théorie non-scientifique ? » : théorie religieuse, psychanalytique, etc? ?/? 8) CONSEILS GÉNÉRAUX Assurez-vous constamment de la cohérence de votre devoir. Il est absolument nécessaire que vos idées soient regroupées et enchaînées entre elles de manière logique. On ne saurait trop insister sur ce point : ce n'est pas d'un manque d'idées que souffrent la plupart des devoirs, mais de leur traitement incohérent et désordonné, ce qui nuit évidemment à leur exploitation. Évitez les affirmations gratuites et les pétitions de principe, c'est-à-dire de poser pour vrai ce qu'il s'agit précisément de démontrer. Efforcez-vous donc de justifier ce que vous avancez. Lorsque vous sentez que vos assertions sont contestables, n'hésitez pas (sans toutefois en abuser) à employer la forme interrogative ou des tournures prudentes comme « il semble(rait) que » « il n'est pas impossible que », « peut-être », « en un sens », « d'une certaine manière », etc. Ainsi plutôt que : Aujourd'hui l'homme a perdu le sens de la nature et oublié les vraies valeurs. Il est prisonnier d'une civilisation technique qui va le mener à sa perte. Il vaut mieux écrire : Aujourd'hui l'homme n'a-t-il pas perdu le sens de la nature et oublié les vraies valeurs? N'est-il pas prisonnier d'une civilisation technique qui risque de le mener à sa perte ? Gardez un ton mesuré dans vos jugements, aussi bien dans vos approbations que dans vos critiques. Dispensez-vous des appréciations du genre : « Freud, ce penseur génial, » ou « Bergson n'a rien compris à la théorie de la relativité ». Faites preuve de modestie voire de prudence. Evitez les professions de foi religieuses et politiques. On vous demande de penser par vous-même, pas de réciter un bréviaire ou d'écrire un manifeste. Prenez garde aux banalités, aux lieux communs et aux stéréotypes. Les banalités ne sont pas toujours évitables. On peut alors marquer que l'on est conscient du manque d'originalité de son propos en soulignant précisément sa banalité. Ainsi plutôt que : Le travail à la chaîne transforme les hommes en robots. On pourra écrire : C'est un lieu commun que de dire que le travail à la chaîne transforme les hommes en robots. Mais pour être commune, cette idée n'est reste pas moins vraie. N'hésitez pas à vous référer aux grands auteurs, qu'ils soient ou non philosophes : Baudelaire ou Proust peuvent très bien côtoyer Spinoza ou Kant. Faites appel à toute votre culture, mais naturellement à bon escient et sans en faire étalage. Prenez garde de ne renvoyer qu'à des auteurs ou des doctrines que vous connaissez bien : il est toujours préférable de se taire plutôt que de montrer son ignorance ou des connaissances confuses. Une bonne connaissance des doctrines et des oeuvres des grands philosophes sera pour vous un atout important. Si l'on peut faire un excellent devoir sans se référer à aucun auteur, des références judicieuses, témoignant d'une certaine culture philosophique seront toujours appréciées par le correcteur et pourront sauver un devoir médiocre. PS : Evitez de vous référez aux 2H : Hitler, Hiroshima ! Empruntez des exemples au patrimoine de l'humanité, c'est-à-dire à l'histoire, à la littérature, à l'art, aux mythes, etc., plutôt qu'à votre vie personnelle. Mieux vaut parler des amours de Tristan et Yseult ou de Roméo et Juliette que des vôtres ! Rappelons qu'un exemple ne sert pas à prouver une thèse, mais à l'illustrer. En revanche, même isolé, il peut suffire à réfuter un argument. Adoptez un style simple, clair et classique : être profond n'est pas être obscur. L'usage souvent nécessaire du vocabulaire technique de la philosophie ne doit pas conduire à un jargon incompréhensible. En outre, ce vocabulaire doit être parfaitement maîtrisé pour être employé. Evitez les néologismes. Soignez votre orthographe et, chose trop fréquemment négligée, la ponctuation, dont dépend souvent l'intelligence du texte. Veillez à écrire correctement les noms propres, en particulier ceux des auteurs au programme (Nietzsche, par exemple !). 