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pleure parce qu'il s'est fait mal, s'est disputé ou a faim, ou parce qu'il ne veut pas se laisser épouiller.

Publié le 06/01/2014

Extrait du document

pleure parce qu'il s'est fait mal, s'est disputé ou a faim, ou parce qu'il ne veut pas se laisser épouiller. Mais ce dernier cas st rare : l'épouillage semble charmer le patient autant qu'il amuse l'auteur ; on le tient aussi pour une marque d'intérêt t d'affection. Quand il veut se faire épouiller, l'enfant - ou le mari - pose sa tête sur les genoux de la femme, en résentant successivement les deux côtés de la tête. L'opératrice procède en divisant la chevelure par raies ou en egardant les mèches par transparence. Le pou attrapé est aussitôt croqué. L'enfant qui pleure est consolé par un embre de sa famille ou par un enfant plus âgé. Aussi le spectacle d'une mère avec son enfant est-il plein de gaieté et de fraîcheur. La mère tend un objet à l'enfant à ravers la paille de l'abri et le retire au moment où il croit l'attraper : « Prends par-devant ! prends par-derrière ! » Ou ien elle saisit l'enfant et, avec de grands éclats de rire, fait mine de le précipiter à terre : amdam nom tebu, je vais te jeter ! nihui, répond le bébé d'une voix suraiguë : je ne veux pas ! Réciproquement, les enfants entourent leur mère d'une tendresse inquiète et exigeante ; ils veillent à ce qu'elle reçoive sa part des produits de la chasse. L'enfant a d'abord vécu près de sa mère. En voyage, elle le porte jusqu'à ce qu'il puisse marcher ; plus tard, il marche à ses côtés. Il reste avec elle au campement ou au village pendant que le père va chasser. Au bout de quelques années pourtant, il faut distinguer entre les sexes. Un père manifeste plus, d'intérêt vis-àvis de son fils que de sa fille, puisqu'il doit lui enseigner les techniques masculines ; et la même chose est vraie des rapports entre une mère et sa fille. Mais les relations du père avec ses enfants témoignent de la même tendresse et de la même sollicitude que j'ai déjà soulignées. Le père promène son enfant en le portant sur l'épaule ; il confectionne des armes à la mesure du petit bras. C'est également le père qui raconte aux enfants les mythes traditionnels, en les transposant dans un style plus compréhensible pour les petits : « Tout le monde était mort ! Il n'y avait plus personne ! Plus d'homme ! Plus rien ! » Ainsi commence la version enfantine de la légende sud-américaine du déluge auquel remonte la destruction de la première humanité. En cas de mariage polygame, des relations particulières existent entre les enfants du premier lit et leurs jeunes bellesmères. Celles-ci vivent avec eux dans une camaraderie qui s'étend à toutes les gamines du groupe. Si restreint que soit ce dernier, on peut tout de même y distinguer une société de fillettes et de jeunes femmes qui prennent des bains de rivière collectifs, vont par troupe dans les buissons pour satisfaire leurs besoins naturels, fument ensemble, plaisantent et se livrent à des jeux d'un goût douteux, tels que se cracher de grands jets de salive, à tour de rôle, à la figure. Ces relations sont étroites, appréciées, mais sans courtoisie, comme celles que peuvent avoir de jeunes garçons dans notre société. Elles impliquent rarement des services ou des attentions ; mais elles entraînent une conséquence assez curieuse : c'est que les fillettes deviennent plus rapidement indépendantes que les garçons. Elles suivent les jeunes femmes, participent à leur activité, tandis que les garçons abandonnés à eux-mêmes tentent timidement de former des bandes du même type, mais sans grand succès, et restent plus volontiers, au moins dans la première enfance, à côté de leur mère. Les petits Nambikwara ignorent les jeux. Parfois ils confectionnent des objets de paille enroulée ou tressée, mais ils ne connaissent d'autre distraction que les luttes ou les tours qu'ils se font mutuellement, et mènent une existence calquée sur celle des adultes. Les fillettes apprennent à filer, traînent, rient et dorment ; les garçonnets commencent plus tard à tirer avec de petits arcs et à s'initier aux travaux masculins (à huit ou dix ans). Mais les uns et les autres prennent très rapidement conscience du problème fondamental et parfois tragique de la vie nambikwara, celui de la nourriture, et du rôle actif qu'on attend d'eux. Ils collaborent aux expéditions de cueillette et de ramassage avec beaucoup d'enthousiasme. En période de disette il n'est pas rare de les voir chercher leur nourriture autour du campement, s'exerçant à déterrer des racines, ou marchant dans l'herbe sur la pointe des pieds, un grand rameau effeuillé à la main, pour assommer des sauterelles. Les fillettes savent quelle part est dévolue aux femmes dans la vie économique de la tribu, et sont impatientes