Devoir de Philosophie

Première solitude (1869). Les Solitudes. Sully Prudhomme

Publié le 20/06/2011

Extrait du document

sully

Dans ces strophes célèbres, il y a le souvenir personnel d'une enfance triste et timide. On en fera ressortir le style volontairement simple — comme si le poète cherchait à transcrire tout uniment les impressions de l'enfant, avec les mots mêmes dont celui-ci fait usage. Cette simplicité rend plus poignantes les dernières strophes. On voit dans les sombres écoles, Des petits qui pleurent toujours; Les autres font des cabrioles, Eux, ils restent au fond des cours. Leurs blouses sont très bien tirées, Leurs pantalons en bon état, Leurs chaussures toujours cirées; Ils ont l'air sage et délicat. Les forts les appellent des filles, Et les malins des innocents : Ils sont doux, ils donnent leurs billes, Ils ne seront pas commerçants. Les plus poltrons leur font des niches, Et les gourmands sont leurs copains, Leurs camarades les croient riches, Parce qu'ils se lavent les mains. Ils frissonnent sous l'oeil du maître, Son ombre les rend malheureux; Ces enfants n'auraient pas dû naître, L'enfance est trop dure pour eux. Oh! la leçon qui n'est pas sue, Le devoir qui n'est pas fini! Une réprimande reçue, Le déshonneur d'être puni! Tout leur est terreur et martyre; Le jour, c'est la cloche, et, le soir, Quand le maître enfin se retire, C'est le désert du grand dortoir : La lueur des lampes y tremble Sur les linceuls des lits de fer ; Le sifflet des dormeurs ressemble Au vent sur les tombes, l'hiver. Pendant que les autres sommeillent, Faits au coucher de la prison, Ils pensent au dimanche ; ils veillent Pour se rappeler la maison. Ils songent qu'ils dormaient naguère Douillettement ensevelis Dans les berceaux, et que les mères Les prenaient parfois dans leurs lits. O mères, coupables absentes, Qu'alors vous leur paraissez loin ! A ces créatures naissantes Il manque un indicible soin; On leur a donné les chemises, Les couvertures qu'il leur faut : D'autres que vous les leur ont mises, Elles ne leur tiennent pas chaud. Mais tout ingrates que vous êtes, Ils ne peuvent vous oublier, Et cachent leurs petites têtes, En sanglotant sous l'oreiller.

(Les Solitudes, A. Lemerre, éditeur.)

QUESTIONS D'EXAMEN

I. — L'ensemble. — Poésie à la fois simple et touchante, exprimant la souffrance morale des petits élèves internes, éloignés de la vie familiale. — Ne vous paraît-il pas que Sully Prudhomme évoque ici des souvenirs personnels? (Oui ; le jeune Sully fut envoyé, en effet, dès l'âge de huit ans, dans un pensionnat, à Bourg-la-Reine...) ; Montrez que l'on trouve, dans cette poésie encore, l'expression de la vive sensibilité du poète (voir surtout les dernières strophes; Sully Prudhomme avait un grand besoin d'affection, et toute séparation lui causait une souffrance...); Quels sont les sentiments que l'on trouve exprimés dans l'ensemble du morceau? (Pitié attendrie..., tristesse..., indignation...).

II. — L'analyse de la poésie. — Distinguez les différentes parties de la poésie : a) Les petits élèves internes dans la cour; — b) En classe; — c) Au dortoir; — d) Apostrophe aux mères; Comment nous apparaissent les petits pensionnaires dans la cour ? (tristes; ils pleurent... ne jouent pas...) ; Quelle est leur attitude en classe? (ils frissonnent sous l'oeil du maître...) ; Sont-ils plus heureux au dortoir? (Non ; ils se sentent seuls...; insister sur le vers : C'est le désert du grand dortoir...); Comment le poète appelle-t-il les mères de ces petits? (Coupables absentes...); Elles ont donné à leurs jeunes enfants « les chemises et les couvertures qu'il leur faut «; que manque-t-il encore et surtout à ces enfants ? (La douce présence de la mère...); Faites un rapprochement entre l'attitude des petits élèves au début du morceau et leur attitude à la fin (On voit... des petits qui pleurent..., — ils cachent leurs petites têtes, en sanglotant sous l'oreiller...) : quelle impression vous fait éprouver ce rapprochement?

III. — Le style ; les expressions. — Quels sont les caractères distinctifs du style, dans cette poésie? (la simplicité : aucune recherche dans l'expression..., la propriété des termes : emploi des mots empruntés au langage des écoliers: cabrioles, « des filles «, niches, copains...); Expliquez les expressions suivantes : les sombres écoles, — les forts, — les malins; Pourquoi les forts appellent-ils les petits des filles, et les malins des innocents ? Quel est le sens de cette expression : ces créatures naissantes ? Quelle différence de signification y a-t-il entre pleurer et sangloter.

IV. — La grammaire. — i° De quel mot vient le mot cabrioles? Indiquez quelques autres mots de la même famille; Énumérez les pronoms contenus dans la 1re strophe. Nature et fonction de chacun d'eux.

Rédaction. — Deux petits élèves internes, qu'ont rapprochés l'un de l'autre leur délicatesse morale et leur tristesse, sont devenus amis. Un dimanche soir, à la promenade, ils évoquent leur douce vie familiale d'autrefois.... Faites-les parler.

Liens utiles