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Définition: BORD, substantif masculin.

Publié le 04/11/2015

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Définition: BORD, substantif masculin. I.— MARINE. A.— [En parlant d'un navire et plus rarement d'une autre embarcation] 1. Extrémité supérieure du revêtement qui de chaque côté couvre la membrure (confer bordage) : Ø 1. Outougamiz saute par-dessus le bord de la pirogue. Mila se mit à nager de concert avec lui. Tantôt elle se balançoit lentement le visage tourné vers le ciel; vous eussiez cru qu'elle dormoit sur les vagues; tantôt, frappant de son pied l'onde élastique, elle glissoit rapidement dans le fleuve. FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND, Les Natchez, 1826, page 329. Ø 2. — Capitaine, l'eau barrotte la cale. Dans dix minutes, l'eau sera au ras des dalots. Les passagers couraient sur le pont, éperdus, se tordant les bras, se penchant par-dessus le bord, regardant la machine, faisant tous les mouvements inutiles de la terreur. VICTOR HUGO, Les Travailleurs de la mer, 1866, page 207. Ø 3. Placés à l'arrière, des sous-officiers de confiance veillent de chaque bord... JEAN-BAPTISTE CHARCOT, La Mer du Groënland, 1929, page 53. — Spécialement. Le plat bord. Cordon supérieur qui se place à plat sur le bord du bâtiment (Confer Édouard Peisson, Parti de Liverpool, 1932, page 225). — Locution. Lancer, passer quelque chose ou quelqu'un par-dessus bord. Le jeter à la mer : Ø 4. C'était un gamin de quatorze ans que les gardes-marine avaient découvert à fond de cale et amené au patron de la barque. — Vingt coups de garcette, s'était écrié le capitaine, et flanquez-le-moi par-dessus bord! BLAISE CENDRARS, Bourlinguer, 1948, page 11. · Par métaphore. Se débarrasser d'une personne importune (Confer Maurice Barrès, L'Appel au soldat, 1897, page 469). 2. Par extension. Chaque côté d'un navire (confer également bâbord et tribord) : Ø 5. La pesée de la cargaison est effectuée contradictoirement, en présence du chargeur ou du destinataire et du marinier. Sur les trois échelles de jauge fixées sur chaque bord du bateau, on relève l'affleurement avant et après le chargement. La Navigation intérieure en France. 1952, page 18. — Locution. Virer de bord. Changer de direction pour un navire en prenant le vent du côté opposé à celui d'où il venait : Ø 6.... le Mandarin, qui avait laissé arriver vent arrière (...) vira de bord et approcha du port bâbord amures. GUY DE MAUPASSANT, L'Inutile beauté, Livre de bord, Paris, Librairie de France, 1935 [1890] , page 28. · Au figuré. Changer de conduite, s'attacher à un autre parti (Confer Georges Duhamel, Chronique des Pasquier, La Passion de Joseph Pasquier, 1945, page 48). — Bord à bord. Locution adverbiale qui exprime la proximité de deux bâtiments (Confer Jules Verne, Les Enfants du capitaine Grant, tome 3, 1868, page 38). · Au figuré et poétique. [En parlant de deux existences qui s'écoulent côte à côte] (Confer Eugène Fromentin, Dominique, 1863, page 161). — Bord sur bord. [En parlant d'un bateau qui a un roulis continu] (Confer Paul Morand, La Folle amoureuse, 1956, page 27). · Par analogie. [En parlant d'un avion qui se trouve en difficulté] (Confer Jean Giono, Le Grand troupeau, 1931, page 254). · Par métaphore, ironiquement. [En parlant d'un ivrogne] Louvoyer bord sur bord (Confer Tristan Corbière, Les Amours jaunes, 1873, page 193). — Bord