de s'en rendre dignes. Ainsi, je rencontre une fillette qui promène tendrement un chiot dans le bandeau de portage que sa mère utilise pour sa petite soeur, et je remarque : « Tu caresses ton bébé-chien ? » Elle me répond gravement : « Quand je serai grande, j'assommerai les porcs sauvages, les singes ; tous je les assommerai quand il aboiera ! » Elle fait d'ailleurs une faute de grammaire que le père souligne en riant : il aurait fallu dire tilondage, « quand je serai rande », au lieu du masculin ihondage qu'elle a employé. L'erreur est intéressante, parce qu'elle illustre un désir féminin d'élever les occupations économiques spéciales à ce sexe au niveau de celles qui sont le privilège des hommes. Comme le sens exact du terme employé par la fillette est « tuer en assommant avec une massue ou un bâton » (ici, le bâton à fouir), il semble qu'elle tente inconsciemment d'identifier la collecte et le ramassage féminins (limités à la capture des petits animaux) avec la chasse masculine servie par l'arc et les flèches. Il faut faire un sort particulier aux relations entre ces enfants qui sont dans le rapport de cousinage prescrit pour s'appeler mutuellement « époux » et « épouse ». Parfois, ils se conduisent comme des conjoints véritables, quittant le oir le foyer familial et transportant des tisons dans un coin du campement où ils allument leur feu. Après quoi, ils 'installent et se livrent, dans la mesure de leurs moyens, aux mêmes épanchements que leurs aînés ; les adultes jettent ur la scène un regard amusé. Je ne peux quitter les enfants sans dire un mot des animaux domestiques, qui vivent en relations très intimes avec eux et sont eux-mêmes traités comme des enfants ; ils participent aux repas, reçoivent les mêmes témoignages de tendresse u d'intérêt - épouillage, jeux, conversation, caresses - que les humains. Les Nambikwara ont de nombreux animaux omestiques : des chiens d'abord, et des coqs et poules, qui descendent de ceux qu'a introduits dans leur région la ommission Rondon ; des singes, des perroquets, des oiseaux de diverses espèces, et, à l'occasion, des porcs et chats auvages ou des coatis. Seul le chien semble avoir acquis un rôle utilitaire auprès des femmes, pour la chasse au bâton ; es hommes ne s'en servent jamais pour la chasse à l'arc. Les autres animaux sont élevés dans un but d'agrément. On ne es mange pas, et on ne consomme pas les oeufs des poules qui les pondent, d'ailleurs, dans la brousse. Mais on 'hésitera pas à dévorer un jeune oiseau, s'il meurt après une tentative d'acclimatation. En voyage, et sauf les animaux capables de marcher, toute la ménagerie est embarquée avec les autres bagages. Les singes, cramponnés à la chevelure des femmes, les coiffent d'un gracieux casque vivant, prolongé par la queue enroulée autour du cou de la porteuse. Les perroquets, les poules perchent au sommet des hottes, d'autres animaux sont tenus dans les bras. Aucun ne reçoit une abondante nourriture ; mais, même les jours de disette, ils ont leur part. En échange, ils sont, pour le groupe, un motif de distraction et d'amusement. Considérons maintenant les adultes. L'attitude nambikwara envers les choses de l'amour peut se résumer dans leur formule : tamindige mondage, traduite littéralement, sinon élégamment : « Faire l'amour, c'est bon. » J'ai déjà noté l'atmosphère érotique qui imprègne la vie quotidienne. Les affaires amoureuses retiennent au plus haut point l'intérêt et la curiosité indigènes ; on est avide de conversations sur ces sujets, et les remarques échangées au campement sont emplies d'allusions et de sous-entendus. Les rapports sexuels ont habituellement lieu la nuit, parfois près des feux du ampement ; plus souvent, les partenaires s'éloignent à une centaine de mètres dans la brousse avoisinante. Ce départ st tout de suite remarqué, et porte l'assistance à la jubilation ; on échange des commentaires, on lance des plaisanteries, t même les jeunes enfants partagent une excitation dont ils connaissent fort bien la cause. Parfois un petit groupe 'hommes, de jeunes femmes et d'enfants se lancent à la poursuite du couple et guettent à travers les branchages les étails de l'action, chuchotant entre eux et étouffant leurs rires. Les protagonistes n'apprécient nullement ce manège ont il vaut mieux, cependant, qu'ils prennent leur parti, comme aussi supporter les taquineries et les moqueries qui alueront le retour au campement. Il arrive qu'un deuxième couple suive l'exemple du premier et recherche l'isolement e la brousse. Pourtant, ces occasions sont rares, et les prohibitions qui les limitent n'expliquent cet état de choses que artiellement. Le véritable responsable semble être plutôt le tempérament indigène. Au cours des jeux amoureux uxquels les couples se livrent si volontiers et si publiquement, et qui sont