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Commentaire Composé Dom Juan : Scène D'exposition

Publié le 05/12/2010

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juan

Commentaire composé :

 

Dom Juan ou le festin de pierre

 

     Dom Juan ou le festin de pierre, de Molière (1622- 1673), grand dramaturge français,  s’inscrit dans le mouvement culturel français classique. Dom Juan fut écrit en réponse à la censure de Tartuffe, une satire des dévots. Cette comédie est atypique. Atypique dans la création dramatique de l’époque, elle l’est également dans l’oeuvre de Molière. Dom Juan ou le festin de pierre réécrit un mythe largement mis au goût du jour par la littérature de l’époque dans une facture en rupture avec les conventions. La pièce, écrite en prose, mêle les registres, ne respecte pas la règle des unités (de temps de lieu et d’action), met en péril vraisemblance et bienséance. En quoi la scène d’exposition annonce-t-elle une comédie ? Pour répondre à cette question nous traiterons tout d’abord des caractéristiques de cette scène d’exposition. Puis de son caractère comique et des différentes façons par lesquels il se manifeste. Enfin, nous conclurons sur le rapport entre Valet et Maître et nous étudierons le portrait de Dom Juan par Sganarelle. 

 

     La scène d’exposition de Dom Juan ou le festin de pierre, rempli partiellement le rôle qu’une scène de ce genre doit avoir lors de l’époque classique. Cette scène, sous forme de dialogue entre deux valets : Sganarelle et Gusman (personnage prostatique), nous informe de ce qui s’est passé avant, la préhistoire, soit, l’abandon d’une jeune femme Done Elvire, par un aristocrate, Dom Juan. Le dialogue, qui est simple et clair, permet de rendre la scène dynamique. L’exposition se fait en récit et malgré la présence de deux longues tirades du valet de Dom Juan, la scène paraît et est courte. Dans leurs paroles, les 2 valets présentent quelques uns des  personnages de l’intrigue principale et on retrouve même un premier portrait moral de Dom Juan du second degré. Cependant, la scène n’est pas complètement conforme aux règles classiques car elle en transgresse quelques unes.

       Même si l’exposition « in medias res « s’efforce d’être vraisemblable et plausible, elle n’y parvient pas vraiment car une question se pose quand à la présence des deux valets avant la rencontre des deux maîtres. De plus, Molière crée avec Gusman un personnage prostatique qui ne réapparaîtra pas par la suite. Toutefois, ce sont là des infractions mineurs en comparaison de cette étrange ouverture qui place dans la bouche de Sganarelle un éloge du tabac. La digression outre passe le programme prévu pour une scène d’exposition, et n’a pas lieu d’être. C’est une louange qui n’a pas de rapport avec le sujet de la pièce. Cette digression permet à Molière de louer le théâtre implicitement puisque c’est lui qui joue le rôle de Sganarelle. De ce fait, il provoque et se venge de la censure de Tartuffe sans risquer une nouvelle condamnation de cette scène. La scène d’exposition est très bien ficelée, car Molière arrive à être clair, et précis; il donne donc une définition limpide et défend la comédie. 

 

    Autrefois considérée comme grotesque par Aristote car elle ne donnait pas l’exemple de la pureté et de la justice et ne purgeait pas l’esprit comme le fait la tragédie, Molière va redonner à la comédie ses lettres de noblesse. Il redore le masque de la comédie dans chacune de ses pièces et fait de la scène d’exposition de Dom Juan une scène comique. Ainsi, on retrouve différents types de comique dans cette première scène. Dès le début, les propos illogiques dans l’éloge paradoxal du tabac introduisent un comique de mot que l’on retrouve tout au long du texte. Aussi, Sganarelle, censé être valet de Dom Juan, et donc un personnage n’ayant reçu presque aucune éducation, cite Aristote et la Philosophie, et place une expression latine « inter nos « ce qui crée un effet décalé et donc comique. Sganarelle cherche à imiter son maître avec ses discours (cf : longueur de la tirade, longueur des phrases, énumérations) cela entraîne une tirade désorganisée. On retrouve aussi des énumérations «  ne croit ni ciel ni enfer ni loup-garou « où il place superstition et religion sur le même plan ; et d’autres où il cite de grandes figures historiques « Sardanapale « et « Epicure «. Un jeu d'antithèses faciles : " ni de trop chaud ni de trop froid " et des familiarités" épouseur à toutes mains " rappellent que Molière, dans le rôle de Sganarelle, parodie l’éloquence et rend cette scène comique.

