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LA TANTE MÉLIE - Jules Vallès, L'Enfant.

Publié le 08/03/2011

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   Ma tante Mélie est muette, — avec cela bavarde, bavarde !    Ses yeux, son front, ses lèvres, ses mains, ses pieds, ses nerfs, ses muscles, sa chair, sa peau, tout chez elle remue, jase, interroge, répond ; elle vous harcèle de questions, elle demande des répliques ; ses prunelles se dilatent, s'éteignent ; ses joues se gonflent, se rentrent, son nez saute ! elle vous touche ici, là, lentement, brusquement, pensivement, follement ; il n'y a pas moyen de finir la conversation. Il faut y être, avoir un signe pour chaque signe, un geste pour chaque geste, des réparties, du trait, regarder tantôt dans le ciel, tantôt à la cave, attraper sa pensée comme on peut, par la tête ou par la queue, en un mot se donner tout entier, tandis qu'avec les commères qui ont une langue, on ne fait que prêter l'oreille : rien n'est bavard comme un sourd-muet.    Pauvre fille ! elle n'a pas trouvé à se marier. C'était certain, et elle vit avec peine du produit de son travail manuel ; non qu'elle manque de rien, à vrai dire, mais elle est coquette, la tante Amélie !    Il faut entendre son petit grognement, voir son geste, suivre ses yeux, quand elle essaye une coiffe ou un fichu ; elle a du goût : elle sait planter une rose au coin de son oreille morte, et trouver la couleur du ruban qui ira le mieux à son corsage, près de son cœur qui veut parler...    Jules Vallès, L'Enfant.    Vous ferez de ce texte un commentaire composé que vous organiserez de manière à mettre en lumière l'intérêt personnel que vous y découvrez.    Vous pourriez, par exemple, étudier l'art du portrait en montrant comment s'expriment dans ce texte l'humour de Vallès et sa tendresse pour les humbles, les déshérités. Mais ces indications ne sont pas contraignantes. Vous avez toute latitude pour orienter librement votre lecture.

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