souvent audacieux, je n'ai jamais noté un ébut d'érection. Le plaisir recherché paraît moins d'ordre physique que ludique et sentimental. C'est peut-être pour ette raison que les Nambikwara ont abandonné l'étui pénien dont l'usage est presque universel chez les populations du résil central. En effet, il est probable que cet accessoire a pour fonction, sinon de prévenir l'érection, au moins de mettre n évidence les dispositions paisibles du porteur. Des peuples qui vivent complètement nus n'ignorent pas ce que nous ommons pudeur : ils en reportent la limite. Chez les Indiens du Brésil comme en certaines régions de la Mélanésie, cellei paraît placée, non pas entre deux degrés d'exposition du corps, mais plutôt entre la tranquillité et l'agitation. Toutefois, ces nuances pouvaient entraîner des malentendus entre les Indiens et nous, dont nous n'étions esponsables ni les uns ni les autres. Ainsi, il était difficile de demeurer indifférent au spectacle offert par une ou deux olies filles, vautrées dans le sable, nues comme des vers et se tortillant de même à mes pieds en ricanant. Quand j'allais à a rivière pour me baigner, j'étais souvent embarrassé par l'assaut que me donnaient une demi-douzaine de personnes - eunes ou vieilles - uniquement préoccupées de m'arracher mon savon, dont elles raffolaient. Ces libertés s'étendaient à outes les circonstances de la vie quotidienne ; il n'était pas rare que je dusse m'accommoder d'un hamac rougi par une ndigène venue y faire la sieste après s'être peinte d'urucu ; et quand je travaillais assis par terre au milieu d'un cercle 'informateurs, je sentais parfois une main tirant un pan de ma chemise : c'était une femme qui trouvait plus simple de 'y moucher au lieu d'aller ramasser la petite branche pliée en deux à la façon d'une pince, qui sert normalement à cet sage. Pour bien comprendre l'attitude des deux sexes l'un envers l'autre, il est indispensable d'avoir présent à l'esprit le aractère fondamental du couple chez les Nambikwara ; c'est l'unité économique et psychologique par excellence. Parmi es bandes nomades, qui se font et défont sans cesse, le couple apparaît comme la réalité stable (au moins héoriquement) ; c'est lui seul, aussi, qui permet d'assurer la subsistance de ses membres. Les Nambikwara vivent sous ne double économie : de chasseurs et jardiniers d'une part, de collecteurs et ramasseurs de l'autre. La première est ssurée par l'homme, la seconde par la femme. Tandis que le groupe masculin part pour une journée entière à la chasse, rmé d'arcs et de flèches, ou travaillant dans les jardins pendant la saison des pluies, les femmes, munies du bâton à ouir, errent avec les enfants à travers la savane, et ramassent, arrachent, assomment, capturent, saisissent tout ce qui, ur leur route, peut servir à l'alimentation : graines, fruits, baies, racines, tubercules, petits animaux de toutes sortes. À la in de la journée, le couple se reconstitue autour du feu. Quand le manioc est mûr et tant qu'il en reste, l'homme apporte un fardeau de racines que la femme râpe et presse pour en faire des galettes, et si la chasse a été fructueuse, on uit rapidement les morceaux de gibier en les ensevelissant sous la cendre brûlante du feu familial. Mais pendant sept mois de l'année, le manioc est rare ; quant à la chasse, elle est soumise à la chance, dans ces sables stériles où un maigre ibier ne quitte guère l'ombre et les pâturages des sources, éloignées les unes des autres par des espaces considérables e brousse semi-désertique. Aussi, c'est à la collecte féminine que la famille devra de subsister. Souvent j'ai partagé ces dînettes de poupée diaboliques qui, pendant la moitié de l'année, sont, pour les Nambikwara, e seul espoir de ne pas mourir de faim. Quand l'homme, silencieux et fatigué, rentre au campement et jette à ses côtés n arc et des flèches qui sont restés inutilisés, on extrait de la hotte de la femme un attendrissant assemblage : quelques ruits orangés du palmier buriti, deux grosses mygales venimeuses, de minuscules oeufs de lézard et quelques-uns de ces nimaux ; une chauve-souris, des petites noix de palmier bacaiuva ou uaguassu, une poignée de sauterelles. Les fruits à pulpe sont écrasés avec les mains dans une calebasse remplie d'eau, les noix brisées à coups de pierre, les animaux et larves enfouis pêle-mêle dans la cendre ; et l'on dévore gaiement ce repas, qui ne suffirait pas à calmer la faim d'un blanc, mais qui, ici, nourrit une famille. Les Nambikwara n'ont qu'un mot pour dire joli et jeune, et un autre pour dire laid et vieux. Leurs jugements esthétiques sont donc essentiellement fondés sur des valeurs humaines, et surtout sexuelles. Mais l'intérêt qui se manifeste entre les sexes est d'une nature complexe. Les hommes jugent les femmes globalement, un peu différentes