9) PRÉSENTATION DE LA COPIE On ne saurait trop répéter que la présentation de votre copie a une grande importance : une copie bien présentée suscite d'emblée chez le correcteur un préjugé favorable. Soignez votre écriture qui doit être très lisible. Evitez les pattes de mouche ou les calligraphie byzantine ! Au baccalauréat, chaque correcteur a environ 100 copies et une dizaine de jours pour les corriger? Evitez les ratures (vous pouvez employer pour cela des stylos dont l'encre peut s'effacer). Matérialisez le plan de votre dissertation, et donc votre raisonnement, de la manière suivante : - Sautez deux lignes entre l'introduction et le développement ainsi qu'entre ce dernier et la conclusion. À l'intérieur du développement, laissez une ligne entre chaque partie. Pour l'introduction, la conclusion et les parties du développement, commencez au milieu de la ligne. Subdivisez vos parties en paragraphes, sans toutefois en abuser (entre 2 et 4 sous-parties) : chaque paragraphe doit marquer une étape nouvelle de votre réflexion. Pour ces paragraphes, laisser un espace d'environ deux centimètres entre la marge et le premier mot. 10) TRUCS ET ASTUCES : DU BON USAGE DES CITATIONS : En philosophie, une courte citation vient renforcer votre argumentation et donner du relief à vos connaissances. il vous faut choisir un auteur qui fasse autorité en la matière, comme Hegel sur l'histoire, ou Kant sur la morale. Mais la citation ne se suffit pas à elle-même. Elle doit être analysée et expliquée : il faut la reformuler avec vos mots pour montrer que vous l'avez bien comprise. Ensuite, il faut montrer où est son rapport avec la notion traitée par le sujet : est-ce un paradoxe qui contredit un préjugé ? S'oppose-t-elle à la thèse d'un autre philosophe? À quelle question répond-elle? Quelles en sont les conséquences ? Comment peut-elle être reliée avec d'autres notions ou d'autres questions? Une citation n'est pas un argument d'autorité; elle est un apport dans une discussion. Elle peut faire l'objet de réserves, de critiques ou d'objections. La citation d'un philosophe vous donne l'occasion d'entrer en conversation avec un grand esprit du passé. L'originalité de votre analyse ne fait pas table rase du passé, et l'exercice de la pensée suppose ce dialogue avec ceux qui ont pensé avant vous. DU BON USAGE DES AUTEURS (ET DU COURS !) : Une dissertation n'est pas une récitation passive de doctrines. Servez-vous des auteurs mais n'en soyez pas servile ! Un auteur est un renfort à votre argumentation, pas un paravent qui vous dispenserait de toute analyse. EN MANQUE DE SYNTHESE : Vous avez beau chercher, vous creuser la tête, rien à faire, la synthèse de votre plan dialectique reste introuvable. Comment faire ? En première partie, vous développez et argumenter la thèse avec laquelle vous n'êtes pas d'accord, vous commencez par l'  « antithèse ». En deuxième partie, vous dressez les objections et réfutations de cette thèse adverse. En troisième partie, vous défendez VOTRE thèse, à savoir la thèse qui vous paraît être rationnellement et /ou raisonnablement la meilleure. ?/? CORRECTION ET NOTATION Les dernières épreuves écrites terminées, c'est une véritable course contre la montre qui s'engage. L'objectif : corriger et noter vos copies suffisamment vite pour vous convoquer, éventuellement, à l'oral de rattrapage... ou vous envoyer en vacances. Première étape : les concepteurs du sujet remettent à tous leurs collègues, en plus de l'énoncé de l'épreuve, des indications de correction et des propositions de barèmes si c'est nécessaire. Armée de ces indications-là, une centaine de milliers de correcteurs va s'attaquer aux quatre millions de copies à noter... Problème : même avec des indications précises, les notes peuvent varier considérablement d'un correcteur à l'autre. À chaque fois que l'on a fait des tests, en faisant subir à une même copie une double correction par deux professeurs différents, on s'est rendu compte qu'il y avait des variations importantes... Depuis 1995, l'Éducation nationale a donc mis en place un système qui tente d'attribuer les notes de la façon la plus « égalitaire » possible, tout en ne touchant pas au sacro-saint principe du jury souverain. Immédiatement après les épreuves, une réunion d'entente par discipline est convoquée au sein de chaque centre d'examen. Objectif : rappeler les principes de notation, et tenter d'harmoniser par avance les critères de tous les correcteurs. Seconde étape : la commission d'harmonisation, qui se tient suffisamment tôt pour réviser éventuellement les notes. On y compare les résultats, les copies à problème, etc. L'harmonisation des notes se fait en fonction des statistiques de chaque correcteur (moyenne des copies corrigées) DEUX EXEMPLES DE DISSERTATION : L'HOMME EST-IL MAUVAIS PAR NATURE ? "L'homme est un loup pour l'homme". Cette lycanthropie, reprise par Hobbes, indique une relation conflictuelle entre les hommes et qui aboutit à la guerre et à la violence. Cette guerre est la conséquence de la « peur de mourir » (« timor mortis ») qui fait que chacun va prendre les devants pour asservir tous les autres. Les désirs humains sont donc en conflit permanent, voilà pourquoi Hobbes pense que l'homme est naturellement méchant. Pourtant, il faut se demander si la société