du vent. Bord d'où souffle le vent (Confer Jules Verne, Les Enfants du capitaine Grant, tome 2, 1868, page 51). — Bord sous le vent. Côté du navire opposé à celui d'où vient le vent (Confer Jules Verne, Les Enfants du capitaine Grant, tome 3, 1868, page 39). — Bâtiments de haut bord. Bâtiments hauts sur l'eau qui naviguaient au long cours, par opposition à ceux de bas bord, ne s'écartant pas des côtes (nef, galère). Vaisseau de haut bord (FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND, Mémoires d'Outre-Tombe, tome 2, 1848, page 72 ). · Par métaphore, ironiquement. De qualité, de haute lignée. SYNTAXE : Un gourmand de haut bord (BALZAC, La Vieille fille, 1836, page 332); un vicieux de haut bord (BALZAC, Splendeurs et misères des courtisanes, 1847, page 279). B.— Par métonymie. 1. Bateau. Monter à bord; se rendre à bord; coucher à bord. SYNTAXE : Silence à bord! (A. DAUDET, Le Petit Chose, 1868, page 236); officier du bord (VERNE, Les Enfants du capitaine Grant, t. 3, 1868, page 31); vie de bord (A. DAUDET, Contes du lundi, 1873, page 269); refrains de bord (A. DAUDET, Jack, 1876, page 43); maître à bord (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, page 175). · Journal de bord. Cahier contenant le compte rendu de ce qui se passe à bord je repensai tout à coup au journal de bord de ces marins d' autrefois, (JULIEN VIAUD, DIT PIERRE LOTI, Le Roman d'un enfant, 1890, page 286 ). · Locution. À bord de (une embarcation) : Ø 7. Un signal de l'Astrolabe, qui m'apprenait que le feu était à son bord, me jeta dans les plus vives inquiétudes. Voyage de la Pérouse autour du monde (MILET DE MUREAU) tome 3, 1797, page 260. Ø 8. Un soir pâle d'août, la lettre qui annonçait à Yann la mort de son frère finit par arriver à bord de la « Marie » sur la mer d'Islande. JULIEN VIAUD, DIT PIERRE LOTI, Pêcheur d'Islande, 1886, page 173. Ø 9. Je croyais qu'il pleurait l'un des siens, parent ou camarade; mais quand je l'interrogeai, il me répondit qu'il venait de signer son premier engagement, qu'il embarquait à bord d'un quatre-mâts, le schooner Markus qui allait charger du nitrate au Chili, qu'il n'avait encore jamais navigué et qu'il pleurait de frayeur. BLAISE CENDRARS, Bourlinguer, 1948, page 282. · Locution figurée. Avec les moyens du bord. En faisant appel aux seuls moyens que l'on a sous la main (Confer Roger Crétin, dit Roger Vercel, Capitaine Conan, 1934, page 28). Remarque : On rencontre dans le langage maritime les deux substantifs bord-contre et bord-droit cités dans la plupart des dictionnaires généraux du XIXe. et du XXe. siècle Naviguer à bord-contre ou à contre-bord, ou à bord-opposé, c'est faire route avec des amures différentes de celles d'un autre navire. Naviguer à bord-droit c'est couper à peu près à angle droit la route d'un autre navire. Noter également le substantif masculin bord-opposé signalé par Dictionnaire de l'Académie Française, Compléments 1842 et qui se dit " en parlant de deux bâtiments orientés sous des amures différentes, et laissant derrière eux le sommet de l'angle de leurs routes. Ces deux navires courent à bord-opposé ". 