d'eux-mêmes ; ils les traitent, selon les cas, avec convoitise, admiration ou tendresse ; la confusion des termes signalée plus haut constitue en elle-même un hommage. Pourtant, et bien que la division sexuelle du travail attribue aux femmes n rôle capital (puisque la subsistance familiale repose dans une large mesure sur la collecte et le ramassage féminins), celui-ci représente un type inférieur d'activité ; la vie idéale est conçue sur le modèle de la production agricole ou de la chasse : avoir beaucoup de manioc, et de grosses pièces de gibier, est un rêve constamment caressé bien que rarement éalisé. Tandis que la provende aventureusement collectée est considérée comme la misère quotidienne - et l'est éellement. Dans le folklore nambikwara, l'expression « manger des sauterelles », récolte infantile et féminine, équivaut u français « manger de la vache enragée ». Parallèlement, la femme est regardée comme un bien tendre et précieux, ais de second ordre. Il est convenable, entre hommes, de parler des femmes avec une bienveillance apitoyée, de 'adresser à elles avec une indulgence un peu railleuse. Certains propos reviennent souvent dans la bouche des hommes :  Les enfants ne savent pas, moi je sais, les femmes ne savent pas », et l'on évoque le groupe des doçu, des femmes, leurs plaisanteries, leurs conversations, sur un ton de tendresse et de moquerie. Mais ce n'est là qu'une attitude sociale. Quand l'homme se retrouvera seul avec sa femme auprès du feu de campement, il écoutera ses plaintes, retiendra ses demandes, réclamera son concours pour cent besognes ; la hâblerie masculine disparaît devant la collaboration de deux partenaires conscients de la valeur essentielle qu'ils présentent l'un pour l'autre. Cette ambiguïté de l'attitude masculine à l'égard des femmes a son exacte correspondance dans le comportement, lui aussi ambivalent, du groupe féminin. Les femmes se pensent comme collectivité, et le manifestent de plusieurs manières ; on a vu qu'elles ne parlent pas de la même façon que les hommes. Cela est surtout vrai des femmes jeunes, qui n'ont pas encore d'enfant, et des concubines. Les mères et les femmes âgées soulignent beaucoup moins ces différences, bien qu'on les retrouve aussi chez elles à l'occasion. En outre, les jeunes femmes aiment la société des enfants et des adolescents, jouent et plaisantent avec eux ; et ce sont les femmes qui prennent soin des animaux de cette façon humaine propre à certains Indiens sud-américains. Tout cela contribue à créer autour des femmes, à l'intérieur du groupe, une atmosphère spéciale, à la fois puérile, joyeuse, maniérée et provocante, à laquelle les hommes s'associent quand ils rentrent de la chasse ou des jardins. Mais une tout autre attitude se manifeste chez les femmes lorsqu'elles ont à faire face à l'une des formes d'activité qui leur sont spécialement dévolues. Elles accomplissent leurs tâches artisanales avec habileté et patience, dans le campement silencieux, rangées en cercle et se tournant le dos ; pendant les voyages, elles portent vaillamment la lourde hotte, qui contient les provisions et les richesses de toute la famille et le faisceau de flèches, pendant que l'époux marche en tête avec l'arc et une ou deux flèches, l'épieu de bois ou le bâton à fouir, guettant la fuite d'un animal ou la rencontre d'un arbre à fruits. On voit alors ces femmes, le front ceint du bandeau de portage, le dos recouvert par l'étroite hotte en forme de cloche renversée, marcher pendant des kilomètres de leur pas caractéristique : les cuisses serrées, les genoux joints, les chevilles écartées, les pieds en dedans, prenant appui sur le bord externe du pied et trémoussant les hanches ; courageuses, énergiques et gaies. Ce contraste entre les attitudes psychologiques et les fonctions économiques est transposé sur le plan philosophique et religieux. Pour les Nambikwara, les rapports entre hommes et femmes renvoient aux deux pôles autour desquels s'organise leur existence : d'une part la vie sédentaire, agricole, fondée sur la double activité masculine de la construction des huttes et du jardinage, de l'autre, la période nomade, pendant laquelle la subsistance est principalement assurée par la collecte et le ramassage féminins ; l'une représentant la sécurité et l'euphorie alimentaire, l'autre l'aventure et la disette. À ces deux formes d'existence, l'estivale et l'hivernale, les Nambikwara réagissent de façons très différentes. Ils parlent de la première avec la mélancolie qui s'attache à l'acceptation consciente et résignée de la condition humaine, à la morne répétition d'actes identiques, tandis qu'ils décrivent l'autre avec excitation, et sur le ton exalté de la découverte. Pourtant, leurs conceptions métaphysiques inversent ces rapports. Après la mort, les âmes des hommes s'incarnent