est un état naturel ou s'il n'est pas déjà une évolution par rapport à un état originel dans lequel on ne trouverait ni violence ni conflit. Alors peut-être est-ce la société qui rend l'homme méchant ? L'homme est-il mauvais par nature ou le devient-il ? THESE : L'HOMME EST BON PAR NATURE ANTITHESE : L'HOMME EST NATURELLEMENT MAUVAIS SYNTHESE : L'HOMME N'A NI NATURE, NI ESSENCE INNEE ARGUMENT : C'est la société qui pervertit les âmes et les contraint à la violence. L'homme possède naturellement le sens du juste et de l'injuste. ARGUMENT : L'état de nature est un état de guerre de chacun contre tous. L'homme est un loup pour l'homme. Homo homini lupus. ARGUMENT : Si je suis mauvais par nature, je dois me corriger. Si je suis bon par nature, je dois cultiver cette bonté. L'homme n'est que ce qu'il choisit d'être. 1a) L'homme est bon par nature, c'est la société qui le corrompt. Rousseau fait de la violence humaine une conséquence de la vie en société. Il pose en effet que les hommes, à l'état de nature, connaissent cette solidarité mutuelle que fonde le sentiment de la pitié. Par « pitié », Rousseau entend la capacité de se mettre à la place de celui qui souffre, capacité qui amenait tout homme à aider son prochain. Or l'état de société est venu rompre une telle solidarité en créant, avec l'invention de la propriété privée, les injustices, les inégalités. 2a) Dans l'état de nature, la seule loi est la force. Dans l'état de nature, le droit de chacun est mesuré par sa puissance réelle. Chacun a très exactement autant de droit qu'il a de force, et tout le monde ne pense qu'à sa conservation et à son intérêt personnel. L'homme n'a aucun instinct social, il est associable et violent par nature. L'homme, doué de raison, n'est pas pour autant raisonnable et est plus enclin à suivre ses passions mortifères. 3a) L'homme, par nature, désire persévérer dans son être. La nature humaine dont il est ici question est celle d'avant la loi, et les notions de péché, de bien et de mal sont dénuées de sens (le latin dit: «les passions des hommes ne sont pas des péchés»). C'est d'un point de vue logique, ou descriptif, et non moral que les passions et leurs conséquences sont examinées. Point de méchante nature, donc, contre laquelle l'homme devrait lutter. L'homme ne peut être dit bon ou mauvais par nature Il est amoral, simplement mû par son instinct de conservation. 1b) Le mal a sa source dans la vie sociale de l'homme. Si le désir de puissance et de domination devient prédominant dans l'état de nature, et si la violence qui s'ensuit transforme les hommes en ennemis, ce n'est en aucune manière du fait de la nature de l'homme. Ce qui le rend méchant, c'est l'inquiétude et l'insécurité de l'état de nature. A ceux qui opposent à la bonté naturelle de l'homme les guerres, Rousseau rétorque que la guerre n'a lieu qu'entre Etats, et donc toujours dans une forme de société avancée. La civilisation, bien loin d'améliorer les rapports humains, les aggrave. Aucun sentiment naturel ne vient tempérer l'ambition. La pitié y est étouffée par l'amour propre. Le mal n'a pas sa source en l'homme, mais provient « de l'inégalité parmi les hommes ». L'homme de la nature est la nature de l'homme. Le « sauvage » n'est pas un barbare. Il a même le sens inné du juste et de l'injuste. 2b) Le mal a sa source dans la vie pulsionnelle de l'homme. Contrairement à Rousseau, il faut inverser les perspectives que ce dernier avait établies. On ne doit pas dire que l'homme est naturellement bon et que c'est la civilisation qui l'a perverti, mais affirmer au contraire que l'homme est naturellement agressif et que la civilisation est un remède provisoire et précaire. Remède qui tente, tant bien que mal, d'adoucir les moeurs et de «policer» les pulsions. Solution fragile, qui ne doit pas nous enlever notre lucidité, voire notre pessimisme, car le caractère originaire de cette hostilité implique que, quelle que soit sa forme d'organisation politique, « la société civilisée » reste « constamment menacée de ruine. » 3b) Ni bon, ni mauvais, l'homme est perfectible. L'homme diffère essentiellement des autres êtres naturels et en particulier de l'animal par sa perfectibilité. L'homme naturel est capable de progresser, de se perfectionner. C'est même ce qui va lui permettre de développer des techniques, et d'inventer la société. C'est précisément cette perfectibilité qui pourrait être la cause de tous les malheurs et de tous les progrès de l'homme. Ce qu'il est naturellement en puissance ne peut s'actualiser que dans la vie en commun. Ce n'est que parce qu'il vit en société que l'homme peut devenir moral, substituer dans sa conduite la justice à l'instinct. Il est donc le produit de l'homme, aussi bien par son éducation que par le système de législation. Et le problème sera alors de trouver une forme de société dans laquelle l'homme puisse préserver sa liberté naturelle et assurer sa sécurité. 