2. Par analogie. [En parlant d'un autre moyen de locomotion : avion, locomotive, automobile, etc.] Tout va bien à bord (ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY, Terre des hommes, 1939, page 191 ). · Planche de bord, tableau de bord. Emplacement où sont regroupés les appareils de commande ou de contrôle : Ø 10. La face noire du chauffeur luisait au-dessus du tableau de bord et souriait. ALBERT CAMUS, L'Exil et le royaume, 1957, page 1655. · Locution. À bord de. À bord des longs courriers (BLAISE CENDRARS, Bourlinguer, 1948, page 276 ); à bord des satellites (Histoire générale des sciences (sous la direction de René Taton) tome 3, volume 2, 1964, page 167 ). 3. Par métaphore et familier. Être du bord de quelqu'un, être du même bord. Partager habituellement les opinions de quelqu'un, d'une entité politique, sociale ou idéologique. De l'un et de l'autre bord ( CÉLINE BUISSON DE LA VIGNE, VICOMTESSE DE CHATEAUBRIAND, Mémoires et lettres, 1847, page 51 ); de notre bord (LÉON DAUDET, La Vie orageuse de Clemenceau, 1942, page 23 ); gens du même bord (HENRI QUEFFÉLEC, Un Recteur de l'île de Sein, 1944, page 196 ). Remarque : À la limite cette expression qui peut être sentie parfois avec une valeur métaphorique, n'a plus qu'une valeur expressive équivalente à des locutions plus abstraites du type de notre parti, de notre milieu : Ø 11. D'un côté, il y avait Chautemps, Lévy-Dubois, le Crédit-Lyonnais (...) De l'autre bord, de l'autre bastion, il y avait Stavisky, Bonnet, Boncour... LÉON DAUDET, La Police politique, 1934, page 106. II.— Par analogie. Extrémité délimitant une surface (suggérant notamment une image de creux). A.— Partie de terre ferme longeant et délimitant un espace rempli d'eau (mer, fleuve, rivière, lac, etc.). Bord du canal (GERMAINE NECKER, BARONNE DE STAËL, Corinne ou l'Italie, tome 3 1807, page 122 ); bord de la rivière (FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND, Mémoires d'Outre-Tombe, tome 1, 1848, page 97 ); bord de la mer (ÉMILE ZOLA, La Joie de vivre, 1884, page 822) : Ø 12. Quand tu t'ennuieras, viens me voir, ça te distraira, et tu verras comme je suis bonne fille. Si tu veux, un de mes jours de sortie, nous irons à la campagne, dîner au bord de l'eau, à Neuilly ou à Suresnes, et nous nous promènerons sur la rivière. MAXIME DU CAMP, Mémoires d'un suicidé, 1853, page 119. — Absolument. Revenir au bord, atteindre le bord, toucher au bord (Confer Alphonse de Lamartine, Raphaël, 1849, page 150). — Locutions, rares. [En parlant d'un cours d'eau en crue] À pleins bords (Confer Émile Moselly, Terres lorraines, 1907, page 96). · Au figuré. Abondamment, sans restriction et sans obstacle. La remontrance débordant à pleins bords (HONORÉ DE BALZAC, Le Cabinet des antiques, 1839, page 77 ); vie coulant à pleins bords (ROMAIN ROLLAND, Jean-Christophe, L'Adolescent, 1905, page 267 ). — Par métonymie et poétique. Les bords. Contrée environnée d'eau ou environnant l'eau. Bords fortunés (ANDRÉ CHÉNIER, Épîtres, 1794, page 186 ); arides bords (ANDRÉ CHÉNIER, Élégies, 1794, page 95: Ø 13. Ils allaient conquérir le fabuleux métal Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines, Et les vents alizés inclinaient leurs antennes Aux bords mystérieux du monde Occidental. JOSÉ-MARIA DE HEREDIA, Les Trophées, 1893, page 111. — En particulier. [Pour désigner les Enfers] Sombres bords (LOUIS DE FONTANES, Œuvres complètes, tome 1, 1778-1821, page 314 ); les bords de l'Érèbe (JOSÉ-MARIA DE HEREDIA, Les Trophées, 1893, page 46 ). B.