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rité et de fonctions, il fit un gouvernement qui se soutint plus de huit cents ans dans la plus parfaite tranquillité, et qui valut à ce législateur une gloire infinie.

Publié le 01/10/2013

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rité et de fonctions, il fit un gouvernement qui se soutint plus de huit cents ans dans la plus parfaite tranquillité, et qui valut à ce législateur une gloire infinie. Le sort des lois données à Athènes par Solon fut bien différent. Celui-ci n'établit que le gouvernement populaire, et il fut de si courte durée qu'avant sa mort le législateur vit naître la tyrannie de Pisistrate. Vainement, quarante ans après, les héritiers du tyran furent chassés ; vainement Athènes recouvra sa liberté et rétablit le gouvernement populaire d'après les lois de Solon ; celui-ci ne dura pas plus de cent ans, quoique, pour le maintenir, on fit, contre l'insolence des grands et la licence de la multitude, une infinité de lois échappées à la prudence du premier législateur. La faute qu'il avait commise de ne point combiner le pouvoir du peuple avec celui du prince et des grands rendit la durée d'Athènes, comparée à celle de Sparte, infiniment plus courte. Mais, venons à Rome. Celle-ci n'eut pas un législateur, comme Lycurgue, qui la constituât à son origine de manière à conserver sa liberté. Cependant la désunion qui régnait entre le sénat et le peuple entraîna tant de vicissitudes, et telles, que le hasard opéra en sa faveur ce que la loi n'avait point prévu. Si elle n'eut pas la première chance, elle eut au moins la seconde. Ses premières institutions furent défectueuses sans doute, mais elles n'étaient pas contraires au droit chemin qui pouvait les conduire à la perfection. Romulus et tous les autres rois lui en donnèrent quelques-unes qui pouvaient convenir même à un peuple libre ; mais comme le but de ces princes était de fonder une royauté et non une république, quand Rome devint libre, elle se trouva manquer des institutions les plus nécessaires à la liberté, et que ses rois n'avaient pu ni dû établir. Lorsque ceuxci furent chassés, par les motifs et de la manière que l'on sait, comme on substitua sur-le-champ à leur place deux consuls, il se trouva qu'on avait bien moins banni de Rome l'autorité royale que le nom de roi. Le gouvernement, composé des consuls et du sénat, n'avait que deux des trois éléments dont nous avons parlé, le prince, les Optimates ; il n'y manquait plus que le pouvoir populaire. Mais, dans la suite, l'insolence de la noblesse, provoquée par les causes que nous verrons plus bas, souleva le peuple contre elle ; celle-ci, pour ne pas perdre toute sa puissance, fut forcée de lui en céder une partie ; mais le sénat et les consuls en retinrent une assez grande part pour conserver leur rang dans l'État. C'est ainsi que s'établirent les tribuns ; avec eux s'affermit la république, désormais composée des trois éléments dont nous avons parlé plus haut. La fortune lui fut si favorable, que quoique l'autorité passât successivement des rois et des grands au peuple, par les mêmes degrés et les mêmes motifs qui ont produit ailleurs, comme nous l'avons vu, les mêmes changements, néanmoins on n'abolit jamais entièrement la puissance royale pour en investir les grands ; on ne priva jamais ceux-ci en totalité de leur autorité, pour la donner au peuple ; mais on fit une combinaison de trois pouvoirs qui rendit la Constitution parfaite. Elle n'arriva à cette perfection que par les dissentiments du sénat et du peuple, comme nous le ferons voir amplement dans les deux chapitres suivants. III QUELLES AVENTURES AMENÈRENT LA CRÉATION DES TRIBUNS À ROME, ET COMMENT LA RÉPUBLIQUE EN SORTIT PLUS PARFAITE Tous les écrivains qui se sont occupés de politique (et l'histoire est remplie d'exemples qui les appuient) s'accordent à dire que quiconque veut fonder un Etat et lui donner des lois doit supposer d'avance les hommes méchants, et toujours prêts à montrer leur méchanceté toutes les fois qu'ils en trouveront l'occasion. Si ce penchant demeure caché pour un temps, il faut l'attribuer à quelque raison qu'on ne connaît point, et croire qu'il n'a pas eu l'occasion de se montrer ; mais le temps qui, comme on dit, est le père de toute vérité, le met ensuite au grand jour. Après l'expulsion des Tarquins, la plus grande union paraissait régner entre le sénat et le peuple. Les nobles semblaient avoir déposé tout leur orgueil et pris des manières populaires, qui les rendaient supportables même aux derniers des citoyens. Ils jouèrent ce rôle et on n'en devina pas le motif tant que vécurent les Tarquins. La noblesse, qui redoutait ceux-ci, et qui craignait également que le peuple maltraité ne se rangeât de leur parti, se comportait envers lui avec humanité. Mais quand la mort des Tarquins les eut délivrés de cette crainte, ils gardèrent d'autant moins de mesure avec le peuple qu'ils s'étaient plus longtemps contenus, et ils ne laissèrent échapper aucune occasion de le frapper. C'est une preuve de ce que nous avons avancé : que les hommes ne font le bien que forcément ; mais que dès qu'ils ont le choix et la liberté de commettre le mal avec impunité, ils ne manquent de porter partout la turbulence et le désordre. C'est ce qui a fait dire que la pauvreté et le besoin rendent les hommes industrieux et que les lois font les gens de bien. Là où le bien vient à régner naturellement et sans la loi, on peut se passer de loi ; mais dès que viennent à expirer les moeurs de l'âge d'or, la loi devient nécessaire. Ainsi les grands, après la mort des Tarquins, n'éprouvant plus cette crainte qui les retenait, il fallut chercher une nouvelle institution qui produisît sur eux le même effet que produisaient les Tarquins quand ils existaient. C'est pour cela qu'après bien des troubles, des tumultes et des périls occasionnés par les excès auxquels se portèrent les deux ordres, on en vint, pour la sûreté du dernier, à la création des tribuns, et on leur accorda tant de prérogatives, on les entoura de tant de respects, qu'ils formèrent entre le sénat et le peuple une barrière qui s'opposa à l'insolence des premiers.