1c) L'homme épanoui n'a que faire du mal. Wilhelm Reich, dans La Psychologie de masse du fascisme, soutient la thèse suivante: le noyau naturel de l'homme est, par nature, entièrement bon. Ce sont les constantes pressions sociales qui empêchent l'individu de réaliser ses désirs, d'avoir une vie sexuelle et affective épanouies. La répression sociale des pulsions est ce qui rend l'homme mauvais. L'homme mauvais n'est qu'un homme mal-heureux. L'homme méchant n'est pas un méchant homme. 2c) L'homme, par nature, est tyrannique. L'homme ne cherche pas seulement la satisfaction de ses besoins matériels, mais surtout les joies de la vanité. Le plus grand plaisir de l'homme est l'opinion flatteuse qu'il peut avoir de sa propre puissance. L'homme est méchant par orgueil. La plus grande souffrance est d'être méprisé. Aussi, l'offensé cherche-t-il à se venger, mais, remarque Hobbes, il ne désire pas d'ordinaire la mort de l'adversaire. Il veut sa captivité, voire sa torture, afin de pouvoir lire, dans son regard soumis, la reconnaissance de sa propre supériorité. Maître et esclave dira Hegel? 3c) L'homme n'a pas d'essence mais une histoire. Dire de l'homme qu'il est bon ou mauvais par nature, c'est l'essentialiser, cad le priver de sa liberté ontologique, en faire une chose. Définir le mal ou le bien comme un caractère inné de l'homme revient au final à le déresponsabiliser. Contre l'idée de nature humaine, l'existentialisme sartrien affirme la pleine liberté de chacun face à ses actes. Lorsque je nais, je ne suis rien, pure contingence. C'est mon existence, à savoir mes choix qui vont me donner une essence. L'homme n'est pas déterminé par une nature bonne ou mauvaise, il est le pur projet de sa liberté. « Saint » ou « salaud », l'homme se choisit en choisissant. TRANSITION : TRANSITION : CONCLUSION : Ce « mythe du bon sauvage » n'est-il pas le rêve d'utopistes idéalistes ? Rousseau n'a-t-il pas une vision angélique de l'homme ? Machiavel conseillait au Prince de prendre les hommes tels qu'ils sont (bêtes et méchants !) et non tels qu'on voudrait qu'ils soient? Faut-il désespérer de l'homme ? Faut-il s'abandonner à ce « pessimisme anthropologique » ? Parler de nature humaine mauvaise, n'est-ce pas oublier que l'homme est liberté, transcendant tout déterminisme essentialisant ? La bonté ou la méchanceté ne sont pas des données naturelles mais des conquêtes culturelles. Définir le mal ou le bien comme des fatalités innées, c'est priver l'homme de tout mérite et de tout démérite. Disons que l'homme n'est ni bon ni mauvais par nature. Seuls ses actes décideront du sens de son existence. Est-il raisonnable de critiquer le progrès technique ? ANALYSE DU SUJET · « raisonnable » : la raison désigne la faculté de distinguer le vrai du faux dans le domaine théorique, et le bien du mal dans le registre pratique. Contrairement au rationnel, purement théorique, le raisonnable renvoie à la dimension pratique de la raison. Pourra donc être considéré comme raisonnable ce qui est à la fois possible et, surtout, juste ou bon. · « critiquer » en son sens purement négatif, la critique désigne une condamnation ou une désapprobation. Mais en un sens plus positif, elle renvoie à un jugement d'appréciation permettant, le cas échéant, de proposer une amélioration. Critiquer le progrès technique peut peut-être, en ce cas, désigner la condition d'un progrès authentique. · « le progrès technique » : la technique désigne un ensemble de procédés transmissibles permettant de reproduire des fins utiles, donc un savoir-faire orienté vers un but. Le progrès désigne un acheminement vers le mieux. Le progrès technique se définit donc comme la complexification ou l'amélioration (les deux ne cheminant pas nécessairement de pair) de ces procédés transmissibles et de ces « savoir-faire » pratique, en vue de faciliter la vie des hommes. PROBLEMATIQUE (On utilisera un plan dialectique) Il semble que rien ne soit à la fois plus humain et plus utile que le progrès des techniques. Mais il faut bien distinguer l'accroissement et la complexification de fait des techniques, de leur légitimité ou de leur bon usage, en droit. Il convient d'interroger raisonnablement, cad éthiquement le progrès technique. Ce qui est paradoxal, c'est de « critiquer » une amélioration. Il faut donc rechercher les raisons de cette désapprobation, en se demandant pourquoi le devoir ou