« et sont eux-mêmes traitéscomme desenfants ; ilsparticipent auxrepas, reçoivent lesmêmes témoignages detendresse ou d’intérêt –épouillage, jeux,conversation, caresses–que leshumains.

LesNambikwara ontdenombreux animaux domestiques : deschiens d’abord, etdes coqs etpoules, quidescendent deceux qu’a introduits dansleurrégion la commission Rondon ;dessinges, desperroquets, desoiseaux dediverses espèces, et,àl’occasion, desporcs etchats sauvages oudes coatis.

Seullechien semble avoiracquis unrôle utilitaire auprèsdesfemmes, pourlachasse aubâton ; les hommes nes’en servent jamaispourlachasse àl’arc.

Lesautres animaux sontélevés dansunbut d’agrément.

Onne les mange pas,eton neconsomme paslesœufs despoules quilespondent, d’ailleurs, danslabrousse.

Maison n’hésitera pasàdévorer unjeune oiseau, s’ilmeurt aprèsunetentative d’acclimatation. En voyage, etsauf lesanimaux capables demarcher, toutelaménagerie estembarquée aveclesautres bagages.

Les singes, cramponnés àla chevelure desfemmes, lescoiffent d’ungracieux casquevivant,prolongé parlaqueue enroulée autour ducou delaporteuse.

Lesperroquets, lespoules perchent ausommet deshottes, d’autres animaux sonttenus dans lesbras.

Aucun nereçoit uneabondante nourriture ; mais,même lesjours dedisette, ilsont leur part.

Enéchange, ils sont, pourlegroupe, unmotif dedistraction etd’amusement. Considérons maintenantlesadultes.

L’attitude nambikwara enversleschoses del’amour peutserésumer dansleur formule : tamindige mondage, traduite littéralement, sinonélégamment : « Fairel’amour, c’estbon. » J’aidéjà noté l’atmosphère érotiquequiimprègne lavie quotidienne.

Lesaffaires amoureuses retiennentauplus haut point l’intérêt et la curiosité indigènes ; onest avide deconversations surces sujets, etles remarques échangéesaucampement sont remplies d’allusions etde sous-entendus.

Lesrapports sexuelsonthabituellement lieulanuit, parfois prèsdesfeux du campement ; plussouvent, lespartenaires s’éloignentàune centaine demètres danslabrousse avoisinante.

Cedépart est tout desuite remarqué, etporte l’assistance àla jubilation ; onéchange descommentaires, onlance desplaisanteries, et même lesjeunes enfants partagent uneexcitation dontilsconnaissent fortbien lacause.

