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Bertrand de Born vers 1150-avant 1215 S'il était question de donner la palme à l'un de nos grands poètes méridionaux des XIIe et XIIIe siècles, Bertrand de Born, à coup sûr, serait sur les rangs.

Publié le 05/04/2015

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Bertrand de Born vers 1150-avant 1215 S'il était question de donner la palme à l'un de nos grands poètes méridionaux des XIIe et XIIIe siècles, Bertrand de Born, à coup sûr, serait sur les rangs. Du moins apparaît-il comme le type achevé du troubadour politique et guerrier. Il naquit vers le milieu du XIIe siècle à Hautefort -- Born étant le nom d'un étang et d'une forêt, non loin de là. Il n'est que de se référer à la vieille biographie provençale d'Uc de Saint-Circ, miroir grossissant peut-être, mais où se réfléchit grossièrement la figure du poète, telle qu'ont pu la voir les contemporains : " Bertrand de Born était seigneur d'un château appelé Hautefort, dans l'évêché de Périgord. Toujours il fut en guerre avec ses voisins et avec le comte de Périgord, tant que celui-ci resta comte de Poitiers. Il fut bon chevalier, bon guerrier, bon troubadour, et avisé, et galant. Et il était l'hôte, chaque fois qu'il le voulait, du roi d'Angleterre et de son fils... Mais il voulait toujours qu'ils fussent en guerre entre eux... " Sur toutes choses, dès l'abord, un fomenteur de disputes. Il faut, pour comprendre cette activité essentielle de Bertrand, se rappeler que l'Aquitaine était alors le théâtre des rivalités des trois fils de Henri II d'Angleterre : Henri au Court Mantel, Richard Coeur de Lion, comte de Poitiers, et Godefroy ; rivalités qui armèrent bientôt, contre le roi et le comte, l'aîné et le benjamin jaloux. Il faut savoir, d'autre part, que Bertrand de Born avait eu maille à partir avec son pr...
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« Au fait, pas tellement pour lui-même.

En bon troubadour militaire, il aime surtout voir les autres se battre.

On a parfois l'impression qu'il se plaît mieux à composer des sirventès dans son château qu'à se jeter, l'épée haute, dans la mêlée.

Ainsi quand, reprochant à Richard et à Philippe leur retard à secourir en Orient le roi Conrad, il déclare avoir été retenu, pour son compte, par les charmes de sa dame. Car ce brutal eut un amour : ne parlons pas des deux femmes qu'il épousa : une Rosemonde, puis une Philippe, dont il devait avoir en tout cinq enfants — mais une certaine Maheut de Montignac, objet de ses chants, cette personne “ fraîche et fine, mignonne, gracieuse et délicate, à la chevelure ardente comme rubis, à la peau blanche comme fleur d'aubépine, aux coudes potelés, aux tétons durs, à l'échine de lapin ” qu'il décrit dans une pièce célèbre.

Amoureux infidèle, comme ami ou ennemi opportuniste et versatile ! Il devait exciter la jalousie de Maheut contre une certaine Guicharde et se voir provisoirement congédié — quitte à adorer les plus beaux fragments d'un certain nombre de dames nouvelles, pour reconstituer, par un ingénieux puzzle, l'idole perdue… Ses amours, d'ailleurs, prennent une allure martiale comme le reste : mais, sous la chemise de l'amant comme sous l'armure du chevalier, on peut douter qu'il ait élevé ses actes à la hauteur de ses chants. Ce politique égoïste et perfide, ce chevalier hâbleur et inconstant, sorte, comme on l'a dit, de “ condottière lyrique ”, devait finir étrangement sous la capuce d'un moine de l'ordre de Cîteaux, à l'abbaye de Dalon, proche de Hautefort, où des documents sûrs nous le montrent installé dès 1197.

On trouve à la date de 1215, dans la chronique de B.

Itier, bibliothécaire de Saint-Martial de Limoges, cette phrase laconique : “ Octava candela in sepulcro ponitur pro Bertrando de Born.

” Dès 1194, d'ailleurs, Bertrand, à ce qu'il semble, avait cessé d'écrire. Les “ chansonniers ”, ou manuscrits anthologiques des troubadours, nous ont gardé de Bertrand de Born quarante-deux sirventès ou chansons, soit vingt-sept poésies politiques, sept poésies amoureuses et huit pièces d'intention morale ou politique.

L'ensemble a fait l'objet d'une édition et d'une étude définitive d'Antoine Thomas, d'une belle publication aussi de l'Allemand Stimming. Parmi les poésies guerrières, on admire surtout le sirventès Pois Ventodorns e Comborns ab Segur par lequel il excite les barons à se liguer contre Richard, le sirventès Ar ve la coindeta Sazos , saluant, par un de ces revirements dont le poète est familier, l'arrivée du même Richard, le Message du roi Conrad à Tyr ( Ara sai eu de pretz cual l'a plus gran ) le Plaint sur la mort du Jeune roi ( Si tuit li dol elh plor elh marrimen ) où il fait voir, avec beaucoup d'art, une émotion presque sincère, surtout, et peut-être, le demi-sirventès ( Mei sirventes volh far dels reis amdos ) sur la guerre de Richard et d'Alfonse, où éclate toute sa mâle joie devant les combats auxquels il ne prend point part : “ Si les rois sont tous deux vaillants et hardis, nous aurons tôt fait de voir les champs jonchés de débris de heaumes et d'écus, d'épées et d'arçons ; nous verrons partout des cadavres fendus de la tête à brayette et au hasard les destriers courants, et mainte lance enfoncée à travers les poitrines… ”. »

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