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le rayon jaillissait, découpait l'obstacle en un empilage de secteurs circulaires, différents par la taille et l'intensité lumineuse.

Publié le 06/01/2014

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le rayon jaillissait, découpait l'obstacle en un empilage de secteurs circulaires, différents par la taille et l'intensité lumineuse. Par moments, la lumière se résorbait comme un poing qui se ferme et le manchon nébuleux ne laissait plus percer qu'un ou deux doigts étincelants et raidis. Ou bien un poulpe incandescent s'avançait hors des grottes vaporeuses, précédant une nouvelle rétraction. Il y a deux phases bien distinctes dans un coucher de soleil. Au début, l'astre est architecte. Ensuite seulement (quand ses rayons parviennent réfléchis et non plus directs) il se transforme en peintre. Dès qu'il s'efface derrière l'horizon, la lumière faiblit et fait apparaître des plans à chaque instant plus complexes. La pleine lumière est l'ennemie de la perspective, mais, entre le jour et la nuit, il y a place pour une architecture aussi fantaisiste que temporaire. Avec l'obscurité, tout s'aplatit de nouveau comme un jouet japonais merveilleusement coloré. À 17 h 45 précises s'ébaucha la première phase. Le soleil était déjà bas, sans toucher encore l'horizon. Au moment où il sortit par-dessous l'édifice nuageux, il parut crever comme un jaune d'oeuf et barbouiller de lumière les formes auxquelles il était encore accroché. Cet épanchement de clarté fit vite place à une retraite ; les alentours devinrent mats et, dans ce vide maintenant à distance la limite supérieure de l'océan et celle, inférieure, des nuages, on put voir une cordillère de vapeurs, tout à l'heure encore éblouissante et indiscernable, maintenant aiguë et sombre. En même temps, de plate au début, elle devenait volumineuse. Ces petits objets solides et noirs se promenaient, migration oiseuse à travers une large plaque rougeoyante qui - inaugurant la phase des couleurs - remontait lentement de l'horizon vers le ciel. Peu à peu, les profondes constructions du soir se replièrent. La masse qui, tout le jour, avait occupé le ciel occidental parut laminée comme une feuille métallique qu'illuminait par-derrière un feu d'abord doré, puis vermillon, puis cerise. Déjà celui-ci faisait fondre, décapait et enlevait dans un tourbillonnement de parcelles, des nuages contorsionnés qui progressivement s'évanouirent. D'innombrables réseaux vaporeux surgirent dans le ciel ; ils semblaient tendus dans tous les sens : horizontal, oblique, perpendiculaire et même spirale. Les rayons du soleil, au fur et à mesure de leur déclin (tel un archet penché ou redressé our effleurer des cordes différentes), en faisaient éclater successivement un, puis l'autre, dans une gamme de couleurs u'on eût crue la propriété exclusive et arbitraire de chacun. Au moment de sa manifestation, chaque réseau offrait la etteté, la précision et la frêle rigidité du verre filé, mais peu à peu il se dissolvait, comme si sa matière surchauffée par une exposition dans un ciel tout empli de flammes, fonçant de couleur et perdant son individualité, s'étalait en nappe de plus en plus mince jusqu'à disparaître de la scène en démasquant un nouveau réseau fraîchement filé. À la fin, il n'y eut plus que des teintes confuses et se mêlant les unes aux autres ; ainsi, dans une coupe, des liquides de couleurs et de densités différentes d'abord superposés, commencent lentement à se confondre malgré leur apparente stabilité. Après cela, il devint très difficile de suivre un spectacle qui semblait se répéter avec un décalage de minutes, et parfois de secondes, en des points éloignés du ciel. Vers l'est, dès que le disque solaire eut entamé l'horizon opposé, on vit se matérialiser d'un seul coup, très haut et dans des tonalités mauve acide, des nuages jusqu'alors invisibles. L'apparition se éveloppa rapidement, s'enrichit de détails et de nuances, puis tout commença à s'effacer latéralement, de la droite vers a gauche, comme sous l'action d'un chiffon promené d'un mouvement sûr et lent. Au bout de quelques secondes, il ne esta plus que l'ardoise épurée du ciel au-dessus du rempart nébuleux. Mais celui-ci passait aux blancs et aux grisailles, andis que le ciel rosissait. Du côté du soleil, une nouvelle barre s'exhaussait derrière la précédente devenue ciment uniforme et confus. C'était 'autre, à présent qui flamboyait. Quand ses irradiations rouges s'affaiblirent, les diaprures du zénith, qui n'avaient pas ncore joué leur rôle, acquirent lentement un volume. Leur face inférieure dora et éclata, leur sommet naguère étincelant passa aux marrons, aux violets. En même temps, leur contexture sembla vue sous le microscope : on la découvrit constituée de mille petits filaments soutenant leurs formes dodues, comme un squelette. Maintenant, les rayons directs du soleil avaient complètement disparu. Le