l'éthique pourraient bien venir borner la technique. Pourquoi tout ce qui est techniquement possible (comme le clonage) ne doit-il pas être tenté ? La technique dans son développement exponentiel doit-elle être limitée dans ses champs d'application ? Par exemple, n'est-il pas bénéfique, pour la génétique elle-même, d'être bornée par des lois de bioéthique ? THESE : Il est raisonnable de critiquer le progrès technique ANTITHESE : Il est déraisonnable de critiquer le progrès technique en tant que tel SYNTHESE : L'usage de la technique doit être réglementé par l'éthique ARGUMENT  ARGUMENT ARGUMENT  1a Légende noire de la technique. Les Grecs de l'Antiquité se méfiaient de la technique. Dans leur mythologie, n'avaient-ils pas enchaîné le démon Prométhée coupable d'avoir volé aux dieux le feu et la puissance technique afin de les donner aux hommes? Comme Prométhée, la technique leur semblait être le symbole d'une démesure entièrement opposée à leur idéal d'une harmonie de l'homme avec la nature. C'est avec le tournant de la modernité, lorsque Copernic puis Galilée remirent en cause le dogme du géocentrisme, que la nature cessa d'apparaître aux hommes comme le modèle d'un ordre parfait pour devenir un véritable objet de conquête. Descartes, dans son « Discours de la méthode », imagina l'infinité d'artifices que les hommes pourraient fabriquer et par lesquels « ils jouiraient sans aucune peine de tous les fruits de la Terre », se rendant ainsi « comme maîtres et possesseurs de la nature ». Dès lors, plus rien ne pouvait arrêter le déferlement de la puissance technique. Pourtant un siècle plus tard, au moment où les encyclopédistes louaient l'avancée des Lumières, Rousseau continuait à se montrer méfiant à l'égard des nouvelles commodités issues de leur progrès. N'allaient-elles pas, se demandait-il dans son Discours sur l'origine de l'inégalité, contribuer à « amollir le corps et l'esprit de l'homme » et le rendre de plus en plus dépendant ? Certes, l'homme avec ses machines deviendra de plus en plus puissant, mais il en sera dans le même temps de plus en plus dépendant. Et est-on bien sûr qu'elles le rendront plus heureux? On sera, poursuit-il, « malheureux de les perdre sans être heureux de les posséder » (« La Nouvelle Héloïse »). 2a) Magie banche de la technique. La technique est révélatrice d'une intelligence spécifiquement humaine (Aristote, Bergson). Son progrès souligne la complexification de cette intelligence. Le condamner reviendrait à ravaler l'homme au rang de la bête. « L'intelligence, envisagée dans ce qui en paraît être la démarche originelle, est la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils, et d'en varier indéfiniment la fabrication » (Bergson, « L'Évolution créatrice »). La critique du progrès technique peut finalement être interprétée comme une critique de l'intelligence humaine. L'homme est un « homo faber », un homme fabricateur d'outils, comme le rappelle Bergson. La technique porte la marque du génie humain. Elle implique l'intelligence des lois de la nature et de la matière, et de grandes capacités inventives. En tant qu'expression de la puissance de l'esprit de l'homme, elle est bonne et suscite souvent l'admiration. Chez ceux qui la pratiquent, elle développe de nombreuses qualités intellectuelles : observation, exactitude, précision, rigueur, probité. Elle est à la base de tout progrès matériel, de toute production réussie. Des inventions comme la roue, l'imprimerie marquent des étapes capitales dans l'évolution de la civilisation. Les trains rapides, l'avion, l'automobile, le téléphone, la télévision, l'informatique ont transformé nos vies. On ne dira jamais assez que la technique a soulagé la peine des hommes et leur a donné de la liberté. La valeur positive de la technique et des techniques est donc incontestable. Ceux qui maugréent contre elles parce qu'ils ont quelque peine à s'y adapter doivent se dire que l'usage des machines qui nous sont offertes nécessite quelques efforts personnels : observation, attention, ordre, soin. 3a) Technique et fins morales. L'intérêt pour les moyens ou le progrès en lui-même, supplante l'examen des fins, de la finalité et de l'usage possible de la technique (Kant et Ellul). - « Il ne s'agit pas de savoir si le but qu'on se propose est raisonnable et bon, mais de déterminer ce qu'il faut faire pour l'atteindre » c'est l'« impératif de l'habileté » (impératif hypothétique), critiqué par Kant dans les « Fondements de la métaphysique des m?urs ». C'est le culte de la technique pour la technique, sans souci pour ses implications éthiques. L'actualité nous fournit presque quotidiennement des exemples de