Devoir de Philosophie

Le Roman français par Maurice Nadeau Le roman n'existe que s'il existe des romanciers.

Publié le 05/04/2015

Extrait du document

Le Roman français par Maurice Nadeau Le roman n'existe que s'il existe des romanciers. L'auteur de Francion ne se prend pas pour un romancier. Celui de Gargantua non plus. Ni Mme de La Fayette, ni Marivaux, ni Rousseau. Il ne suffit pas de raconter une histoire, se déroulant dans le temps et l'espace, mettant en scène des personnages auxquels l'auteur prétend nous intéresser, pour qu'il y ait roman. Comme l'ode au XVIe siècle, la tragédie au XVIIe le drame au début du XIXe le genre romanesque naît au moment où les meilleurs écrivains le choisissent comme mode d'expression, lui donnent des règles, une forme, un contenu propres, l'investissent de leurs problèmes et des problèmes de leur époque. La conjonction s'est opérée avec Balzac, Stendhal, Flaubert, Dickens, Dostoïevski, Tolstoï. Quelques dizaines d'années plus tard, le roman a triomphé des autres genres et il est déjà en crise. Rimbaud, Verlaine, Laforgue, Mallarmé expriment mieux les exigences de la littérature et les besoins de leur temps que les épigones de Flaubert, les suiveurs de Zola. Le genre s'est figé dans une formule et des procédés, avec les champions du roman "bourgeois", "psychologique", régionaliste, exotique. Même Barrès (avec La Colline inspirée), même Anatole France (avec Le Lys rouge) ne font qu'emplir un cadre de plus en plus étroit, de plus en plus artificiel. Les auteurs qui, au même moment, vont compter, les jeunes Gide, Claudel, Valéry dénoncent le roman comme le lieu de toutes les facilités et complaisances, lui dénient une valeur artistique. Selon une phrase qu'il n'a peut-être jamais prononcée, Valéry refuse de faire "sortir la marquise à cinq heures", et Gide ferme à Marcel Proust les portes de la Nouvelle Revue Française. Pourtant, c'est avec Proust, que le roman, en France, reprend sa course, se gonfle d'un contenu nouveau, redevient ce qu'il était pour Balzac : une création, ce qu'il était pour Flaubert : une oeuvre d'art. Proust rompt avec les prétentions "scientifiques" de ses prédécesseurs immédiats. Il ne se veut pas plus historien que sociologue, pas plus psychologue que biologiste. Il abandonne la fiche, le fait divers, le document, l'inventaire.. Il ne croit pas à une représentation "objective" du monde. Il ne croit pas que la première tâche du romancier consiste à montrer et décrire. Il pense, au contraire, que le monde, l'écrivain, l'oeuvre sont liés entre eux par des rapports complexes et subtils, en perpétuelle évolution à l'intérieur même du produit auquel ils concourent. Il les tient sous son regard et cherche à en éprouver la réalité à la fois évidente et fuyante. Il quitte l'anonymat du narrateur, sa prétendue toute-puissance, son complaisant ubiquisme, pour entrer en personne dans une combinaison dont les éléments sont indissociables. L'oeuvre, selon l'angle qu'elle présente, invite à porter le regard au-delà des limites qu'elle semble proposer. Plus qu'une représentation du monde, elle est, de ce monde, un "analogue" : avec ses lois, son espace, sa durée, ses astres et ses abîmes, l'air particulier qu'on y respire. Il s'échafaude à mesure que l'auteur en dispose les éléments, y fait circuler un courant de vie. Il l'accompagne dans sa marche exploratoire. C'est sur son lit de mort que Proust met un point final à son oeuvre. Elle a

« par Maurice Nadeau. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles