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EDMOND ROSTAND (1868-1918). Cyrano de Bergerac

Publié le 31/05/2011

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Une nouvelle réaction devait se produire contre la comédie naturaliste et créer un courant adverse, qui continue à lutter contre le précédent. Le nom qui incarne cette réaction idéaliste, poétique et morale, est celui de Edmond Rostand. Son premier succès est les Romanesques, joués en 1894 au Théâtre-Français. En 1895, Edmond Rostand donnait la Princesse lointaine, empruntée à une légende du moyen âge. Ce sujet, Rostand l'a encadré de la façon la plus luxueuse, en des vers d'une splendeur tout orientale. En 1897, la Samaritaine, sujet tiré de l'Évangile, montrait le talent de Rostand sous une nouvelle face, plus simple et plus exquise. — En décembre de la même année, le théâtre de la Porte-Saint-Martin donnait Cyrano de Bergerac. Cette représentation fut un triomphe. Non seulement le public, mais tous les critiques firent à Cyrano un accueil enthousiaste ; et le succès de la pièce s'est maintenu. — En 1900, Rostand fit jouer l'Aiglon, dont le héros est le fils de Napoléon Ier, l'infortuné duc de Reischtadt. — Enfin en 1910, parut Chantecler, pièce fantaisiste, où les animaux parlent avec plus d'esprit que de vraisemblance, mais qui, à la lecture, est une des oeuvres les plus originales et les plus amusantes de la poésie contemporaine.

Cyrano de Bergerac (1897).

Au premier acte, Cyrano apparaît dans la salle du théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, défend à l'acteur Mondory de jouer, et jette sa bourse aux comédiens. Puis il se bat, blesse son adversaire, et refuse avec hauteur la protection d'un de ses admirateurs auprès du cardinal. Le public une fois parti, un ami, Le Bret, se met à le gronder et à lui reprocher ses fanfaronnades. —Les élèves pourront saisir cette occasion de faire une comparaison entre l'Alceste de Molière et le Cyrano de Rostand. Il y a, dans la deuxième partie de la scène, des formules d'une analogie frappante.

CYRANO, LE BRET

LE BRET Ah! dans quels jolis draps!... CYRANO LE BRET Enfin tu conviendras Qu'assassiner toujours la chance passagère Devient exagéré. CYRANO Hé bien! oui, j'exagère. LE BRET Ah! CYRANO Mais, pour le principe et pour l'exemple aussi, 5 Je trouve qu'il est bon d'exagérer ainsi. LE BRET Si tu laissais un peu ton âme mousquetaire, La fortune et la gloire.... CYRANO Et que faudrait-il faire? Chercher un protecteur puissant, prendre un patron, Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc Et s'en fait un tuteur en lui léchant l'écorce, Grimper par ruse au lieu de s'élever par force? Non, merci! Dédier, comme tous ils le font, Des vers aux financiers? Se changer en bouffon Dans l'espoir vil de voir, aux lèvres d'un ministre, Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre? Non, merci! Déjeuner, chaque jour, d'un crapaud? Avoir un ventre usé par la marche? une peau Qui plus vite, à l'endroit des genoux, devient sale? Exécuter des tours de souplesse dorsale? Non, merci! D'une main flatter la chèvre au cou, Cependant que, de l'autre, on arrose le chou, Et donneur de séné par désir de rhubarbe, Avoir son encensoir toujours dans quelque barbe? Non, merci! Se pousser de giron en giron, Devenir un petit grand homme dans un rond, Et naviguer, avec des madrigaux pour rames, Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames? Non, merci! Chez le bon éditeur de Sercy Faire éditer ses vers en payant? Non, merci! S'aller faire nommer pape par les conciles Que dans des cabarets tiennent des imbéciles? Non, merci! Travailler à se construire un nom Sur un sonnet, au lieu d'en faire d'autres? Non, Merci! Ne découvrir du talent qu'aux mazettes? Être terrorisé par de vagues gazettes, Et se dire sans cesse : Oh! pourvu que je sois Dans les petits papiers du Mercure François? Non, merci! Calculer, avoir peur, être blême, Préférer faire une visite qu'un poème, Rédiger des placets, se faire présenter? Non, merci! non, merci! non, merci! Mais... chanter, Rêver, rire, passer, être seul, être libre, Avoir l'oeil qui regarde bien, la voix qui vibre, Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers, Pour un oui, pour un non, se battre, ou faire un vers! Travailler sans souci de gloire ou de fortune, A tel voyage, auquel on pense, dans la lune! N'écrire jamais rien qui de soi ne sortît, Et modeste d'ailleurs, se dire : Mon petit, Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles, Si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles! Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard, Ne pas être obligé d'en rien rendre à César, Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite; Bref, dédaignant d'être le lierre parasite, Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul, Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul! LE BRET Tout seul, soit! mais non pas contre tous! Comment diable As-tu donc contracté la manie effroyable 6o De te faire toujours, partout, des ennemis? CYRANO A force de vous voir vous faire des amis. LE BRET Quelle aberration! CYRANO Eh bien! oui, c'est mon vice. Déplaire est mon plaisir. J'aime qu'on me haïsse. Mon cher, si tu savais comme l'on marche mieux Sous la pistolétade excitante des yeux! Comme, sur les pourpoints, font d'amusantes taches Le fiel des envieux et la bave des lâches! Vous, la molle amitié dont vous vous entourez Ressemble à ces grands cols d'Italie, ajourés Et flottants, dans lesquels votre cou s'effémine : On y est plus à l'aise.., et de moins haute mine, Car le front n'ayant pas de maintien ni de loi, S'abandonne à pencher dans tous les sens. Mais moi, La Haine, chaque jour, me tuyaute et m'apprête La fraise dont l'empois force à lever la tête; Chaque ennemi de plus est un nouveau godron Qui m'ajoute une gêne et m'ajoute un rayon : Car, pareille en tous points à la fraise espagnole, La Haine est un carcan, mais c'est une auréole!

