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nambikwara se voit imposer un rôle difficile ; il doit se dépenser pour maintenir son rang.

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nambikwara se voit imposer un rôle difficile ; il doit se dépenser pour maintenir son rang. Bien plus, s'il ne l'améliore pas onstamment il court le risque de perdre ce qu'il a mis des mois ou des années à conquérir. Ainsi s'explique que eaucoup d'hommes se dérobent au pouvoir. Mais pourquoi d'autres l'acceptent-ils et même le recherchent-ils ? Il est oujours difficile de juger des mobiles psychologiques, et la tâche devient presque impossible en présence d'une culture rès différente de la nôtre. Cependant, on peut dire que le privilège polygame, quel que soit son attrait du point de vue exuel, sentimental ou social, serait insuffisant pour inspirer une vocation. Le mariage polygame est une condition echnique du pouvoir ; il ne peut offrir, sous l'angle des satisfactions intimes, qu'une signification accessoire. Il doit y avoir uelque chose de plus ; quand on essaie de se remémorer les traits moraux et psychologiques des divers chefs ambikwara, et quand on tente aussi de saisir ces nuances fugitives de leur personnalité (qui échappent à l'analyse cientifique, mais qui reçoivent une valeur du sentiment intuitif de la communication humaine et de l'expérience de 'amitié), on se sent impérieusement conduit à cette conclusion : il y a des chefs parce qu'il y a, dans tout groupe humain, es hommes qui, à la différence de leurs compagnons, aiment le prestige pour lui-même, se sentent attirés par les responsabilités, et pour qui la charge des affaires publiques apporte avec elle sa récompense. Ces différences ndividuelles sont certainement développées et mises en oeuvre par les diverses cultures, et dans une mesure inégale. ais leur existence dans une société aussi peu animée par l'esprit de compétition que la société nambikwara, suggère ue leur origine n'est pas entièrement sociale. Elles font plutôt partie de ces matériaux psychologiques bruts au moyen esquels toute société s'édifie. Les hommes ne sont pas tous semblables, et même dans les tribus primitives, que les ociologues ont dépeintes comme écrasées par une tradition toute-puissante, ces différences individuelles sont perçues vec autant de finesse, et exploitées avec autant d'application, que dans notre civilisation dite « individualiste ». Sous une autre forme, c'était bien là le « miracle » évoqué par Leibniz à propos des sauvages américains dont les oeurs, retracées par les anciens voyageurs, lui avaient enseigné à « ne jamais prendre pour des démonstrations les ypothèses de la philosophie politique ». Quant à moi, j'étais allé jusqu'au bout du monde à la recherche de ce que Rousseau appelle « les progrès presque insensibles des commencements ». Derrière le voile des lois trop savantes des Caduveo et des Bororo, j'avais poursuivi ma quête d'un état qui - dit encore Rousseau - « n'existe plus, qui n'a peut-être point existé, qui probablement n'existera jamais et dont il est pourtant nécessaire d'avoir des notions justes pour bien juger de notre état présent ». Plus heureux que lui, je croyais l'avoir découvert dans une société agonisante, mais dont il était inutile de me demander si elle représentait ou non un vestige : traditionnelle ou dégénérée, elle me mettait tout de même en présence d'une des formes d'organisation sociale et politique les plus pauvres qu'il soit possible de concevoir. Je n'avais pas besoin de m'adresser à l'histoire particulière qui l'avait maintenue dans cette condition élémentaire ou qui, plus vraisemblablement, l'y avait ramenée. Il suffisait de considérer l'expérience sociologique qui se déroulait sous mes yeux. Mais c'était elle qui se dérobait. J'avais cherché une société réduite à sa plus simple expression. Celle des Nambikwara l'était au point que j'y trouvai seulement des hommes. HUITIÈME PARTIE TUPI-KAWAHIB XXX EN PIROGUE J'avais quitté Cuiaba en juin ; voici septembre. Depuis trois mois, j'erre à travers le plateau, campé avec les Indiens endant que les bêtes reposent, ou mettant bout à bout les étapes en m'interrogeant sur le sens de mon entreprise, andis que l'amble saccadé du mulet entretient des meurtrissures devenues si familières qu'elles se sont en quelque sorte ncorporées à mon être physique, et me manqueraient si je ne les retrouvais chaque matin. L'aventure s'est délayée dans 'ennui. Voilà des semaines que la même savane austère se déroule sous mes yeux, si aride que les plantes vivantes sont eu discernables des fanes subsistant çà et là d'un campement abandonné. Les traces noircies des feux de brousse araissent l'aboutissement naturel de cette marche unanime vers la calcination. Nous sommes allés d'Utiarity à Juruena puis à Juina, Campos Novos et Vilhena ; nous progressons