Parfois unpetit groupe d’hommes, dejeunes femmes etd’enfants selancent àla poursuite ducouple etguettent àtravers lesbranchages les détails del’action, chuchotant entreeuxetétouffant leursrires.

Lesprotagonistes n’apprécientnullementcemanège dont ilvaut mieux, cependant, qu’ilsprennent leurparti, comme aussisupporter lestaquineries etles moqueries qui salueront leretour aucampement.

Ilarrive qu’undeuxième couplesuivel’exemple dupremier etrecherche l’isolement de labrousse. Pourtant, cesoccasions sontrares, etles prohibitions quileslimitent n’expliquent cetétat dechoses que partiellement.

Levéritable responsable sembleêtreplutôt letempérament indigène.Aucours desjeux amoureux auxquels lescouples selivrent sivolontiers etsipubliquement, etqui sont souvent audacieux, jen’ai jamais notéun début d’érection.

Leplaisir recherché paraîtmoins d’ordre physique queludique etsentimental.

C’estpeut-être pour cette raison quelesNambikwara ontabandonné l’étuipénien dontl’usage estpresque universel chezlespopulations du Brésil central.

Eneffet, ilest probable quecetaccessoire apour fonction, sinondeprévenir l’érection, aumoins demettre en évidence lesdispositions paisiblesduporteur.

Despeuples quivivent complètement nusn’ignorent pasceque nous nommons pudeur :ilsen reportent lalimite.

ChezlesIndiens duBrésil comme encertaines régionsdelaMélanésie, celle- ci paraît placée, nonpasentre deuxdegrés d’exposition ducorps, maisplutôt entrelatranquillité etl’agitation. Toutefois, cesnuances pouvaient entranerdesmalentendus entrelesIndiens etnous, dontnous n’étions responsables niles uns niles autres.

Ainsi,ilétait difficile dedemeurer indifférent auspectacle offertparune oudeux jolies filles, vautrées danslesable, nuescomme desvers etse tortillant demême àmes pieds enricanant.

Quandj’allaisà la rivière pourmebaigner, j’étaissouvent embarrassé parl’assaut quemedonnaient unedemi-douzaine depersonnes – jeunes ouvieilles –uniquement préoccupées dem’arracher monsavon, dontellesraffolaient.

Ceslibertés s’étendaient à toutes lescirconstances delavie quotidienne ; iln’était pasrare quejedusse m’accommoder d’unhamac rougiparune indigène venueyfaire lasieste aprèss’être peinte d’urucu ; etquand jetravaillais assisparterre aumilieu d’uncercle d’informateurs, jesentais parfoisunemain tirant unpan dema chemise : c’étaitunefemme quitrouvait plussimple de s’y moucher aulieu d’aller ramasser lapetite branche pliéeendeux àla façon d’une pince, quisert normalement àcet usage.

Pour biencomprendre l’attitudedesdeux sexes l’unenvers l’autre, ilest indispensable d’avoirprésent àl’esprit le caractère fondamental du couple chez lesNambikwara ; c’estl’unité économique etpsychologique parexcellence.

Parmi ces bandes nomades, quisefont etdéfont sanscesse, lecouple apparaît commelaréalité stable(aumoins théoriquement) ; c’estluiseul, aussi, quipermet d’assurer lasubsistance deses membres.

LesNambikwara viventsous une double économie : dechasseurs etjardiniers d’unepart,decollecteurs etramasseurs del’autre.

Lapremière est assurée parl’homme, laseconde parlafemme.

Tandisquelegroupe masculin partpour unejournée entièreàla chasse, armé d’arcs etde flèches, outravaillant danslesjardins pendant lasaison despluies, lesfemmes, muniesdubâton à fouir, errent aveclesenfants àtravers lasavane, etramassent, arrachent,assomment, capturent,saisissenttoutcequi, sur leur route, peutservir àl’alimentation : graines,fruits,baies,racines, tubercules, petitsanimaux detoutes sortes.

Àla fin delajournée, lecouple sereconstitue autourdufeu.

Quand lemanioc estmûr ettant qu’il enreste, l’homme rapporte unfardeau deracines quelafemme râpeetpresse pourenfaire desgalettes, etsila chasse aété fructueuse, on cuit rapidement lesmorceaux degibier enles ensevelissant souslacendre brûlante dufeu familial.

Maispendant sept. »

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