(Cyrano de Bergerac, acte I, sc. iv, Bibliothèque Charpentier : Fasquelle, éditeur.)  

QUESTIONS D'EXAMEN I.— L'ensemble. — Une scène de Cyrano de Bergerac : dialogue entre Cyrano et Le Bret; — A la suite de quelle circonstance Le Bret adresse-t-il des reproches à Cyrano? Quels sont les principaux traits du caractère de Cyrano? ceux du caractère de Le Bret? Auquel des deux personnages donnez-vous la préférence? Ce dialogue ne rappelle-t-il pas le dialogue entre Alceste et Philinte? Dans quelle partie est surtout marquée l'analogie? Que représentent Alceste et Cyrano? (la franchise, la raideur, la personnalité...; à expliquer); Que représentent Philinte et Le Bret? (la prudence, la souplesse...; à expliquer).

II. — L'analyse du morceau. — Distinguez les différentes parties de la scène : a) Le début du dialogue; b) La longue tirade de Cyrano (ce qu'il ne veut pas faire; — ce qu'il veut faire et veut être); c) Réplique de Le Bret; d) Autre tirade de Cyrano (pourquoi déplaire est son plaisir); Deux fois, au début, Le Bret ne peut achever le développement de sa pensée, Cyrano lui coupant la parole; qu'aurait-il dit, pensez-vous après : La fortune et la gloire..., s'il avait pu continuer à parler? Indiquez quelques-uns des actes que ne voudrait pas commettre Cyrano; Que voudrait-il pouvoir faire ou pouvoir être? Pourquoi ne craint-il pas de se faire des ennemis? Quel est, sur lui, l'effet de la haine? A quoi compare-t-il la molle amitié? la haine? 8° Montrez l'exactitude de ces deux images.

III. — Le style; — les expressions. — Montrez que la verve est la qualité dominante du style, dans ce morceau; N'y a-t-il pas, dans les paroles de Cyrano, un accent de jeunesse et de bravoure? (impression sur l'esprit du lecteur ?) ; Dans quel but Cyrano répète-t-il,: Non, merci! Quelles sont les images qui vous ont le plus frappé, dans le morceau? (dédaignant d'être le lierre parasite...; — les grands cols d'Italie, ajourés, figurant la molle amitié; — la fraise espagnole, figurant la haine...); Relevez un néologisme (la pistolétade); Indiquez la différence marquée par ces deux expressions : grimper par ruse et s'élever par force; Quel est le sens des expressions suivantes : ton âme mousquetaire, —déjeuner d'un crapaud, — rédiger des placets?

