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Jean-Philippe Rameau par André Jolivet Rameau n'a vécu que pour étudier et pour produire : étudiant pour mieux produire, produisant pour illustrer les résultats de ses études.

Publié le 05/04/2015

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Jean-Philippe Rameau par André Jolivet Rameau n'a vécu que pour étudier et pour produire : étudiant pour mieux produire, produisant pour illustrer les résultats de ses études. Une existence de labeur opiniâtre, de recherches obstinées, des moeurs rigides et hautaines, à l'image de ce grand corps sec et noueux, de ce visage brûlé par le feu intérieur, comme ces coteaux et ces ceps de Bourgogne qui, tout desséchés qu'ils paraissent, n'en nourrissent pas moins la sève ardente de la vigne et transmuent le soleil en grappes vermeilles. Rameau ne s'inquiétait que de ses oeuvres. Ses oeuvres musicales, il nous les a laissées dans leur rayonnante perfection ; ses oeuvres théoriques, elles, sont la base de la musique européenne depuis deux siècles. Il a donc rempli sa mission telle qu'il l'avait conçue intuitivement. Il a donc réalisé son destin. Mais s'il a négligé de nous laisser des renseignements sur sa vie personnelle, de s'étendre sur les vicissitudes de son existence journalière, évitons aujourd'hui l'erreur de le considérer comme un pur esprit, un ermite de tour d'ivoire, un intellectuel étriqué. Ce Bourguignon forte tête et coléreux, exigeant et chamailleur, met à empoigner la vie quotidienne la même fougue et la même passion qu'à poursuivre son idée. Mais, dominé par le souci exclusif d'atteindre son idéal, il ne prête aucune attention aux futiles règles du jeu de la vie en société : ce qui lui valut d'être considéré comme " le mortel le plus impoli, le plus grossier et le plus insociable de son temps ". Une fois acquises ses solides convictions, possédant une technique hors pair du clavecin et de l'orgue, conscient de sa valeur et de son vaste savoir, il ordonne sa vie dans la durée comme quelqu'un qui a le temps. Et c'est un trait de plus qui pour nous l'apparente à ces patients vignerons qui, sans négliger rien de leurs soins quotidiens à la vigne, savent que les " grandes années " sont rares et que, le vin soutiré, il faudra un long temps de bouteille pour le parfaire. Jugez plutôt. Il a presque quarante ans lorsqu'il publie son monumental Traité de l'Harmonie réduite à ses principes naturels (1722). Ce n'est qu'à quarante-trois ans qu'il se décide à prendre femme. De l'existence qu'il a menée jusqu'à son mariage il ne juge même pas utile d'en faire part à Mme Rameau qui n'en a jamais su autant sur ce point que nos indiscrets et perspicaces musicologues modernes. Il a cinquante ans lorsque est joué son premier opéra : Hippolyte et Aricie (1733), soixante-deux quand son talent est consacré par une pension du Roi et le titre de " Compositeur de la musique de la Chambre ". Et, en 1764, quand, anobli et décoré du cordon de St-Michel, l'octogénaire meurt, il se préparait à diriger les répétitions de sa dernière tragédie lyrique.
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