Devoir de Philosophie

Commentaire composé - extrait: un barrage contre la pacifique

Publié le 27/02/2008

Extrait du document

I. Un quartier reflétant une puissance...

 « Là tout n’est qu’ordre et beauté/ Luxe calme et volupté » c’est faire injure à Baudelaire que de le citer ici mais ses vers décrivent parfaitement l’impression laissée par ce haut quartier.

1. Haut quartier, haute opinion de soi (supériorité):

a. Hauteur et distinction (élévation). Quartier réservé à une caste (pas tous les colons juste « les blancs qui avaient fait fortune » + « se retrouver entre eux »).

b. Espace : l’espace marque la distance. Le spacieux : tout est spacieux, large : trottoirs, avenues, terrasses. c. Le centre : tout est rempart pour préserver, isoler ce centre: l’espèce rare est d’abord l’espèce privilégiée, à protéger, espèce aristocratique, noble.

 

2. Luxe et beauté :

a. la blancheur omniprésente jusque dans l’éclat, la « luisance » blancheur comme valeur esthétique, comme prestige (« rutilant »)

b. luxe du quartier : automobiles, magasins, cafés, cocktails. La richesse ne pèse pas, elle pose : l’argent se déculpabilise en luxe : il se blanchit.

c. fleurs : quartier urbain ou jardin (« arbres rares ») ? Rues ou allées ? Rien ne doit rappeler un monde de négoce, d’affaires. La fraicheur est aussi antithèse de la pesanteur, de la moiteur, évacuation, oubli de la pesanteur des activités.

 

3. Calme et volupté :

a. la paix : « puissants au repos », « paix sans mélange » paix du jardin .

b. le silence : celui des automobiles. Aucun son, aucun bruit dans le haut quartier. Les pas eux-mêmes sont « négligents ».

 c. Le temps : le temps devant soi ou à soi: taxis qui attendent, colons en terrasse « jusqu’à tard dans la nuit », temps de « sucer » un verre.

II ... Une puissance qui est fantasme...

Les colons se donnent le spectacle de leur présence dit le texte. Autrement dit, ils jouissent d’eux-mêmes et de l’image qu’ils se font d’eux-mêmes. C’est ce que décode l’écriture de M. Duras qui remontent aux métaphores fondatrices d’un fantasme de dieux ou héros au paradis.

1. Vivre comme des dieux... :

: la démesure, la disproportion (l’immense) est à la mesure de ces demi-dieux (ou héros) auxquels ils s’identifient. L’oxymore « mesure surhumaine » alerte sur ce désir fantasmé

 : parce qu’ils sont des demi-dieux (des dieux blancs) ils ne peuvent souffrir des hommes auprès d’eux : les indigènes sont niés en tant qu’êtres humains. c. empyrée, paradis, olympe Walhalla : toutes les mythologies ont leur éden: ici rues « vertes, fleuries, arrosées », la métaphore du haut quartier-jardin édénique réactive cet imaginaire mythique.

2 ...Dans un espace sacré... :

Le texte parle de vrai sanctuaire dans une phrase centrale dans l’extrait, brève proposition réceptacle du secret. Lieu du sacré, de ce que l’on ne peut toucher, de ce qui est objet de religion, de ce qui ne se livre que dans le recueillement et le plus grand respect.

3 ..dédié aux plaisirs :

a. « Espace orgiaque », « bordel magique ». Rien de vulgaire : si bordel il y a il est magique, transfiguré, sublimé. Le plus grand plaisir est de se voir, se contempler, se mirer. Il y a débauche en ce que tous et partout où se pose la vue c’est le même spectacle de luxe et de volupté.

b. L’univers se plie à leurs volontés : l’espace orgiaque de la rue est « offert » à leurs pas, les indigènes se font décors au même titre que les palmiers.

III... Fantasme qui voile/dévoile une condamnation.

La splendeur du haut quartier met à jour les fantasmes des colons qui exhibés, dévoilés par la narratrice se font condamnation d’une mentalité, d’une caste, et d’un système.

1. Place et fonction de la narratrice :

qui voit ici ? Une seule indication : « On pouvait voir les blancs ...» Voir c’est se mettre en situation de dénoncer. Témoigner de ce que l’on voit c’est porter une accusation. La narratrice donne accès à cette cité interdite : son regard (et du même coup le nôtre) est non pas inquisition mais réquisitoire. La description est toute marquée de la subjectivité de l’énonciatrice se mettant à distance de son objet : leurs autos, leurs cafés, et le traitant avec ironie (« se faire un foie bien colonial », « palmiers et garçons en pots et en smokings »))

2. Condamnation d’un racisme assumé :

le mot « blancs » est constamment préféré à « colons ». La « race blanche » apparait à la fin de l’extrait : sentiment de supériorité, ségrégation, racisme. « Ils avaient été mis dans des smokings » : chosifiés, retirés de leur humanité propre, les indigènes sont niés comme finalement tout ce qui appartient en propre à ce pays sans cesse contenu dans des pots, dans de l’asphalte, dans une fraicheur artificielle.

3. Sentiment d’une corruption forte à l’œuvre dans un système colonial inégalitaire et injuste :

des colons riches complices, unis, solidaires, faisant bloc et représentant la force ou le pouvoir. Se retrouver entre eux, dit le texte, c'est-à-dire entre puissants comme une mafia ou un cercle de proxénètes.

 

Conclusion Spectacle : l’un des mots les plus profonds du texte. Les colons donnent une représentation d’eux-mêmes dans ce haut quartier qui est décor de leur théâtre privé. Mais un œil clandestin, indu, pénètre la scène et décrit leurs cérémonies. Cérémonial splendide et scandaleux, ancré dans la mémoire de l’auteur, M. Duras, hantée par les souvenirs de Pnom Penh, la grande ville de sa jeunesse indochinoise.

 

 

Liens utiles