— Côté délimitant une route, un chemin, etc. Bord du chemin creux (HONORÉ DE BALZAC, Louis Lambert, 1832, page 160 ); bord d'un champ (GUSTAVE FLAUBERT, Un Coeur simple, 1877, page 6) : Ø 14. J'écris ceci, assis au bord d'une route, au-dessus de Vence, au retour d'une escalade hasardeuse. ANDRÉ GIDE, Journal, 1940, page 23. — Rare et poétique. Limite de l'horizon. Le bord du ciel (HYPPOLYTE-ADOLPHE TAINE, Voyage en Italie, tome 1 1866, page 8 ); le bord tranchant de l'horizon (EUGÈNE FROMENTIN, Dominique, 1863, page 9 ). — Par extension. [En parlant d'un espace de temps] Le bord de la nuit. Le soir qui commence (Confer Jean Giono, Un de Baumugnes, 1929, page 150). C.— [En parlant d'une chose concrète : assiette, chapeau, table, etc.] Le bord de la robe (CHARLES, COMTE DE MONTALEMBERT, Histoire de Sainte Elisabeth de Hongrie, duchesse de Thuringe (1207-1231), 1836, page 250 ); les bords du papier (PIERRE-ALEXIS, VICOMTE PONSON DU TERRAIL, Rocambole, les drames de Paris, tome 4, Les Exploits de Rocambole, 1859, page 405 ); assiette à bords cassés (JEAN GIONO, Un de Baumugnes, 1929, page 70) : Ø 15. Le personnage, fort peu rassuré et tremblant de tous ses membres, s'avança jusqu'au bord de la table de marbre, avec force révérences qui, à mesure qu'il approchait, ressemblaient de plus en plus à des génuflexions. VICTOR HUGO, Notre-Dame de Paris, 1832, page 27. Ø 16. Il laissa glisser l'imperméable qu'il avait gardé sur ses épaules, le posa soigneusement par terre près de sa casquette, et s'avança jusque sur le bord de sa chaise, où il se tint le buste raide, les genoux joints. ROGER MARTIN DU GARD, Les Thibault, L'Été 1914, 1936, page 89. Remarque : 1. À signaler le substantif masculin bordoir qui désigne en technologie une sorte de petite enclume dont se servent les ferblantiers pour rabattre les bords de la tôle (noté par Nouveau Larousse illustré, DICTIONNAIRE ENCYCLOPÉDIQUE QUILLET 1965). 2. Lorsque la référence sémantique à un navire est encore quelque peu consciente, bord peut prendre la forme du pluriel pour désigner la totalité du pourtour : les bords d'un drapeau, d'une assiette; le singulier suggère un point particulier de cette totalité. — Spécialement. [En parlant de l'orifice supérieur d'un récipient, le plus souvent d'un verre] Bord d'une citerne (GUSTAVE FLAUBERT, La Première éducation sentimentale 1845, page 154 ); emplir son verre ras-bord (HENRI POURRAT, Gaspard des Montagnes, À la belle bergère, 1925, page 29 ); broc rempli jusqu'au bord (BLAISE CENDRARS, Bourlinguer, 1948, page 176) : Ø 17. La servante ayant obéi, le pauvre bohémien prit place, tout émerveillé de ces choses. Les verres furent emplis jusqu'au bord, et Fritz s'écria : — À la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le véritable Dieu des bons coeurs! ÉMILE ERCKMANN ET ALEXANDRE CHATRIAN, DITS ERCKMANN-CHATRIAN, L'Ami Fritz, 1864, page 12. — Rare, substantif. Rouge-bord. Verre de vin rouge rempli jusqu'au bord Ayant bu un rouge-bord et essuyé ses moustaches du dos de sa main terreuse, il sortait déjà vers la voiture. (JOSEPH MALÈGUE, Augustin ou le Maître est là, tome 1, 1933, page 216 ). — Populaire. Être ras-bord. Avoir vidé plusieurs verres remplis ras bord, être ivre (Confer Georges Bernanos, Nouvelle histoire de Mouchette, 1937, page 1276). D.