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SAINT-LAMBERT Jean-François, chevalier (vie et oeuvre)

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SAINT-LAMBERT Jean-François, chevalier, puis marquis de (1716-1803). Gentilhomme, philosophe, poète, nonchalant et dilettante, Saint-Lambert passa, un temps, pour un nouveau Virgile; la postérité n’a guère retenu que les péripéties de sa vie amoureuse. Ni simple petit-maître ni talent de premier ordre, il mérite d’occuper une place entre Louis Racine et André Chénier, entre une élégance un peu sèche et une puissance verbale qui annonce déjà le romantisme.

 

Né à Nancy, élevé chez les Jésuites de Pont-à-Mousson, il entre au service de Stanislas Leszczynski, roi de Pologne, à la cour de Lunéville, protégé par Mme de Bouffier s, la maîtresse du souverain, qu’il ne tarde pas à conquérir. Il brille au sein de la petite Cour, et ravit à Voltaire le cœur de Mme du Châtelet; celle-ci mourra

« en mettant au monde un enfant, fruit de sa nouvelle liaison (1749). A Paris, il séduit Mme d'Houdetot, qui lui procure un brevet de colonel; il participe aux dures campagnes allemandes de la guerre de Sept Ans (1756- 1757), quitte l'armée pour des raisons de santé, et, disci­ ple de D'Holbach et d'Helvétius, collabore à l' Encyclo­ pédie (MANIÈRES; GÉNIE; LUXE, publié séparément en 1764 sous le titre Essai sur le luxe). Il donne des poésies fugitives, des contes et surtout un grand poème descrip­ tif, les Saisons (1769), qui connaît un beau succès et lui ouvre, en 1770, les portes de l'Académie. En 1789, il publie un Catéchisme universel, synthèse de sa philoso­ phie, où s'annonce la rigueur pré-positiviste des Idéolo­ gues :le renom que s'acquiert ce manuel à la fois théori­ que et pratique ne vaut à son auteur, sous la Révolution, ni honneurs ni ennuis. Retiré à Eaubonne, auprès de Mme d'Houdetot, celui que Jean-Jacques Rousseau esti­ mait comme un «honnête homme et judicieux», meurt à quatre-vingt-sept ans, peu de temps après avoir été appelé à l'Académie restaurée par le Premier consul. Les Saisons assurèrent longtemps la gloire de Saint­ Lambert : maintes fois rééditées, elles sont, pour le sévère La Harpe, le chef-d' œuvre en France du genre descriptif; Voltaire multiplie, devant ce «beau monu­ ment du siècle », des compliments hyperboliques. Mais beaucoup de contemporains restent insensibles à cet enthousiasme : «manque de verve et d'invention», tran­ che Diderot; et Mme du Deffand : «Ce Saint-Lambert est un esprit froid, fade et faux; il croit regorger d'idées, et c'est la stérilité même». Le partage des appréciations reflète à la fois 1' ambition du poème, sa prétention à la sublimité et les faiblesses de la réalisation : comme l'écrit l'encyclopédiste Naigeon, le poète« a prophétisé avant que l'Esprit fût descendu ». Dans son «Discours préliminaire», Saint-Lambert proclame son dessein, conçu avant le retentissement du poème de Thomson (dans sa traduction française de 1759) : la nature seule -à l'exclusion des règles des genres, ou des lieux com­ muns mythologiques doit guider l'écrivain­ philosophe qui cherche « les rapports des effets et des causes», découvre «l'ordre de l'univers», varie les tableaux comme un peintre, en ménageant des contrastes de couleur et d'émotion : «La Nature, au commence­ ment du printemps, est sombre et majestueuse; bientôt elle est aimable et riante. Elle est grande, belle et tou­ chante en été; mélancolique en automne; sublime et terri­ ble en hiver. J'ai voulu ne donner à chacun de mes chants que le caractère de la saison que j'avais à peindre ». Mais, homme du monde accompli, versificateur mora­ liste, Saint-Lambert est animé par un naturalisme trop froid, un rationalisme trop abstrait pour qu'une flamme illumine des suites d'alexandrins symétriques, rangés en compositions appliquées, soutenus par des élans rhétori­ ques laborieux; cet échec manifeste dans la recherche du sublime - qui précède celui de Roucher dans les Mois, dix ans plus tard - ne saurait cacher les réussites dans la notation directe, picturale, des couleurs et des bruits de la nature. Thomson était un maître de la fresque, un large coloriste; Bernis, dans les Quatre Saisons (1763), revient à l'orné et au gracieux; Saint-Lambert, à ses meilleurs moments, inaugure une sorte d'impression­ nisme pointilliste où il révèle une sensibilité fine et ingénieuse. BIBLIOGRAPHIE Édouard Guitton, Jacques Delille ( 1738-1813) et le poème de la nature en France de 1750 à 1820, Paris, Klincksieck, 1974; Luigi De Nardis, Saint-Lambert. Scienza e paesaggio nella poe­ sia del settecento, Rome, Edizioni dell'Ateneo, 1961 (avec le texte des Saisons dans l'édition de 1796, en appendice); Émile Pierrot, Étude sur Saint-Lambert ( ... ), Nancy, Berger-Levrault, 1875. »

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