« que le pouvoir populaire.

Mais, dans la suite, l'insolence de la noblesse, provoquée par les causes que nous verrons plus bas, souleva le peuple contre elle ; celle-ci, pour ne pas perdre toute sa puissance, fut forcée de lui en céder une partie ; mais le sénat et les consuls en retinrent une assez grande part pour conserver leur rang dans l'État.

C'est ainsi que s'établirent les tribuns ; avec eux s'affermit la république, désormais composée des trois éléments dont nous avons parlé plus haut.

La fortune lui fut si favorable, que quoique l'autorité passât successivement des rois et des grands au peuple, par les mêmes degrés et les mêmes motifs qui ont produit ailleurs, comme nous l'avons vu, les mêmes change- ments, néanmoins on n'abolit jamais entièrement la puissance royale pour en investir les grands ; on ne priva jamais ceux-ci en totalité de leur autorité, pour la donner au peuple ; mais on fit une combinaison de trois pouvoirs qui rendit la Constitution parfaite.

Elle n'arriva à cette perfection que par les dissentiments du sénat et du peuple, comme nous le ferons voir amplement dans les deux chapitres suivants.

III QUELLES AVENTURES AMENÈRENT LA CRÉATION DES TRIBUNS À ROME, ET COMMENT LA RÉPUBLIQUE EN SORTIT PLUS PARFAITE Tous les écrivains qui se sont occupés de politique (et l'his- toire est remplie d'exemples qui les appuient) s'accordent à dire que quiconque veut fonder un Etat et lui donner des lois doit supposer d'avance les hommes méchants, et toujours prêts à montrer leur méchanceté toutes les fois qu'ils en trouveront l'occasion.

Si ce penchant demeure caché pour un temps, il faut. »

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