— [En parlant d'une partie du corps, en particulier des yeux ou des lèvres] Bord des cils (ALPHONSE DE LAMARTINE, Jocelyn, 1836, page 629 ); bord d'une plaie (VICTOR HUGO, Han d'Islande, 1823, page 151 ); bord des paupières (MARCEL PROUST, Du Côté de chez Swann, 1913, page 233) : Ø 18.... elle [Mme. Roland] essuya du bout de ses doigts une larme au bord de ses yeux... GUY DE MAUPASSANT, Pierre et Jean, 1888, page 427. — Locution. Avoir les larmes au bord des yeux (confer Albert Béguin, L'Âme romantique et le rêve, 1939, page 377). Être au bord des larmes, être sur le bord des larmes (Henri Beyle, dit Stendhal, Journal, tome 4, 1811-12, page 94). Avoir un mot, une phrase, une idée sur le bord des lèvres. Être près de se souvenir de quelque chose (Alphonse Daudet, Jack, 1876, page 197). — ANATOMIE. Bord antérieur (GEORGES CUVIER, Leçons d'anatomie comparée, tome 1 1805, page 238 ); bord postérieur (GEORGES CUVIER, Leçons d'anatomie comparée, tome 1 1805, page 228 ); bord costal (GEORGES CUVIER, Leçons d'anatomie comparée, tome 1 1805, page 242 ); bord supérieur; bord externe et inférieur (GEORGES CUVIER, Leçons d'anatomie comparée, tome 1 1805, page 256 ); bord interne (GEORGES CUVIER, Leçons d'anatomie comparée, tome 1 1805, page 280 ); bord osseux et cartilagineux (GEORGES CUVIER, Leçons d'anatomie comparée, tome 1 1805, page 266 ). E.— [En parlant d'une cavité, d'un précipice] Bord du précipice (JEAN DUSAULX, Voyage à Barège et dans les Hautes-Pyrénées fait en 1788, tome 2, 1796, page 188 ); bord du ravin (ALPHONSE DE LAMARTINE, Les Confidences, 1849, page 132 ); bord du vide (CHARLES-FERDINAND RAMUZ, Derborence, 1934, page 40) : Ø 19. Ces imprudences, cette ouverture de coeur, ces abandons téméraires, ces professions de foi, ce goût des sujets brûlants, toute cette apparente folie, n'est-elle pas le fait d'un homme qui, sachant la vanité des profonds calculs que le réel toujours déjoue, se fie à un instinct en lui — cet instinct des mules dans la montagne, lorsqu'elles longent en paix l'extrême bord de l'abîme? FRANÇOIS MAURIAC, Journal 1, 1934, page 80. — Par métaphore. Pousser l'État au bord de l'abîme. Le mener à la ruine ils ont, à force de forfaits, compromis l' autorité, et poussé l' état sur le bord de l' abîme. (JEAN-PAUL MARA, DIT MARAT, Les Pamphlets, Offrande à la Patrie, 1789, page 2 ). Être au bord du précipice, du tombeau. N'avoir que peu de temps à vivre : Ø 20. Je suis allé (...) chez M. Daru. Je l'ai trouvé sur le bord de la tombe. HENRI BEYLE, DIT STENDHAL, Journal, tome 1, 1801-05, page 75. — Rare, absolument. Être sur le bord. Être mourant (Paul Vialar, La Mort est un commencement, Risques et périls, 1948, page 165). III.— Au figuré. A.— [En parlant d'une personne qui souffre ou qui se trouve sur le point de tomber dans un grand malheur] Cette psalmodie vient le chercher jusque sur les bords du désespoir et le ramène au combat. (MAURICE BARRÈS, La Colline inspirée, 1913, page 109 ); je me sentais au bord de la détresse (GEORGES DUHAMEL, Chronique des Pasquier, Le Jardin des bêtes sauvages, 1934, page 30 ); Il est au bord de la folie (JEAN GUÉHENNO, Jean-Jacques, Grandeur et misère d'un esprit, 1952, page 48) : Ø 21. Il disait à voix basse : « Quelle vengeance! Quel raffinement de vengeance! » et nous restions tous silencieux, au bord de l'angoisse, car nous ne savions pas si notre père allait succomber à la colère ou laisser paraître ce léger sourire méprisant qui nous était ravissement et malaise. GEORGES DUHAMEL, Chronique des Pasquier, Le Notaire du Havre, 1933, page 48. B.