maintenant vers les erniers postes du plateau : Tres Buritis, et Barão de Melgaço qui se trouve déjà à son pied. À chaque étape ou presque, ous avons perdu un ou deux boeufs : de soif, de fatigue ou hervado, c'est-à-dire empoisonné par des pâturages vénéneux. En traversant une rivière sur une passerelle pourrie, plusieurs sont tombés à l'eau avec les bagages, et nous avons sauvé à grand-peine le trésor de l'expédition. Mais de tels incidents sont rares ; chaque jour, on répète les mêmes gestes : installation du campement, accrochage des hamacs et des moustiquaires, disposition des bagages et des bâts à l'abri des termites, surveillance des animaux et préparatifs en ordre inverse le lendemain. Ou bien, quand survient une bande indigène, une autre routine s'établit : recensement, noms des parties du corps, termes de parenté, généalogies, inventaires. Je me sens devenu bureaucrate de l'évasion. Il n'a pas plu depuis cinq mois et le gibier a fui. Heureux encore quand nous avons réussi à tirer un perroquet étique ou à capturer un gros lézard tupinambis pour le faire bouillir dans notre riz, à rôtir dans sa carapace une tortue terrestre ou un tatou à chair huileuse et noire. Le plus souvent il faut se contenter du xarque : cette même viande séchée préparée l y a des mois par un boucher de Cuiaba et dont nous déroulons chaque matin au soleil, pour les assainir, les épais euillets grouillant de vers, quitte à les trouver dans le même état le lendemain. Une fois pourtant, quelqu'un tua un porc auvage ; cette chair saignante nous parut plus enivrante que le vin ; chacun en dévora une bonne livre, et je compris lors cette prétendue gloutonnerie des sauvages, citée par tant de voyageurs comme preuve de leur grossièreté. Il suffisait d'avoir partagé leur régime pour connaître de telles fringales, dont l'apaisement procure plus que la réplétion : le onheur. Peu à peu le paysage se modifiait. Les vieilles terres cristallines ou sédimentaires qui forment le plateau central aisaient place à des sols argileux. Après la savane, on commença à traverser des zones de forêt sèche à châtaigniers (non as le nôtre, mais celui du Brésil : Bertholletia excelsa) et à copayers, qui sont de grands arbres sécrétant un baume. De limpides, les ruisseaux deviennent bourbeux avec des eaux jaunes et putrides. Partout, on remarque les effondrements : coteaux rongés par l'érosion, au pied desquels se forment des marécages à sapézals (hautes herbes) et buritizals (palmeraies). Sur leurs berges, les mulets piétinent à travers des champs d'ananas sauvages : petits fruits à couleur jaune irant sur l'orangé, à pulpe remplie de gros pépins noirs disséminés, et dont la saveur est intermédiaire entre celle de 'espèce cultivée et la plus riche framboise. Du sol monte cette odeur oubliée depuis des mois, de chaude tisane hocolatée, qui n'est autre que l'odeur de la végétation tropicale et de la décomposition organique. Une odeur qui fait omprendre subitement comment ce sol peut être celui qui donne naissance au cacao, ainsi qu'en haute Provence parfois, les relents d'un champ de lavande à demi fanée expliquent que la même terre puisse aussi produire la truffe. Un ernier ressaut conduit au bord d'une prairie qui dévale à pic sur le poste télégraphique de Barão de Melgaço : et c'est, à erte de vue, la vallée du Machado qui s'étire dans la forêt amazonienne ; celle-ci ne s'interrompra plus qu'à mille cinq cents kilomètres, sur la frontière vénézuélienne. À Barão de Melgaço, il y avait des prairies d'herbe verte entourées de forêt humide où résonnaient les vigoureux oups de trompette du jacu, l'oiseau-chien. Il suffisait d'y passer deux heures pour rentrer au camp les bras chargés de gibier. Nous fûmes pris d'une frénésie alimentaire ; pendant trois jours, on ne fit que la cuisine, et manger. Désormais nous ne manquerions plus de rien. Les réserves précieusement ménagées de sucre et d'alcool fondirent, en même temps que nous tâtions des nourritures amazoniennes : surtout les tocari ou noix du Brésil, dont la pulpe râpée épaissit les auces d'une crème blanche et onctueuse. Voici le détail de ces exercices gastronomiques tel que je le retrouve dans mes otes : -- colibris (que le portugais nomme beija-flor, baise-fleur) rôtis sur l'aiguille et flambés au whisky ; -- queue de caïman grillée ; -- perroquet rôti et flambé au whisky ; -- salmis de jacu dans une compote de fruits du palmier assaï ; -- ragoût de mutum (sorte de dindon sauvage) et de bourgeons de palmier, à la sauce de tocari et au poivre ; -- jacu rôti au caramel. Après ces débauches et les ablutions non moins nécessaires - car nous avions souvent passé plusieurs jours sans pouvoir retirer les combinaisons, qui constituaient notre tenue avec les bottes et le casque - j'entrepris de dresser les

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