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SAINT-LAMBERT Jean-François, chevalier, puis marquis de

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Dans son « Discours préliminaire », Saint-Lambert proclame son dessein, conçu avant le retentissement du poème de Thomson (dans sa traduction française de 1759) : la nature seule

 

à l’exclusion des règles des genres, ou des lieux communs mythologiques — doit guider l’écrivain-philosophe qui cherche « les rapports des effets et des causes», découvre «l’ordre de l’univers», varie les tableaux comme un peintre, en ménageant des contrastes de couleur et d’émotion : « La Nature, au commencement du printemps, est sombre et majestueuse; bientôt elle est aimable et riante. Elle est grande, belle et touchante en été; mélancolique en automne; sublime et terrible en hiver. J’ai voulu ne donner à chacun de mes chants que le caractère de la saison que j’avais à peindre ».

 

Mais, homme du monde accompli, versificateur moraliste, Saint-Lambert est animé par un naturalisme trop froid, un rationalisme trop abstrait pour qu’une flamme illumine des suites d’alexandrins symétriques, rangés en compositions appliquées, soutenus par des élans rhétoriques laborieux; cet échec manifeste dans la recherche du sublime — qui précède celui de Roucher dans les Mois, dix ans plus tard — ne saurait cacher les réussites dans la notation directe, picturale, des couleurs et des bruits de la nature. Thomson était un maître de la fresque, un large coloriste; Bernis, dans les Quatre Saisons (1763), revient à l’orné et au gracieux; Saint-Lambert, à ses meilleurs moments, inaugure une sorte d’impressionnisme pointilliste où il révèle une sensibilité fine et ingénieuse.

« en mettant au monde un enfant, fruit de sa nouvelle liaison (1749). A Paris, il séduit Mme d'Houdetot, qui lui procure un brevet de colonel; il participe aux dures campagnes allemandes de la guerre de Sept Ans (1756- 1757), quitte l'armée pour des raisons de santé, et, disci­ ple de D'Holbach et d'Helvétius, collabore à l' Encyclo­ pédie (MANIÈRES; GÉNIE; LUXE, publié séparément en 1764 sous le titre Essai sur le luxe). Il donne des poésies fugitives, des contes et surtout un grand poème descrip­ tif, les Saisons (1769), qui connaît un beau succès et lui ouvre, en 1770, les portes de l'Académie. En 1789, il publie un Catéchisme universel, synthèse de sa philoso­ phie, où s'annonce la rigueur pré-positiviste des Idéolo­ gues :le renom que s'acquiert ce manuel à la fois théori­ que et pratique ne vaut à son auteur, sous la Révolution, ni honneurs ni ennuis. Retiré à Eaubonne, auprès de Mme d'Houdetot, celui que Jean-Jacques Rousseau esti­ mait comme un «honnête homme et judicieux», meurt à quatre-vingt-sept ans, peu de temps après avoir été appelé à 1' Académie restaurée par le Premier consul. Les Saisons assurèrent longtemps la gloire de Saint­ Lambert : maintes fois rééditées, elles sont, pour le sévère La Harpe, le chef-d'œuvre en France du genre descriptif; Voltaire multiplie, devant ce «beau monu­ ment du siècle », des compliments hyperboliques. Mais beaucoup de contemporains restent insensibles à cet enthousiasme : «manque de verve et d'invention», tran­ che Diderot; et Mme du Deffand : «Ce Saint-Lambert est un esprit froid, fade et faux; il croit regorger d'idées, et c'est la stérilité même». Le partage des appréciations reflète à la fois 1' ambition du poème, sa prétention à la sublimité et les faiblesses de la réalisation : comme l'écrit l'encyclopédiste Naigeon, le poète« a prophétisé avant que l'Esprit fût descendu». Dans son «Discours préliminaire», Saint-Lambert proclame son dessein, conçu avant le retentissement du poème de Thomson (dans sa traduction française de 1759) : la nature seule -à l'exclusion des règles des genres, ou des lieux com­ muns mythologiques doit guider l'écrivain­ philosophe qui cherche « les rapports des effets et des causes», découvre «l'ordre de l'univers», varie les tableaux comme un peintre, en ménageant des contrastes de couleur et d'émotion : «La Nature, au commence­ ment du printemps, est sombre et majestueuse; bientôt elle est aimable et riante. Elle est grande, belle et tou­ chante en été; mélancolique en automne; sublime et terri­ ble en hiver. J'ai voulu ne donner à chacun de mes chants que le caractère de la saison que j'avais à peindre ». Mais, homme du monde accompli, versificateur mora­ liste, Saint-Lambert est animé par un naturalisme trop froid, un rationalisme trop abstrait pour qu'une flamme illumine des suites d'alexandrins symétriques, rangés en compositions appliquées, soutenus par des élans rhétori­ ques laborieux; cet échec manifeste dans la recherche du sublime - qui précède celui de Roucher dans les Mois, dix ans plus tard - ne saurait cacher les réussites dans la notation directe, picturale, des couleurs et des bruits de la nature. Thomson était un maître de la fresque, un large coloriste; Bernis, dans les Quatre Saisons (1763), revient à l'orné et au gracieux; Saint-Lambert, à ses meilleurs moments, inaugure une sorte d'impression­ nisme pointilliste où il révèle une sensibilité fine et ingénieuse. BIBLIOGRAPHIE Édouard Guitton, Jacques Delille ( 1738-1813) et le poème de la nature en France de 1750 à 1820, Paris, Klincksieck, 1974; Luigi De Nardis, Saint-Lambert. Scienza e paesaggio nella poe­ sia del settecento, Rome, Edizioni dell'Ateneo, 1961 (avec le texte des Saisons dans l'édition de 1796, en appendice); Émile Pierrot, Étude sur Saint-Lambert ( ... ), Nancy, Berger-Levrault, 1875. »

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