— [En parlant d'une action, d'un sentiment ou d'une attitude qui en sont à leur commencement] Être au bord de. Être prêt à... être sur le point d'avoir. au bord de la guérison (EMMANUEL MOUNIER, Traité du caractère, 1946, page 384 ); bord de l'action, du sommeil, du laisser aller (Emmanuel Mounier, Traité du caractère, 1946, page 417, 436, 477); au bord de l'amour (JULIEN GREEN, Chaque homme dans sa nuit, 1960, page 350) : Ø 22. « Tiens, voilà Micou II » raillait Paule en allongeant le bras par la fenêtre. Au bord de l'indignation, j'en rigolais comme d'une bonne blague. HERVÉ BAZIN, La Mort du petit cheval, 1949, page 153. C.— Locution familière (après un adjectif ou une expression caractérisante; légèrement ironique) Sur les bords. Qui est un peu, qui a tendance à, si on y regarde bien : Ø 23. Anne-Marie tenait bon; elle eût aimé, je pense, que je fusse une fille pour de vrai; avec quel bonheur elle eût comblé de bienfaits sa triste enfance ressuscitée. Le ciel ne l'ayant pas exaucée, elle s'arrangea : j'aurais le sexe des anges, indéterminé mais féminin sur les bords. JEAN-PAUL SARTRE, Les Mots, 1964, page 84. — Péjoratif (fréquent) Faux jeton sur les bords (RAYMOND QUENEAU, Zazie dans le métro, 1959, page 233 ). Remarque : Cette locution, très lexicalisée, qui n'a plus guère d'attache sémantique avec les sens précédents, aurait pu être présentée en vedette autonome; on la maintient à cette place pour suggérer qu'elle pourrait avoir pour origine l'image par exemple des bords d'un navire ou encore d'un chapeau par opposition au navire ou au chapeau lui-même. STATISTIQUES : Fréquence absolue littéraire : 13 072. Fréquence relative littéraire : XIXe. siècle : a) 24 428, b) 14 744; XXe. siècle : a) 15 867, b) 14 069.

« ? Par m?taphore. Se d?barrasser d'une personne importune (Confer Maurice Barr?s, L'Appel au soldat, 1897, page 469). 2. Par extension. Chaque c?t? d'un navire (confer ?galement b?bord et tribord)?: ? 5. La pes?e de la cargaison est effectu?e contradictoirement, en pr?sence du chargeur ou du destinataire et du marinier. Sur les trois ?chelles de jauge fix?es sur chaque bord du bateau, on rel?ve l'affleurement avant et apr?s le chargement. La Navigation int?rieure en France. 1952, page 18. ? Locution. Virer de bord. Changer de direction pour un navire en prenant le vent du c?t? oppos? ? celui d'o? il venait?: ? 6.... le Mandarin, qui avait laiss? arriver vent arri?re (...) vira de bord et approcha du port b?bord amures. GUY DE MAUPASSANT, L'Inutile beaut?, Livre de bord, Paris, Librairie de France, 1935 [1890] , page 28. ? Au figur?. Changer de conduite, s'attacher ? un autre parti (Confer Georges Duhamel, Chronique des Pasquier, La Passion de Joseph Pasquier, 1945, page 48). ? Bord ? bord. Locution adverbiale qui exprime la proximit? de deux b?timents (Confer Jules Verne, Les Enfants du capitaine Grant, tome 3, 1868, page 38). ? Au figur? et po?tique. [En parlant de deux existences qui s'?coulent c?te ? c?te] (Confer Eug?ne Fromentin, Dominique, 1863, page 161). ? Bord sur bord. [En parlant d'un bateau qui a un roulis continu] (Confer Paul Morand, La Folle amoureuse, 1956, page 27). ? Par analogie. [En parlant d'un avion qui se trouve en difficult?] (Confer Jean Giono, Le Grand troupeau, 1931, page 254). ? Par m?taphore, ironiquement. [En parlant d'un ivrogne] Louvoyer bord sur bord (Confer Tristan Corbi?re, Les Amours jaunes, 1873, page 193). ? Bord du vent. Bord d'o? souffle le vent (Confer Jules Verne, Les Enfants du capitaine Grant, tome 2, 1868, page 51). »

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