    Outre le comique de caractère et de mot présents dans la première scène, on peut observer un comique de geste dans la mise en scène de Mezghich (2003). En effet, cette mise à scène met en valeur le comique notamment dans la scène d’exposition. Ainsi, trois coups de bâtons, symbolisant le théâtre, sont donnés dès lors que Sganarelle doit prononcer le mot tabac. Cette  digression est présentée comme à part car le valet s’adresse aux spectateurs et le rideau est baissé. Elle est ainsi interrompue afin de d’inviter le spectateur à comprendre que tabac signifie théâtre. Mezghich, réussit avec sa mise en scène a jouer avec les objets. Il exhibe l’univers du théâtre par l’aspect technique avec les déménageurs qui placent les décors pour montrer au spectateur que c’est un monde factice afin d’accentuer la parodie. Ces décors sont sujets au comique (grossier : Gusman et les statues nues). Les lettres « passionnées « retiennent particulièrement leur attention, tout comme la liste des conquêtes de « l’épouseur à toutes mains «. Le metteur en scène joue également sur les mimiques, les expressions du visage et du corps. On retrouve ainsi des grimaces tout au long de la scène (cf. Gusman bouche bée). Les costumes sont recherchés car les deux valets portent les mêmes habits (jeu de miroir) s’apparentant à ceux des Clowns ou de Coluche. De plus, il tourne en dérision les conventions lorsque avec le chapeau qui doit être enlevé avant de parler et les mains qui doivent être serrés avant de se quitter. La bande son (trombone) permet de renforcer le comique de la scène car elle ressemble à celle du cirque. Pour conclure, le portrait de Dom juan sensé être péjoratif,  fait jubiler Sganarelle, et le maître ressort plus grand qu’il n’en était au début de la scène.

 

     Sgaranarelle remplit ses fonctions de domestique et même plus. Il entretient une relation presque fraternelle avec son maître car il représente son confident et la seule personne toujours à ses côtés. Il est son unique interlocuteur. Il demeure presque toujours près de lui. Dom Juan semble être le double utopique de Sganarelle. En effet, il incarne presque tout ce qu’il aurait voulu être. Le valet éprouve une profonde admiration pour l’audace de son maître. Cependant, dans la dernière scène Sganarelle est triste mais ce qui importe le plus à ses yeux, ce sont ses gages non payés : « Mes gages ! mes gages ! «. Sganarelle est d'autre part, en tant que valet de comédie, un intermédiaire entre le public et le personnage de Dom Juan. Dans cette scène d’exposition, il présente Dom Juan comme la bienséance l'oblige, en le critiquant vivement. Dom Juan ne peut pas se séparer de son valet, ils sont d'ailleurs l'un pour l'autre une sorte de faire valoir réciproque. Ce premier représente le côté sombre de la pièce tandis que Sganarelle est l’amuseur, celui qui détend l’atmosphère. Mais malgré leurs relations amicales, Sganarelle demeure un inférieur. Pourtant, leur relation est tellement étroite que lorsqu’il décrit son maître Sganarelle dévoile une partie de sa personnalité. On découvre alors un valet hypocrite, qui critique sans cesse son maître absent. Aussi, il se prend pour un artiste (métaphore filée grossière/comique, et exagérations) et aime s’entendre parler (2 tirades) ; il est intarissable lorsqu’il s’agit de Dom Juan.

     Tout en faisant un portrait à charge de libertin qu’est Dom Juan, Sganarelle, son valet, se révèle et apparaît comme un moraliste aux sentiments ambivalents. Les rapports Maître/Valet sont traditionnels dans les comédies de Molière où les valets servent les intérêts de jeunes maîtres pour déjouer l’autorité abusive des pères.  Rien de cela dans Dom Juan, où Sganarelle se pose en moralisateur qui tout au long de la pièce va tenter sans succès de ramener son maître à la raison et au droit chemin. Ces échecs réitérés font de Sganarelle un personnage comique qui, cependant, n’est pas dénué de profondeur. La fin de sa tirade est révélatrice.  Il hait le double jeu de sa condition de valet et éprouve à la fois ou même temps de la crainte « la crainte en moi fait l’office du zèle « (l.61).  L’antithèse « me réduit d’applaudir bien souvent à ce que mon âme déteste « (l.62) traduit ce déchirement qui inévitablement génère de la colère « suffit qu’il faut que le courroux du Ciel l’accable quelque jour « (l.58). Sganarelle en vient à souhaiter sa punition, tant il est révolté par sa conduite comme le traduise les jeux de sonorité marqués par différentes allitérations. Toutefois, il sert malgré lui de faire-valoir et prend un plaisir manifeste à peindre son maître devant Gusman qui lui sert de public. La métaphore filée le comparant à un peintre en témoigne : « ébauche « (l.57), « coup de pinceau « (l.57-58) « achever le portrait « (l.57).

 

   Cette scène d’exposition particulière, tout en poursuivant un idéal idéologique lié au contexte politique et culturel de l’époque, ne demeure pas moins une scène de comédie où le comique repose autant sur le verbal que sur le non-verbal comme en témoigne l’inventive mise en scène de Mezghish (2003). De plus, elle dresse le double portrait paradoxal du libertin Dom Juan et de son valet moralisateur Sganarelle. Ce faisant, elle revisite les rapports traditionnels Valet/Maître de la comédie moliéresque et re-détermine leur relation de manière plus complexe et plus originale. La scène d’exposition de Dom Juan, qui joue de la digression et de la provocation est emblématique de la place qu’occupe la pièce dans l’essentiel de l’œuvre moliéresque. Celle-ci marque, en effet, un tournant dans la production de l’auteur qui va s’affranchir des contraintes classiques et prend plus de liberté avec le pouvoir.

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