Devoir de Philosophie

Commentaire Le Lac de Lamartine

Publié le 07/03/2011

Extrait du document

lamartine

Dans le début du XIXe siècle, le courant romantique fit son apparition en Europe. Alphonse de Lamartine, né en 1790, fut l'un des premiers français à y marquer ce nouveau mouvement, en particulier dans son œuvre Méditations poétiques, écrit en 1820, où celui-ci affirme son originalité. Cette œuvre composée de vint-quatre poèmes formant une autobiographie sentimentale, deviendra à la suite un «succès inouï et universel». Dans cet ouvrage se trouvait probablement le poème le plus célèbre de Lamartine, «Le Lac». Ce poème est dédié à une femme nommée Julie Charles. Les deux amants se retrouvaient au lac du Bourget jusqu'au jour où sa maîtresse décéda de la tuberculose en 1817. Ce sera alors à la suite qu'il retournera seul au lac et se remémorera des moments passés avec Mme Charles. Ce texte poétique prouvera les sentiments amoureux de l'auteur pour la jeune femme, qui est commun au romantisme. C'est pourquoi nous nous appuierons tout d'abord sur le lyrisme dans ce texte, puis sur les relations avec la nature et enfin sur la mort de Julie Charles, afin de prouver que «Le Lac» appartient au courant romantique.

 

 

 

Comme nous venons de le dire, nous allons en premier lieu parler du lyrisme dans ce texte.

Tout d'abord, Lamartine utilise la première personne du singulier «Je» (vers 7, 29, 31) dans ce poème, pour renforcer ses émotions et ses sentiments. La présence d'émotion est aussi accentuée par cette poésie élégiaque, c'est à dire un chant de célébration de forme poétique exprimant ses sentiments mélancoliques. Ici, le poète implore le lac et le temps par une interjection, qui est dans ce poème une apostrophe «Ô lac !» (v.5) et «Ô temps !» (v. 21), qui souligne la supplication de Lamartine à ces deux locutions.

En outre, la solitude de l'auteur se fait ressentir par le champ lexical qu'il use («seul» (v.7), «silence» (v.13), «malheureux» (v.25)). Cette douleur profonde jumelée au bonheur qui s'enfuit se voit dans tout le poème. On peut aussi y voir une opposition entre lui et son couple grâce à la deuxième personne du pluriel «nous»(vers 3, 13, 23, 34) et «je». Malgré ce champ lexical, notre poète n'est pas totalement seul, puisque celui-ci est avec une personne fictive, qui est le lac, son seul témoin. Il emploie de l'impératif lorsqu'il s'adresse à lui «Regarde!» (v.7) et tutoie le lac en employant des pronoms personnels («tu la vis» (v.8), «tu mugissais» (v.9), «tu te brisais» (v.10)) et des adjectifs possessifs («de tes ondes» (v.11), «tes flots harmonieux» (v.16)) à la deuxième personne du singulier. Il s'en sert essentiellement pour prolonger son bonheur.

De surcroît, ce texte est nostalgique. Lamartine se sert de la nuit («dans la nuit éternelle» (v.2)) pour révéler sa mélancolie, et du jour pour exprimer l'effacement du chagrin («et l'aurore va dissiper la nuit» (v.31-32)), puisqu'en effet les sentiments du poète sont sincère, et le font souffrir.

Lamartine partage son désespoir avec le lecteur, mais aussi et surtout avec la nature, qu'il prend pour garant de ses souvenirs. C'est donc ce dont nous allons à la suite parler.

 

 

 

En effet, Lamartine s'adresse à la nature de la deuxième strophe jusqu'à la cinquième strophe.

La nature est ici omniprésente, ce qui est typique dans le courant du romantisme. Tout d'abord, on peut le voir directement grâce au titre «Le Lac». Mais on le constate aussi avec le considérable champ lexical de l'eau («océan» (v.3), «ancre» (v.4), «flots» (v.6), «écume» (v.11), «rivage» (v.18), «coulez, coulez» (v.26), «port» (v.36)), et avec d'autres termes (tels que «pierre» (v.7), «roche profonde» (v.9), «la terre» (v. 17), et cætera)... Cette accumulation de mots en rapport avec la nature prouve son importance dans cette poésie, que c'est un lieu symbolique et riche.

