Agnon (Chmouei-Yossef)
Publié le 17/01/2022
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Chmouei-Yossef Agnon (de son vrai nom Czaczkes) est considéré depuis de nombreuses années comme le plus grand prosateur hébraique. Il fut l'un des premiers écrivains d'Israël à être traduit avec un constant succès en anglais et en allemand. L'attribution du Prix Nobel de littérature en 1966 a consacré sa renommée désormais mondiale.
Né en 1888 à Buczacz, en Galicie (Autriche-Hongrie), Youssef Agnon vint très tôt en Palestine (dès 1909) attiré par l'idéal sioniste qu'il a toujours subordonné à une stricte fidélité il la morale et à l'obédience religieuse les plus strictes.
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S.Y.
AGNON
né en 1888
S CHMOUEL Y ossEPH AGNON, par son écriture autant que par son inspiration, est probablement
l'homme qui, plus vigoureusement que tout autre, a, au cours des cinquante dernières années,
marqué la littérature hébraïque.
Agnon est né en Galicie, cette parcelle de la Pologne soumise à Franz-Joseph, où l'univers
juif se trouvait concentré et exacerbé.
Poète précoce, romancier épique, il publia son premier
texte important, Agounoth (les Délaissées), en rgog, année également au cours de laquelle il s'installa
en Palestine.
L'époque dans laquelle s'insère ce premier récit, aux dimensions proprement agno
niennes, était pour le judaïsme est-européen, celle d'un profond déchirement.
Tout le XIxe siècle
avait imposé à la communauté juive de l'Europe Orientale de dramatiques mutations.
Avec des
décennies
de retard, les grandes révolutions qui venaient de secouer l'Europe avaient finalement
percé le mur des ghettos où, par la volonté de l'Histoire plutôt que par la leur propre, des popula
tions juives vivaient engoncées dans leur spécificité.
Les barrières du ghetto s'effondrant, il eût
fallu que la vie juive se renouvelât, purifiée des scories du passé amoncelées dans l'obscurité
d'une détresse isolée.
Elle aurait dû retrouver le diamant taillé de ses valeurs permanentes, revivi
fiées
au souffle de la révolution européenne; se rétablir au niveau de l'universel et, par là-même,
revenir à ses sources premières.
Mais la nouvelle soif juive de sécularisation n'engendra d'abord que malentendus et excès.
Au lieu de se débarrasser des survêtements surannés, nombre d'écrivains juifs tournèrent le dos
à
leur passé, sans pour autant réussir à pénétrer réellement la civilisation nouvelle, dont il eût été
inexact, d'ailleurs, de dire qu'elle s'offrait .à eux.
Dans le même temps, les Juifs découvraient
en effet que, malgré les transformations, ni l'égalité sociale, ni la disparition des différences
politiques
ne leur étaient automatiquement acquises.
La société juive connut alors une crise morale d'autant plus profonde que la « Haskalah »,
la Culture des Lumières, qui avait surgi des décombres en une recherche positive, n'avait pas
réussi à concilier les valeurs traditionnelles juives avec le nouvel esprit du siècle.
La volonté de
clarté était devenue vide et chaos.
Le vieux Temple avait été détruit et nul édifice ne s'était élevé
sur ses ruines.
Outre parfois une simplicité conservatrice quelque peu naïve, ou un romantisme
incurable, seules demeuraient dans l'âme juive l'amertume, la désillusion et une nouvelle forme
de désespoir.
Le géant Mendelè Mokher Sforim, au faîte de la littérature hébraïque, décrivait
avec une passion didactique, ironique, fiévreuse, dévorée plus encore que dévorante, la société
juive du XIxe siècle, condamnant la diaspora, ses valeurs traditionnelles, ses personnages, sans
pour autant reconstruire un univers satisfaisant.
« Vint Agnon », qui renouvela la direction de la littérature hébraïque, ce véhicule de
l'actuelle histoire juive.
Son sujet principal demeure la réalité des petites villes juives de Galicie,
représentant le monde de son enfance et renfermant son propre univers spirituel; s'y côtoient
de petites gens pleins de ferveur, de foi, de confiance, malgré leurs difficultés, leur misère.
Agnon a profondément conscience des faiblesses de cet univers juif en voie de désagrégation.
Lentement d'ailleurs son œuvre propre s'infléchira vers la reconstruction du Temple, en Palestine,
PHOTO DAVID RUBINGER.
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