IV. — La grammaire. — Quels sont les mots de la même famille que mousquetaire? Indiquez un synonyme de obscur (un lierre obscur), — de vil (l'espoir vil); Recherchez les compléments des verbes, dans les cinq premiers vers de la longue tirade de Cyrano (Et, que faudrait-il faire?...); Nature et fonction des mots suivants : comme tous ils le font. Rédaction. — Expliquez ces deux vers d'Edmond Rostand : Mon cher, si tu savais comme l'on marche mieux Sous la pistolétade excitante des yeux! Boileau n'exprime-t-il pas une idée analogue dans son Épître VII? —Quelle règle de conduite pouvez-vous dégager des paroles de ces deux écrivains ?

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« S'aller faire nommer pape par les concilesQue dans des cabarets tiennent des imbéciles?Non, merci! Travailler à se construire un nomSur un sonnet, au lieu d'en faire d'autres? Non,Merci! Ne découvrir du talent qu'aux mazettes?Être terrorisé par de vagues gazettes,Et se dire sans cesse : Oh! pourvu que je soisDans les petits papiers du Mercure François?Non, merci! Calculer, avoir peur, être blême,Préférer faire une visite qu'un poème,Rédiger des placets, se faire présenter?Non, merci! non, merci! non, merci! Mais... chanter,Rêver, rire, passer, être seul, être libre,Avoir l'oeil qui regarde bien, la voix qui vibre,Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,Pour un oui, pour un non, se battre, ou faire un vers!Travailler sans souci de gloire ou de fortune,A tel voyage, auquel on pense, dans la lune!N'écrire jamais rien qui de soi ne sortît,Et modeste d'ailleurs, se dire : Mon petit,Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,Si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles!Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,Ne pas être obligé d'en rien rendre à César,Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite;Bref, dédaignant d'être le lierre parasite,Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul,Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul!LE BRETTout seul, soit! mais non pas contre tous! Comment diable As-tu donc contracté la manie effroyable 6oDe te faire toujours, partout, des ennemis?CYRANOA force de vous voir vous faire des amis.LE BRETQuelle aberration!CYRANOEh bien! oui, c'est mon vice.Déplaire est mon plaisir. J'aime qu'on me haïsse.Mon cher, si tu savais comme l'on marche mieuxSous la pistolétade excitante des yeux!Comme, sur les pourpoints, font d'amusantes tachesLe fiel des envieux et la bave des lâches!Vous, la molle amitié dont vous vous entourezRessemble à ces grands cols d'Italie, ajourésEt flottants, dans lesquels votre cou s'effémine :On y est plus à l'aise.., et de moins haute mine,Car le front n'ayant pas de maintien ni de loi,S'abandonne à pencher dans tous les sens. Mais moi,La Haine, chaque jour, me tuyaute et m'apprêteLa fraise dont l'empois force à lever la tête;Chaque ennemi de plus est un nouveau godronQui m'ajoute une gêne et m'ajoute un rayon :Car, pareille en tous points à la fraise espagnole,La Haine est un carcan, mais c'est une auréole! (Cyrano de Bergerac, acte I, sc. iv, Bibliothèque Charpentier : Fasquelle, éditeur.) QUESTIONS D'EXAMENI.— L'ensemble. — Une scène de Cyrano de Bergerac : dialogue entre Cyrano et Le Bret; — A la suite de quellecirconstance Le Bret adresse-t-il des reproches à Cyrano? Quels sont les principaux traits du caractère de Cyrano?ceux du caractère de Le Bret? Auquel des deux personnages donnez-vous la préférence? Ce dialogue ne rappelle-t-ilpas le dialogue entre Alceste et Philinte? Dans quelle partie est surtout marquée l'analogie? Que représententAlceste et Cyrano? (la franchise, la raideur, la personnalité...; à expliquer); Que représentent Philinte et Le Bret? (laprudence, la souplesse...; à expliquer). II. — L'analyse du morceau. — Distinguez les différentes parties de la scène : a) Le début du dialogue; b) La longue »

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