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Antoine Watteau

Publié le 28/02/2010

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La renommée de Watteau, le peintre le plus exquis de l'école française du XVIIIe siècle, a passé par des alternatives d'admiration et de décri qui jettent un jour curieux sur les variations du goût. Ses contemporains lui rendaient justice. Il trouva, jeune encore, de chauds partisans parmi les amateurs et les marchands. Il suffit de rappeler son ami Jean de Jullienne qui lui éleva après sa mort le plus durable monument en faisant graver à ses frais la majeure partie de son oeuvre peint et dessiné, le financier Pierre Crozat qui lui ouvrit sa galerie de tableaux italiens et ses portefeuilles de dessins ou encore Gersaint qui lui commanda la plus fameuse des enseignes pour sa boutique du Pont-Neuf. La pastelliste vénitienne Rosalba Carriera parle avec enthousiasme de "l'inimitable M. Watteau", et le roi de Prusse Frédéric II, qui rafla ses meilleures toiles en recommandant toutefois à ses rabatteurs de bien marchander, confesse qu'il "préfère les touches de Watteau à celles de Rembrandt". Brusquement, vers 1745, le goût change. L'antiquomanie commence à exercer ses ravages. L'archéologue Caylus reproche aigrement à Watteau d'être incapable de composer "rien d'héroïque ni d'allégorique, encore moins de rendre les figures d'une certaine grandeur". Diderot déclare avec une risible assurance : "Je donnerais dix Watteau pour un Teniers". Pour les Davidiens, le maître de l'Embarquement pour Cythère n'est qu'un "peintre de bambochades".

« enchanté du théâtre italien, que le second l'initia au décor charmant de grotesques et d'arabesques.

Ajoutons queWatteau a fréquenté et parfois imité les peintres français les plus réputés de sa génération : Antoine Coypel,Charles de La Fosse, Louis de Boulogne, le portraitiste François de Troy. En somme on peut dire, en élargissant la définition de Delacroix, que l'art de Watteau est la quintessence d'Anvers,de Venise et de Paris ; mais dans cet élixir, c'est décidément le parfum de Paris qui domine. L 'oeuvre immense de ce peintre souffreteux étonne par sa variété.

Loin de se confiner dans un seul genre, il les atous abordés. Le décor d'arabesques et de singeries qu'il avait peint, à la manière de son maître Audran, pour le château de laMuette a disparu.

Ses tableaux religieux et ses tableaux d'histoire, ses portraits, dont le plus connu est celui dusculpteur Pater, renfrogné et bougon, au Musée de Valenciennes, semblent avoir été assez rares. En revanche, il a imprimé sa marque personnelle à trois genres que nous allons brièvement caractériser : les sujetsmilitaires, les scènes de la Comédie-Italienne et les Fêtes galantes. Sa conception de la peinture militaire est entièrement neuve : elle n'a rien de commun avec la tradition des peintresofficiels de batailles et de sièges tels que Van der Meulen qui, du haut du monticule où il accompagnait l'état-major,dessinait à la gloire de Louis XIV des vues panoramiques de ses victoires.

Watteau n'a jamais assisté à une bataille ;mais il a pu observer dans son pays natal, pendant la désastreuse Guerre de Succession d'Espagne qui faillit menerla France à sa perte, l'envers de la guerre vue de l'arrière dans son pittoresque débraillé : les marches harassantesdans la boue, les haltes, les cantonnements sous la tente et les bivouacs où se glissent toujours quelques ribaudespeu farouches.

C'est bien ainsi qu'il faut se représenter l'armée de Villars. Mais les scènes de la vie des camps ne sont qu'un épisode bref de la jeunesse de Watteau qui, rentré à Paris, oublieles "magots" de Teniers. Il découvre dans le monde du théâtre et surtout de la Comédie-Italienne, que lui avait révélé son maître Gillot, unemine inépuisable.

Pourquoi cette prédilection pour les acteurs italiens : Pierrot et Mezzetin, Arlequin et Colombine ?On en devine aisément la raison.

Ces pitres ultramontains étaient beaucoup plus divertissants que les acteursempanachés, solennels et guindés de la Comédie-Française.

Pour se faire comprendre du public parisien, peu familieravec leur jargon et leurs lazzi, ils devaient gesticuler : ce qui était d'ailleurs dans leur tempérament et ne leurcoûtait guère.

Leur mimique endiablée était un régal pour un œil de peintre. L'admirable Gilles ou Pierrot, du Louvre, de dimensions exceptionnelles (c'était peut-être une enseigne de théâtre),le Mezzetin en habit rayé, jouant de la guitare, qui a passé de l'Ermitage soviétique au Métropolitan Museum deNew-York, sont les incarnations les plus vivantes de ce "piccolo mondo" de la Comédie-Italienne qui faisait alors lesdélices de Paris. Des scènes de comédie on passe insensiblement aux Fêtes galantes, le genre Watteau par excellence, qui sedistingue précisément du Concert champêtre de Giorgione ou du Jardin d'Amour de Rubens en ce que lespersonnages portent des costumes de théâtre. L'Embarquement pour Cythère, qui servit à Watteau en 1717 de morceau de réception à l'Académie, est latransfiguration d'une scène d'opéra-comique ou de vaudeville entrecoupé de chansons : Les Trois Cousines, deDancourt, où l'artiste avait applaudi l'actrice Charlotte Desmares, nièce de la Champmeslé, en pèlerine d'amour. Trois couples de pèlerins, se dirigeant vers l'embarcadère où les attend le navire pavoisé de Vénus, environné d'unessaim de petits Cupidons, marquent les progrès de l'amour d'abord timide, puis plus hardi et finalement consentant.Mais ce qui donne à ce départ son indicible poésie, c'est le fond de vapeurs roses et bleues au travers desquelles ondevine plus qu'on ne distingue l'île de Cythère.

Ne serait-ce pas un décevant mirage, une fantasmagorie qui s'éloignelorsqu'on croit s'en approcher ? Les pèlerins débarqueront-ils jamais dans l'île de leurs rêves ? Watteau est là toutentier avec sa mélancolie de malade voluptueux "libertin d'esprit, mais sage de mœurs", pour lequel l'amour n'est paspossession brutale, mais désir inassouvi et perpétuellement insatisfait. Toute une partie de l'œuvre de Watteau se compose de variations sur ce thème.

Les titres seuls diffèrent :Assemblée dans un parc, Fête d'Amour, Charmes de la vie.

Mais ils ne sont pas du peintre qui s'intéressait à lamusique plus qu'aux paroles : ils ont été inventés par ou pour les graveurs, afin de corser l'intérêt de leursestampes. Après un court voyage à Londres où il était allé soit pour rétablir sa fortune, ruinée par l'agiotage de Law, soit pourconsulter un spécialiste de la tuberculose, le Dr Mead, Watteau rentra à Paris, plus malade que jamais.

C'est alorsqu'il accepta de brosser pour son ami Gersaint une enseigne destinée à sa boutique du Pont-Neuf.

Rien de plussimple, de plus banal que le sujet qui semble en marge du reste de son œuvre, un retour au réalisme flamand de sajeunesse : c'est tout simplement une vue de l'intérieur du magasin d'un marchand de tableaux, avec le va-et-vientdes clients et des clientes qui viennent choisir un cadeau, l'empressement des vendeurs souriants, le remue-ménagedes emballeurs qui introduisent dans une caisse garnie de paille le partrait du "Grand Monarque".. »

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