ciel ne présentait plus que des couleurs rose et jaune : crevette, saumon, lin, paille ; et on sentit cette richesse discrète s'évanouir elle aussi. Le paysage céleste renaissait dans une gamme de blancs, de bleus et de verts. Pourtant, de petits coins de l'horizon jouissaient encore d'une vie éphémère et indépendante. Sur la gauche, un voile inaperçu s'affirma soudain comme un caprice de verts mystérieux t mélangés ; ceux-ci passèrent progressivement à des rouges d'abord intenses, puis sombres, puis violets, puis harbonneux, et ce ne fut plus que la trace irrégulière d'un bâton de fusain effleurant un papier granuleux. Par-derrière, le iel était d'un jaune-vert alpestre, et la barre restait opaque avec un contour rigoureux. Dans le ciel de l'ouest, de petites striures d'or horizontales scintillèrent encore un instant, mais vers le nord il faisait presque nuit : le rempart mamelonné n'offrait que des bombements blanchâtres sous un ciel de chaux. Rien n'est plus mystérieux que l'ensemble de procédés toujours identiques, mais imprévisibles, par lesquels la nuit succède au jour. Sa marque apparaît subitement dans le ciel, accompagnée d'incertitude et d'angoisse. Nul ne saurait pressentir la forme qu'adoptera, cette fois unique entre toutes les autres, la surrection nocturne. Par une alchimie impénétrable, chaque couleur parvient à se métamorphoser en sa complémentaire alors qu'on sait bien que, sur la palette, il faudrait absolument ouvrir un autre tube afin d'obtenir le même résultat. Mais, pour la nuit, les mélanges n'ont pas de limite car elle inaugure un spectacle faux : le ciel passe du rose au vert, mais c'est parce que je n'ai pas pris garde ue certains nuages sont devenus rouge vif, et font ainsi, par contraste, paraître vert un ciel qui était bien rose, mais d'une nuance si pâle qu'elle ne peut plus lutter avec la valeur suraiguë de la nouvelle teinte que pourtant je n'avais pas remarquée, le passage du doré au rouge s'accompagnant d'une surprise moindre que celui du rose au vert. La nuit s'introduit donc comme par supercherie. Ainsi, au spectacle des ors et des pourpres, la nuit commençait-elle à substituer son négatif où les tons chauds étaient remplacés par des blancs et des gris. La plaque nocturne révéla lentement un paysage marin au-dessus de la mer, immense écran de nuage, s'effilant devant un ciel océanique en presqu'îles parallèles, telle une côte plate et sableuse aperçue d'un avion volant à faible hauteur et penché sur l'aile, étirant ses flèches dans la mer. L'illusion se trouvait accrue par les dernières lueurs du jour qui, frappant très obliquement ces pointes nuageuses, leur donnaient une apparence de relief évocatrice de solides rochers - eux aussi, mais à d'autres heures, sculptés d'ombres et de lumière - comme si l'astre ne pouvait plus exercer ses burins étincelants sur les porphyres et les granits, mais seulement sur des substances débiles et vaporeuses, tout en conservant dans son déclin le même style. Sur ce fond de nuages qui ressemblait à un paysage côtier, au fur et à mesure que le ciel se nettoyait on vit apparaître des plages, des lagunes, des multitudes d'îlots et de bancs de sable envahis par l'océan inerte du ciel, criblant de fjords et de lacs intérieurs la nappe en cours de dissociation. Et parce que le ciel bordant ces flèches nuageuses simulait un océan, et parce que la mer reflète d'habitude la couleur du ciel, ce tableau céleste reconstituait un paysage lointain sur lequel le soleil se coucherait de nouveau. Il suffisait d'ailleurs de considérer la véritable mer, bien en dessous, pour échapper au mirage : ce n'était plus la plaque ardente de midi, ni la surface gracieuse et frisée de l'après-dîner. Les rayons du jour, eçus presque horizontalement, n'éclairaient plus que la face des vaguelettes tournées vers eux, tandis que l'autre était oute sombre. L'eau prenait ainsi un relief aux ombres nettes, appuyées, creusées comme dans un métal. Toute ransparence avait disparu. Alors, par un passage très habituel, mais comme toujours imperceptible et instantané, le soir fit place à la nuit. Tout se rouva changé. Dans le ciel opaque à l'horizon, puis au-dessus d'un jaune livide et passant au bleu vers le zénith, 'éparpillaient les derniers nuages mis en oeuvre par la fin du jour. Très vite, ce ne furent plus que des ombres efflanquées t maladives, comme les portants d'un décor dont, après le spectacle et sur une scène privée de lumière, on perçoit oudain la pauvreté, la fragilité et le caractère provisoire, et que la réalité dont ils sont parvenus à créer l'illusion ne tenait as à leur nature, mais à quelque duperie d'éclairage ou de perspective. Autant, tout à l'heure, ils vivaient et se ransformaient à chaque seconde, autant ils semblent à présent figés dans une forme immuable et douloureuse, au milieu u ciel dont l'obscurité croissante les confondra bientôt avec lui. TROISIÈME PARTIE LE NOUVEAU MONDE