De plus, la structure du poème peut nous faire penser à un mouvement de vague, puisque le rythme est saccadé : les trois premiers vers des cinq premières strophes sont des alexandrins (vers à douze syllabes) et chaque derniers vers des cinq premières strophes sont des hexasyllabes (vers à six syllabes). Après la cinquième strophe on peut distinguer une alternance entre des alexandrins et des hexasyllabes. Aussi, les rimes sont croisées («rivages» avec «âge» et «retour» avec «jour» dans la première strophe), ce qui casse le mouvement rectiligne du poème.

Puis, contrairement à Jean-Jacques Rousseau, Lamartine pense que c'est le paysage qui préserve les souvenirs, et non l'écriture. C'est pourquoi il ajoute aux mots en rapport à la nature des adjectifs qualificatifs mélioratifs («chéris» (v.6), «harmonieux» (v.16), «charmé» (v.18), «attentif» (v.19)), en signe de remerciement. En effet, la nature est le seul témoin vivant du bonheur et elle seule peut garder la trace des souvenirs. Pour fixer pour l'éternité ce moment de bonheur inoubliable, Lamartine choisit d'écrire ce poème pour que ce texte retienne le temps.

Eh oui, le paysage a un lien incontestable avec le temps dans ce poème, qui est le fait de couler, de ne jamais s'arrêter. Rien ne pourra empêcher le temps de passer, c'est ce dont nous allons évoquer.

 

 

 

Pour commencer, on peut noter que Lamartine n'aurait eu qu'une seule envie, arrêter le temps, et rester infiniment avec sa maîtresse Julie Charles («ne pourrons-nous jamais […] jeter l'ancre un seul jour ?» (v.3-4), «suspend ton vol!» (v.21)). D'autre part, on peut voir la fragilité de l'Homme grâce aux participes passés («poussés» (v.1), «emportés» (v.2), «déchirés» (v.10)) ce qui souligne l'impuissance de l'Homme face au temps, soumis à un mouvement éternel. Mieux encore, on peut voir cela avec une métaphore filée («l'ancre» (v.4), «port» et «rive» (v.36)) : on ne peut pas faire de pause.

Du vers 21 au vers 37, nous avons là affaire à un discours de Mme Charles («et la voix qui m'est chère laissa tomber ces mots» (v.19-20)), qui donne des ordres au temps pour éviter la mort avec des verbes à l'impératif («suspends» (v.21), «laissez-nous» (v.23), «oubliez» (v.24)), puisqu'elle sait que la mort va bientôt la prendre. Cela fait une contradiction avec la première partie du poème, qui est rédigée par Lamartine. Mais les contradictions ne s'arrêtent pas là, il y en a d'ailleurs dans toute la poésie, à quasiment chaque strophe («éternelle» avec «un seul jour» (strophe 1), «en silence» avec «le bruit» (strophe 4), «des accents inconnus» avec «la voix qui m'est chère» (strophe 5). Toutes ces contradictions prouvent que Lamartine est indécis. Il ne sait pas s'il préfère mourir et revoir Mme Charles ou alors s'il préfère se souvenir ainsi durant de nombreuses années.

Et nous pensons connaître son choix, qui est de se rappeler puisqu'on peut voir une grande présence des souvenirs. En effet, Lamartine se rappelle certainement mots pour mots des paroles de sa maîtresse lors de leur dernier rendez-vous au lac («Ô temps ! Suspends ton vol, et vous heures propices ! […] il coule, et nous passons! » (v.21 à 37)). Il se souvient également des endroits où ils étaient précisément («je viens seul m'assoir sur cette pierre où tu la vis s'asseoir !» (v.7-8)).

 

 

 

En conclusion, ce poème «Le Lac» sera bien marqué par le lyrisme grâce à sa solitude et à sa mélancolie. La nature sera le seul témoin qui saura lui rappeler des moments passés avec Julie Charles. Enfin, la nostalgie et le temps définissants la mort seront aussi beaucoup présents dans cette poésie élégiaque. On peut donc dire que ce texte fait bien parti du courant romantique. Cette œuvre propulsera Lamartine au premier rang de la poésie romantique. Eh oui, il aura été un des trois «chefs de chœur» du courant du romantisme (les deux autres étant Hugo et Vigny). A savoir que Niedermayer mettra ce poème en musique entre 1825 et 1828. Aussi, le groupe Indochine donnera le titre de ce poème à une de leurs chansons en 2009.

Liens utiles