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Pour une sociologie à partir des jeux.

Publié le 27/04/2011

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sociologie

   Pendant longtemps l'étude des jeux n'a guère été que l'histoire des jouets. L'attention s'est portée sur les instruments ou les accessoires des jeux, beaucoup plus que sur leur nature, leurs caractères, leurs lois, les instincts qu'ils supposent, le genre de satisfaction qu'ils procurent. En général, on les tenait pour de simples et insignifiants divertissements enfantins. On ne songeait donc pas à leur attribuer la moindre valeur culturelle. Les enquêtes entreprises sur l'origine des jeux ou des jouets n'ont fait que confirmer cette première impression que les jouets sont des ustensiles, et les jeux des comportements amusants et sans portée, abandonnés aux enfants quand les adultes ont trouvé mieux. Ainsi, les armes tombées en désuétude deviennent-elles des jouets : l'arc, le bouclier, la sarbacane, la fronde. Le bilboquet et la toupie ont d'abord été des engins magiques. Nombre de jeux reposent pareillement sur des croyances perdues ou reproduisent à vide des rites désaffectés de leur signification. Les rondes et comptines apparaissent de même comme d'anciennes incantations hors d'usage.    « Tout déchoit dans le jeu «, est amené à conclure le lecteur de Hira, de Groos, de Lady Gomme, de Carrington Bolton, de tant d'autres.    Huizinga, cependant, en 1938, dans son ouvrage capital Homo ludens, soutient la thèse exactement inverse : c'est la culture qui vient du jeu. Le jeu est liberté et invention, fantaisie et discipline à la fois. Toutes les manifestations importantes de la culture sont calquées sur lui. Elles sont tributaires de l'esprit de recherche, du respect de la règle, du détachement qu'il crée et qu'il entretient. A certains égards, les règles du droit, celles de la prosodie, du contrepoint et de la perspective, celles de la mise en scène et de la liturgie, celles de la tactique militaire, celles de la controverse philosophique sont autant de règles de jeux. Elles constituent des conventions qu'il faut respecter. Leurs subtils réseaux ne fondent rien moins que la civilisation.    « Tout serait-il issu du jeu ? « se demande-t-on, en refermant Homo ludens.    Les deux thèses se contredisent presque absolument. Je ne pense pas qu'on les ait encore jamais confrontées, soit pour décider entre elles, soit pour les articuler l'une à l'autre. D faut avouer qu'elles paraissent loin de s'accorder facilement. Dans ce cas, les jeux sont présentés systématiquement comme autant de dégradations de celles des activités des adultes qui, ayant perdu leur sérieux, tombent au niveau de distractions anodines. Dans l'autre, l'esprit de jeu est à la source des conventions fécondes qui permettent le développement des cultures. Il stimule l'ingéniosité, le raffinement et l'invention. En même temps, il enseigne la loyauté vis-à-vis de l'adversaire et donne l'exemple de compétitions où la rivalité ne survit pas à la rencontre. Par le biais du jeu, l'homme se trouve en mesure de faire échec à la monotonie, au déterminisme, à l'aveuglement et à la brutalité de la nature. Il apprend à construire un ordre, à concevoir une économie, à établir une équité.    Pourtant, je ne crois pas impossible pour ma part de résoudre l'antinomie. L'esprit de jeu est essentiel à la culture, mais jeux et jouets, au cours de l'histoire, sont bien les résidus de celle-ci. Survivances incomprises d'un état périmé ou emprunts faits à une culture étrangère et qui se trouvent privés de leur sens dans celle où ils sont introduits, ils apparaissent chaque fois en dehors du fonctionnement de la société où on les constate. Ils n'y sont plus que tolérés, alors que dans une phase précédente ou dans la société d'où ils sont issus, ils étaient partie intégrante de ses institutions fondamentales, laïques ou sacrées. Alors, certes, ils n'étaient nullement des jeux, au sens où l'on parle des jeux des enfants, mais ils ne participaient pas moins déjà de l'essence du jeu, telle que la définit justement Huizinga, leur fonction sociale a changé, non pas leur nature. Le transfert, la dégradation qu'ils ont subis, les ont dépouillés de leur signification politique ou religieuse. Mais cette déchéance n'a fait que révéler, en l'isolant, ce qu'ils contenaient en eux qui n'était rien d'autre que structure de jeu.    Roger Caillois, Les jeux et les hommes, 1968.    Vous ferez d'abord de ce texte, à votre gré, un résumé (en suivant le fil du texte) ou une analyse (en reconstituant la structure logique de la pensée, c'est-à-dire en mettant en relief l'idée principale et les rapports qu'entretiennent avec elle les idées secondaires).    Dans une seconde partie, que vous intitulerez discussion, vous dégagerez du texte un problème qui offre une réelle consistance et qui vous aura intéressé. Vous en préciserez les éléments et vous exposerez vos vues personnelles sous la forme d'une argumentation ordonnée, étayée sur des faits et menant à une conclusion.

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