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L'Église catholique de 1789 à 1914 par Roger Aubert Membre de l'Académie Royale de Belgique La Révolution française inaugure l'un des " tournants " les plus décisifs de l'histoire de l'Église.

Publié le 05/04/2015

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L'Église catholique de 1789 à 1914 par Roger Aubert Membre de l'Académie Royale de Belgique La Révolution française inaugure l'un des " tournants " les plus décisifs de l'histoire de l'Église. En même temps que s'effondre l'organisation politique et sociale de l'Ancien Régime, la formule politico-religieuse en vigueur depuis des siècles, l'intime union de l'Église et de l'État, est battue en brèche par un esprit nouveau qui tend, dans les pays catholiques, à limiter de plus en plus l'influence du clergé dans la vie de la nation, mais qui permet en même temps dans les pays protestants d'entrevoir une ère de plus grande liberté pour les catholiques, victimes jusqu'alors du système de la religion d'État. Bien que la crise se préparât depuis longtemps, elle prit si soudainement des proportions si dramatiques que les autorités ecclésiastiques furent d'abord débordées et que l'Église sembla à deux doigts de sa perte. Rien ne laissait pourtant prévoir au cours des derniers mois de 1789 qu'un conflit grave était sur le point d'éclater entre l'Église de France et l'Assemblée constituante, ni surtout que les événements de France allaient de proche en proche bouleverser en quelques années les structures et les mentalités religieuses dans une grande partie de l'Europe. Le confit éclata à propos de la Constitution civile du clergé, votée le 12 juillet 1790, qui constituait un effort intéressant pour insérer l'Église de France dans les cadres d'un État rénové, mais que les autorités civiles eurent le tort de vouloir imposer sans entente préalable avec Rome. Il s'envenima bientôt par suite de l'attitude hostile du Saint-Siège et de la majorité du clergé émigré à l'égard de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dont les principes apparaissaient à de nombreux théologiens comme incompatibles avec l'ordre social voulu par Dieu. La " Seconde Révolution " du 10 août 1792 et l'arrivée au pouvoir des " sans-culottes ", franchement antireligieux pour la plupart, accélérèrent encore le processus. La persécution violente accompagnée de tentatives systématiques de " déchristianisation " ne dura toutefois qu'une année, de l'été 1793 à l'été 1794, mais elle fut suivie de cinq années de séparation hargneuse, et même franchement hostile à partir de l'automne 1797. Parallèlement, les armées de la République exportaient dans les pays conquis et dans les " républiques soeurs ", en même temps que les principes de 1789, la politique religieuse française. D'autre part, les compromissions du Saint-Siège avec la croisade internationale qui, sous la direction de l'Autriche, cherchait à écraser la Révolution, aboutirent à l'occupation de l'État pontifical, où la république fut proclamée, et quand Pie VI, déporté en France, s'éteignit le 29 août 1799, pratiquement rien ne subsistait des rouages de la Curie romaine et beaucoup crurent que c'était la papauté elle-même qui disparaissait avec lui. Quelques années allaient cependant suffire pour renverser la situation : non seulement les États pontificaux allaient retrouver pour un bon demi-siècle une existence précaire, mais on vit s'amorcer, surtout en France et en Allemagne, une véritable renaissance catholique, tandis que le prestige de la papauté allait bientôt apparaître comme très supérieur à ce qu'il avait été au long du siècle précédent. Le nouveau pape, Pie VII (1800-1823), élu à Venise après un conclave interminable, était doué d'un sens très juste, qui lui permettait de discerner les points essentiels pour s'y tenir énergiquement tout en sacrifiant les détails, et il se révéla immédiatement capable, malgré son respect pour la tradition, de transiger avec ce qu'il y avait d'acceptable pour l'Église dans les institutions modernes issues de la crise révolutionnaire. Il n'hésita pas à prendre, malgré l'opposition scandalisée d'une partie de son entourage, la décision audacieuse de conclure avec le premier consul Napoléon Bonaparte le Concordat de 1801, qui consacrait officiellement la liquidation de l'Église d'Ancien Régime en France. En exigeant de Pie VII la démission de tous les évêques survivants, Bonaparte, sans s'en rendre compte, portait un coup sensible aux traditions gallicanes encore très vivantes, puisqu'il amenait le pape à affirmer par cet acte l'étendue réelle des pouvoirs qu'il avait bien conscience de posséder sur les évêques mais qu'il n'avait jamais osé exercer jusqu'alors. Le seul fait du reste de conclure un concordat constituait déjà une victoire morale pour la papauté, qui n'était plus traitée comme au siècle précédent en puissance négligeable, mais comme une alliée dont on reconnaissait l'influence sur les clergés locaux et dont on recherchait la collaboration au lieu de régler unilatéralement les questions religieuses. Ce regain de prestige pour la papauté allait se trouver renforcé par le conflit qui opposa Pie VII et l'Empereur à partir de 1808, conflit qui eut le double avantage de lui attirer la vénération respectueuse des fidèles pour sa résistance courageuse et de le placer dans le camp des vainqueurs lors de l'effondrement du régime napoléonien. Un autre avantage majeur que l'Église retirait des bouleversements de ce quart de siècle - bien que beaucoup aient mis du temps à s'en rendre compte - c'était de voir, grâce à la sécularisation de la plupart des biens d'Église en Europe occidentale et des principautés ecclésiastiques en Allemagne, se dissiper la confusion funeste, due à des causes historiques, entre les structures ecclésiales authentiques et les s...
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