dégâts considérables et peut-être irréversibles subis par la nature du fait du développement non maîtrisé de nos techniques: pollution des océans, grandes métropoles devenues irrespirables, diminution de la couche d'ozone, risque de modifications climatiques... Michel Serres, dans « Le Contrat naturel », parle d'une nouvelle forme de violence moderne qui n'oppose plus seulement les individus entre eux, mais l'ensemble des hommes contre la nature. Le rapport des forces entre les hommes et la nature semble s'être modifié: jadis, face à la nature en dépit de toutes ses forces, l'homme restait toujours infiniment petit. C'est aujourd'hui la nature qui révèle les signes de sa vulnérabilité. Peut-on vouloir pour les hommes à venir une existence invivable sur une planète dévastée ? Ne serait-il pas temps d'entendre l'avertissement d'Antoine de Saint-Exupéry: « Nous n'héritons pas la Terre de nos parents, nous l'empruntons à nos enfants » ? Le projet d'une destruction programmée de la planète ne paraît pas plus raisonnable que celui d'une mise en cause radicale du progrès technique. Entre ces deux projets déraisonnables, est-il possible de trouver une voie médiane ? La technique est a priori un ensemble de moyens ; mais il semble qu'elle puisse devenir sa propre fin, comme paraît en témoigner la société de consommation. Y a-t-il alors un bon et un mauvais usage de la technique ? Si la technique n'est ni totalement indépendante ni la cause directe de l'asservissement humain, comment peut-on la penser, c'est-à-dire en faire la critique ? 1b La technique détruit la planète. L'homme consomme des ressources naturelles non renouvelables notamment pour alimenter son industrie qui demande d'immenses ressources, mais il génère également de la pollution, qui a des impacts dans certaines régions mais qui a aussi une influence non négligeable sur le climat général. En effet, notre société connaît aujourd'hui des problèmes de réchauffements climatiques dus à une concentration de gaz à effet de serre dans la couche d'ozone; cela à cause de la pollution. La majorité de la population mondiale vivant aujourd'hui dans des pays en voie de développement, leur accession aux modes de consommation des pays riches ne peut qu'entraîner une dégradation massive de l'environnement, cette dégradation sera tellement importante et irréversible que même s'ils décidaient de protéger leur environnement, ils ne pourraient plus revenir en arrière. Ainsi, le progrès technique et la recherche de l'abondance entraîne la détérioration du milieu naturel au risque de notre perte. 2b) Le retour aux « origines » n'a pas de sens. Le retour aux techniques ancestrales peut avoir un intérêt historique ou exotique (se dépayser), mais en aucun cas économique. Le progrès technique fait gagner à l'homme du temps, des efforts et de l'argent, et le libère pour le loisir, notamment pour la pensée. Ainsi, les gains de productivité pour les entreprises favorisent la croissance, et, en ce qui concerne les ménages, ces gains se font au bénéfice de bien être ou de temps libres que l'on peut destiner à des loisirs ou encore à la pensée telle qu'un retour sur soi-même, une remise en question? Dès lors, le progrès technique, libérant du temps, permet de s'ouvrir à la réflexion, ce qui est difficile lorsque l'essentiel de nos journées est destiné au travail professionnel et aux tâches ménagères. Maintenant que le progrès technique est ancré dans notre ère, on pourrait certes y renoncer pour retrouver les techniques ancestrale, cela aurait certainement un intérêt historique tels que l'exotisme d'un dépaysement mais en revanche, l'économie n'y trouverait que des inconvénients; celle-ci connaîtrait une sérieuse dépression, et ce serait un réel retour en arrière pour la médecine. Avec le XXe siècle, nous sommes entrés dans l'ère de « Prométhée déchaîné » pour reprendre la formule de Hans Jonas. Mais l'ouverture du procès de la technique est-il encore aujourd'hui concevable? Peut-on raisonnablement vouloir qu'on enchaîne à nouveau Prométhée ? Est-il encore possible de renoncer au projet cartésien de maîtrise et de possession de la nature ? La mise en cause de la technique impliquerait que l'on arrête son développement, que l'on bride son progrès ou même que l'on revienne carrément en arrière. Mais peut-on raisonnablement vouloir la régression ? Le progrès n'est-il pas, comme l'a montré Kant, une Idée dont la raison humaine ne peut se passer ? Un esprit raisonnable ne peut pas véritablement souhaiter que l'on revienne à un stade inférieur de développement technique. Et d'ailleurs, quelle autorité serait habilitée à prendre semblable décision ? Même si l'idée d'un retour en arrière était théoriquement concevable, comment serait-elle pratiquement possible ? 3b) D'un bon usage des techniques. L'histoire des techniques regorge d'exemples d'utilisations perverses d'inventions signalant en elles-mêmes un progrès (la bombe atomique, le clonage...). « Le développement accéléré et envahissant de la technique dans le monde moderne oblige à repenser les rapports que l'Homme entretient avec elle: primitivement instrument de l'Homme, la technique semble en effet en passe de faire de l'Homme son instrument » (Heidegger, « La question de la technique »). D'après Heidegger, l'Homme ne maîtriserait plus le progrès technique, il en serait comme dépendant; ne pouvant plus se passer de la technique acquise, ni d'en créer encore pour subvenir à ses besoins. L'Homme serait alors incapable de lutter contre le progrès technique. Ainsi, jusqu'où pourrait aller l'Homme ? Serait-il capable de détruire « les possibilités de la vie » ? La puissance technique de l'Homme lui permettrait elle de détruire son prochain, c'est à dire, les générations futures ? « Nous pouvons dire « oui » à l'emploi indispensable des objets techniques et nous pouvons en même temps lui dire « non » , en ce sens ou nous les empêchions de nous accaparer et ainsi de nous fausser, brouiller, et finalement de vider notre être » (Heidegger, « La Question de la technique »). Ainsi, il paraît rationnel d'utiliser le progrès technique dès lors qu'il apporte bien être et satisfaction, mais il faut cependant s'en méfier et en faire bon usage afin de ne pas s'y soumettre au détriment de ses effets destructeurs. La réflexion porte alors sur la légitimité de son utilisation. 1c) La technique détruit l'homme lui-même. Si l'on persévère dans une logique de puissance technique, le progrès ne sera pas partagé et les inégalités se creuseront toujours d'avantages entre les puissances et les pays les moins développés. Cela car la recherche destinée au progrès technique coûte cher et que seul les pays riches peuvent se le permettre, mais aussi, en profiter pour exploiter les pays les moins développés en délocalisant pour obtenir une main d'?uvre moins cher par exemple. Enfin, les guerres, à cause du progrès technique provoquent des massacres inimaginables. Cela avec l'invention de l'arme nucléaire qui permet de détruire une superficie et une population immense en quelques instants. Dans le passé, la science était associée au bien être, de nos jours, elle peut aussi être destinée à la destruction. Ainsi le progrès technique est lui-même associé à la guerre, à l'élimination, à l'idée de mort; il peut alors être un danger pour l'Homme. Cette même idée de danger pour l'Homme à travers le progrès technique se retrouve dans la médecine. En effet, depuis peu, certaines manipulations génétiques telles que le clonage sont apparues. Si ces clonages se développés dans l'optique de reproduire un idéal, une partie de l'être humain disparaîtrait alors (eugénisme). Dans la préface qu'il a écrite pour le « Meilleur des Mondes », Aldous Huxley prévoit l'exaltation que l'homme de la fin du XXe siècle va éprouver devant ses prouesses technologiques. Il prévoit aussi tout ce qui accompagnera inéluctablement ces progrès : les bébés en flacon, la dégradation des moeurs, la consommation de drogue, le matérialisme, l'engourdissement spirituel, la perte de liberté qui en résulte. Ne prenons pas ces vues sinistres pour des prophéties, mais lisons-les comme un avertissement. 2c) La technique accomplit la destinée de l'homme. Les quelques « ratés » du progrès technique, si « ratés » il y a, sont négligeables par rapport aux gains (cf. tout le domaine de la recherche scientifique, avec par exemple l'invention du scanner). Un des progrès le plus fondamental, axé principalement sur ce dernier siècle, est la médecine. En effet, l'apparition de nouveaux matériels de détection de dysfonctionnements de l'organisme tels que la radiographie, l'échographie, le scanner, les analyses sanguines ou d'urine? ont permis la détection d'un grand nombre de maladies et ont pu ainsi être traitées grâce à l'apparition de nouveaux traitements tels que par exemple les rayons, la chimiothérapie, la trithérapie, ou plus couramment, les antibiotiques. Grâce au progrès technique, les hommes deviennent « comme maîtres et possesseurs de la nature », Descartes n'inaugure pas seulement l'ère du mécanisme, mais aussi celle du machinisme, de la domination technicienne du monde. « Comme », car Dieu seul est véritablement maître & possesseur. Cependant, l'homme est ici décrit comme un sujet qui a tous les droits sur une nature qui lui appartient (« possesseur »), et qui peut en faire ce que bon lui semble dans son propre intérêt (« maître »). Pour qu'un tel projet soit possible, il faut avoir vidé la nature de toute forme de vie qui pourrait limiter l'action de l'homme. C'est ce qu'a fait la métaphysique cartésienne, en établissant une différence radicale de nature entre corps & esprit. Ce qui relève du corps n'est qu'une matière inerte, régie par les lois de la mécanique. De même en assimilant les animaux à des machines, Descartes vide la notion de vie de tout contenu. Précisons enfin que l'époque de Descartes est celle où Harvey découvre la circulation sanguine, où le corps commence à être désacralisé, et les tabous touchant la dissection, à tomber. La véritable libération des hommes ne viendrait pas selon Descartes de la politique, mais de la technique et de la médecine. Nous deviendrons « plus sages & plus habiles », nous vivrons mieux. La science n'a pas d'autre but. 3c) Technique et éthique. Une critique des conditions de légitimité du progrès technique est nécessaire pour rendre ce progrès pleinement humain (Jonas. Exemple de la bioéthique). Dans « Le Principe Responsabilité », Hans Jonas propose à ce sujet une analyse intéressante des nouveaux rapports entre l'homme et la nature. Selon cet auteur, les progrès techniques accomplis par l'homme au cours de ces dernières décennies ont considérablement élargi le champ de la responsabilité humaine et nous obligent à reformuler les termes de notre éthique. Les morales du passé étaient fondées sur la proximité et la réciprocité. Elles conseillaient à l'homme de ne pas nuire à son prochain ou de faire avec celui-ci comme on ferait envers soi-même. Mais les pouvoirs accrus acquis par l'homme du fait de sa puissance technique lui donnent aujourd'hui la possibilité de faire du mal à un être qui est fort éloigné de lui et à l'égard duquel ne peut se poser la question de la réciprocité: un homme qui n'existe pas encore, celui des générations à venir. Ainsi, selon Hans Jonas, devrions-nous repenser notre éthique de façon à l'adapter aux conditions présentes. Il propose ainsi un nouvel impératif catégorique qui prendrait en compte notre responsabilité à l'égard des hommes à venir. Un impératif adapté au nouveau type de l'agir humain et qui s'adresse au nouveau type de sujets de l'agir s'énoncerait à peu près ainsi: « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur Terre »; ou pour l'exprimer négativement : « Agis de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d'une telle vie. » Sans doute est-ce dans ces termes que l'on pourrait raisonnablement limiter les effets de notre puissance technique. - « Le Prométhée définitivement déchaîné [...] réclame une éthique qui, par des entraves librement consenties, empêche le pouvoir de l'homme de devenir une malédiction pour lui » (Jonas). La technique ne progressera vraiment que lorsqu'elle sera limitée par l'éthique. TRANSITION : TRANSITION : CONCLUSION : Le progrès technique connaît ici des limites, tant par ses conséquences sur l'environnement que par son utilisation à des fins dangereuses pour l'Homme et nocives à l'individu. L'Homme, de nos jours, soumis et dépendant du progrès technique se risque à sa fin s'il persévère dans sa « création destructrice ». Le progrès technique paraît comme une évolution rationnelle, le critiquer semble difficilement raisonnable. C'est d'abord l'opinion générale première, mais c'est également la pensée de philosophes tels que René Descartes, Luc Ferry, Henri Bergson ou Aristote. Que ce soit sur le plan économique, médical, ou du simple bien être quotidien, le progrès technique apparaît comme une source positive toute en elle. Cependant, d'après Ferry « Aujourd'hui, la situation semble s'être inversée, au point que le plus souvent, c'est la nature qui nous paraît admirable et la science maléfique ». Le progrès technique connaîtrait-il donc des limites qui lui devraient une remise en question ? Il semble déraisonnable de désapprouver le progrès technique en tant que tel. Car il n'est en lui-même ni bon ni mauvais, et témoigne dans tous les cas d'une créativité. C'est sur les conditions de son utilisation légitime qu'il faut réfléchir. En ce sens : « L'observation de la civilisation technicienne, malgré tant de misères physiques et morales, d'échecs et de dangers terrifiants, conduit à dire résolument : Oui ! à la technique, mais à la technique dominée par l'homme » (Friedmann). L'homme n'est jamais plus humain ou raisonnable que lorsqu'il décide de limiter le pouvoir par le devoir, ses possibilités techniques par l'exigence éthique.

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