MAUPASSANT Bel-Ami, 1885 Chapitre 10, Partie II, Explicit
Publié le 16/02/2026
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6.
MAUPASSANT
Bel-Ami, 1885
Chapitre 10, Partie II, Explicit
Lorsque l'office fut terminé, il se redressa, et donnant le bras à sa femme, il passa dans
la sacristie.
Alors commença l'interminable défilé des assistants.
Georges, affolé de joie, se
croyait un roi qu'un peuple venait acclamer.
Il serrait des mains, balbutiait des mots qui ne
signifiaient rien, saluait, répondait aux compliments : "Vous êtes bien aimable."
Soudain il aperçut Mme de Marelle ; et le souvenir de tous les baisers qu'il lui avait
donnés, qu'elle lui avait rendus, le souvenir de toutes leurs caresses, de ses gentillesses, du son
de sa voix, du goût de ses lèvres, lui fit passer dans le sang le désir brusque de la reprendre.
Elle était jolie, élégante, avec son air gamin et ses yeux vifs.
Georges pensait : "Quelle
charmante maîtresse, tout de même."
Elle s'approcha un peu timide, un peu inquiète, et lui tendit la main.
Il la reçut dans la
sienne et la garda.
Alors il sentit l'appel discret de ses doigts de femme, la douce pression qui
pardonne et reprend.
Et lui-même il la serrait, cette petite main, comme pour dire : "Je t'aime
toujours, je suis à toi !"
Leurs yeux se rencontrèrent, souriants, brillants, pleins d'amour.
Elle murmura de sa
voix gracieuse : "A bientôt, monsieur".
Il répondit gaiement : "A bientôt, madame".
Et elle s'éloigna.
D'autres personnes se poussaient.
La foule coulait devant lui comme un fleuve.
Enfin
elle s'éclaircit.
Les derniers assistants partirent.
Georges reprit le bras de Suzanne pour retraverser l'église.
Elle était pleine de monde, car chacun avait regagné sa place, afin de les voir passer
ensemble.
Il allait lentement, d'un pas calme, la tête haute, les yeux fixés sur la grande baie
ensoleillée de la porte.
Il sentait sur sa peau courir de longs frissons, ces frissons froids que
donnent les immenses bonheurs.
II ne voyait personne.
Il ne pensait qu'à lui.
Lorsqu'il parvint sur le seuil, il aperçut la foule amassée, une foule noire, bruissante,
venue là pour lui, pour lui Georges Du Roy.
Le peuple de Paris le contemplait et l'enviait.
Puis, relevant les yeux, il découvrit là-bas, derrière la place de la Concorde, la
Chambre des députés.
Et il lui sembla qu'il allait faire un bond du portique de la Madeleine au
portique du Palais-Bourbon (2).
Il descendit avec lenteur les marches du haut perron entre deux haies de spectateurs.
Mais il ne les voyait point : sa pensée maintenant revenait en arrière, et devant ses yeux
éblouis par l'éclatant soleil flottait l'image de Mme de Marelle rajustant en face de la glace les
petits cheveux frisés de ses tempes, toujours défaits au sortir du lit
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🟩 Problématique :
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En quoi cet extrait final illustre-t-il le triomphe factice d’un personnage manipulateur,
fondé sur les apparences et le mensonge ?
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🟦 I.
« Lorsque l’office fut terminé… » → « Vous êtes bien
aimable »
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Un mariage social, vide de sens personnel
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Rituel bourgeois vidé d’émotion : le mariage est vu comme un passage obligé pour
gravir l’échelle sociale.
Georges n’éprouve rien de religieux ou affectif → "il se
croyait un roi", "affolé de joie" → tout est dans la posture.
Posture narcissique : Georges se contemple dans le regard des autres → "un roi
qu’un peuple venait acclamer", vision mégalomane.
Le langage est creux : "des mots
qui ne signifiaient rien" → hypocrisie.
Saturation des codes sociaux : compliments, salutations → il "balbutie", "salue", tout
est mécanique.
C’est une mascarade sociale, un jeu de rôles.
🔎 → Maupassant critique une société où les mariages ne sont plus des unions
amoureuses, mais des stratégies.
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🟦 II.
« Soudain il aperçut Mme de Marelle… » → « Je
t’aime toujours, je suis à toi ! »
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La tentation du passé : hypocrisie amoureuse et duplicité morale
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Souvenir charnel immédiat : "souvenir de tous les baisers", "le goût de ses lèvres".
Ce n’est pas un souvenir sentimental mais physique, sexuel.
Mme de Marelle = incarnation du plaisir : il la regarde, il la désire alors qu’il vient
d’épouser une autre → contradiction entre vie publique (Suzanne) et vie privée
(Clotilde).
Langage des corps : la main serrée, la pression, le regard → une scène muette mais
intense, qui montre une relation encore vivante.
Le dialogue codé "à bientôt,
monsieur" / "à bientôt, madame" → connivence amoureuse.
Hypocrisie totale : Georges épouse une femme riche, mais reste lié à son ancienne
maîtresse.
Il veut tout avoir : l’argent, le statut, et le plaisir.
🔎 → Maupassant dénonce le cynisme sentimental d’un homme qui n’éprouve aucun
scrupule à manipuler les femmes.
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🟦 III.
« D’autres personnes se poussaient… » → fin
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Triomphe public, ambition politique et retour du désir : l’imposture totale
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Le peuple pour lui : Georges s’imagine acclamé par la foule → "le peuple de Paris le
contemplait et l’enviait" : mégalomanie, délire d’auto-célébration.
Montée symbolique vers le pouvoir : "portique de la Madeleine" → "portique du
Palais-Bourbon" → Maupassant suggère que le mariage est une rampe vers le
pouvoir, pas une fin.
Effet de lumière, faste, foule → tout est spectaculaire.
Mais il ne voit personne, "il
ne pensait qu’à lui" → solipsisme, égoïsme absolu.
Dernière image : Clotilde dans son lit → retour au désir, à l’intime, à la sensualité.
Même au sommet, Georges est guidé par ses pulsions, non par la grandeur.
Conclusion ironique : il a tout gagné, mais reste un homme creux, obsédé par son
plaisir.
Le dernier mot appartient non à la gloire, mais au corps.
🔎 → La réussite de Duroy est construite sur le paraître, la manipulation et l’égoïsme.
Maupassant peint ici un monde sans morale, où triomphent les médiocres habiles.
Introduction :
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Bel-Ami, publié en 1885, est l’un des romans les plus célèbres de Guy de Maupassant.
À
travers le personnage de....
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