« nuance sipâle qu’elle nepeut pluslutter aveclavaleur suraiguë delanouvelle teintequepourtant jen’avais pas remarquée, lepassage dudoré aurouge s’accompagnant d’unesurprise moindre quecelui durose auvert.

Lanuit s’introduit donccomme parsupercherie. Ainsi, auspectacle desorsetdes pourpres, lanuit commençait-elle àsubstituer sonnégatif oùles tons chauds étaient remplacés pardes blancs etdes gris.

Laplaque nocturne révélalentement unpaysage marinau-dessus delamer, immense écrandenuage, s’effilant devantunciel océanique enpresqu’îles parallèles,telleunecôte plate etsableuse aperçue d’unavion volant àfaible hauteur etpenché surl’aile, étirant sesflèches danslamer.

L’illusion setrouvait accrue par lesdernières lueursdujour qui,frappant trèsobliquement cespointes nuageuses, leurdonnaient uneapparence de relief évocatrice desolides rochers –eux aussi, maisàd’autres heures,sculptés d’ombres etde lumière –comme sil’astre ne pouvait plusexercer sesburins étincelants surlesporphyres etles granits, maisseulement surdes substances débileset vaporeuses, toutenconservant danssondéclin lemême style. Sur cefond denuages quiressemblait àun paysage côtier,aufur etàmesure queleciel senettoyait onvitapparaître des plages, deslagunes, desmultitudes d’îlotsetde bancs desable envahis parl’océan inerteduciel, criblant defjords et de lacs intérieurs lanappe encours dedissociation.

Etparce queleciel bordant cesflèches nuageuses simulaitunocéan, et parce quelamer reflète d’habitude lacouleur duciel, cetableau célestereconstituait unpaysage lointainsurlequel le soleil secoucherait denouveau.

Ilsuffisait d’ailleurs deconsidérer lavéritable mer,bienendessous, pouréchapper au mirage : cen’était pluslaplaque ardente demidi, nilasurface gracieuse etfrisée del’après-dner.

Lesrayons dujour, reçus presque horizontalement, n’éclairaientplusquelaface desvaguelettes tournéesverseux, tandis quel’autre était toute sombre.

L’eauprenait ainsiunrelief auxombres nettes,appuyées, creuséescommedansunmétal.

Toute transparence avaitdisparu. Alors, parunpassage trèshabituel, maiscomme toujours imperceptible etinstantané, lesoir fitplace àla nuit.

Tout se trouva changé.

Dansleciel opaque àl’horizon, puisau-dessus d’unjaune livideetpassant aubleu verslezénith, s’éparpillaient lesderniers nuagesmisenœuvre parlafin dujour.

Trèsvite, cene furent plusquedesombres efflanquées et maladives, commelesportants d’undécor dont,après lespectacle etsur une scène privée delumière, onperçoit soudain lapauvreté, lafragilité etlecaractère provisoire, etque laréalité dontilssont parvenus àcréer l’illusion netenait pas àleur nature, maisàquelque duperied’éclairage oudeperspective.

Autant,toutàl’heure, ilsvivaient etse transformaient àchaque seconde, autantilssemblent àprésent figésdans uneforme immuable etdouloureuse, aumilieu du ciel dont l’obscurité croissantelesconfondra bientôtaveclui.. »

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