Devoir de Philosophie

Commentaire Texte de Hume

Publié le 27/02/2008

Extrait du document

hume

L’unité du moi : David Hume - Traité de la nature humaine

 

EXTRAIT

 

Il y a certains philosophes qui imaginent que nous avons à tout moment la conscience intime de ce que nous appelons notre moi ; que nous sentons son existence et sa continuité d'existence ; et que nous sommes certains, plus que par l'évidence d'une démonstration, de son identité et de sa simplicité parfaites.

Pour moi, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j'appelle moi-même, je tombe toujours sur une perception particulière ou sur une autre, de chaleur, de froid, de lumière ou d'ombre, d'amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne parviens jamais, à aucun moment, à me saisir moi-même sans une perception et je ne peux jamais rien observer d'autre que la perception. (…)

Si un homme, après une réflexion sérieuse et dénuée de préjugés, pense qu'il a une notion différente de lui-même, je dois avouer que je ne peux plus discuter avec lui. Tout ce que je peux lui concéder, c'est qu'il peut, tout autant que moi, avoir raison et que nous différons essentiellement sur ce point. II se peut qu'il perçoive quelque chose de simple et de continu qu'il appelle lui-même, encore que je sois certain qu'il n'y a pas un tel principe en moi.

David HUME - Traité de la nature humaine.

 

INTRODUCTION :

 

      David Hume, figure du XIIXé siècle anglais, aborde dans son Traité de la nature humaine, la question du moi. Mais qu’est-ce que le moi ? Le moi est-il un principe simple ? Est-on certain que le moi existe ? Est-il évident ? Est-il constant ? Peut-il être clairement défini ?

      Les philosophes se sont peut-être précipités en posant le moi comme réalité permanente, identique invariable et simple car si l’on se pose réellement la question sur nous-même, on aurait du mal à trouver cette conception du moi.

      Dans un premier paragraphe, Hume énonce ironiquement la conception du moi que font certains philosophes. Dans son second paragraphe, il démontre l’absurdité de cette thèse et énonce la sienne. Dans une troisième partie, il démontre que sa thèse est incontestable. Après cette analyse, il serait profitable de tirer des enseignements de ce texte au sujet du moi et de la méthode de Hume.

 

DEVELOPPEMENT

 

I/ ETUDE DU TEXTE

 

Hume remet entièrement en cause la conception d’un moi solide par une démarche inédite.

            Dans les cinq premières lignes, il critique Descartes et ses disciples pour leu définition du « Moi ». Et surtout, il juge lacunaire le procédé de Descartes pour nous faire croire que « nous avons à tout instants la conscience intime de ce que nous appelons le Moi ». En effet dans son cognito, rego sun, Descartes définit le moi comme « une évidence » pour tous, « au dessus de toute démonstration » : une idée qui résiste au doute, une réalité telle que la preuve de son existence en devient inutile ou superflue. De plus, il affirme que le moi est une réalité permanente, qui ne change pas au cours du temps. Selon Hum, la certitude de Descartes dans sa définition du moi va tellement loin qu’il ne doute pas de sa « simplicité ». Le moi serait une notion limpide pour tous. Or c’est justement cette vision que Hume critique car on a beau essayer de trouver une définition de notre moi personnel, il n’est pas simple de la trouver.

            Dans le second paragraphe, Hume démontre par une expérience que les philosophes partisans d’un moi fixe et évident se trompent. Pour démontrer l’absurdité de cette définition, Hume tente lui-même de trouver son propre moi car si celui-ce est si simple et si évident comme le dit Descartes, hume ne devrait pas avoir de mal à le trouver. Or Hume nous dit : «  quand je pénètre au plus intime de ce que j’appelle moi-même, c’est toujours pour tomber sur une perception particulière ou sur une autre ». Où est donc le moi évident, invariable, identique et simple que décrit Descartes ? Dans le Discoures de la méthode, Descartes écrie que le moi est « une substance » c'est-à-dire l'essentiel du contenu de quelque chose, « entièrement distincte du corps et même qu’elle est plus aisée à connaître que lui ». Or ici, Hume, respectant pourtant les conseils de Descartes, ne trouve pas cette substance qui le constitue mais une multitude de perceptions, c'est-à-dire des sensations internes comme le « chaud » et le « froid », la « lumière » et « l’obscurité » ou des sensations externes comme l’ « amour » et la « haine », la « peine » ou le « plaisir ». Ainsi, il ne découvre pas un moi fixe mais un moi changeant, fluctuant au cours du temps et fonction de ce que l’on vie : « Je ne puis jamais arriver à me saisir moi-même sans une perception, et jamais je ne puis observer autre chose que la perception ». Malgré tous ses efforts pour arriver à s’emparer de son moi et d’expliquer précisément sa constitution, Hume n’y parvint pas. Il trouve à la place un tas d’impressions qui vont et viennent, apparaissent instantanément mais ne dure jamais bien longtemps.

            Dans le troisième paragraphe, Hume met fin à la théorie du moi stable. Il élargit son expérience personnelle et ses conclusions à l’ensemble de l’humanité et protége ainsi sa démonstration des critiques. Il interpelle les destinataires de son texte et leurs dit : « si quelqu’un réfléchissant à cela sérieusement et sans préjugé, pense avoir une notion différente de lui-même, j’avoue qu’il m’est impossible de raisonner plus longtemps avec lui ». Il est vrai que toute personne n’ayant pas subis l’influence des réflexions de Descartes et s’interrogeant sur la définition d’un moi stable, permanent, identique et simple, aurait du mal à le trouver. Il est bien plus évident de se rendre compte de l’évolution de notre personnalité, des multiples changements qui se sont opérés en nous et qui font notre identité d’aujourd’hui. Mais celle-ci n’est pas stable, elle est amenée à changer de nouveau pour en former une nouvelle. Néanmoins, Hume accepte le fait que rien ne permet de dire que ce qu’il ressent est la même chose pour tous. Il nuance ses propos : « Tout ce que je puis lui accorder, c’est qu’il peut avoir raison aussi bien que moi, et que nous différons essentiellement en ce point-là. Peut-être perçoit-il quelque chose de simple et de continuellement existant qu’il appelle lui-même, quoique je suis certain qu’il n’y a pas en moi un tel principe. » Mais peut-être, est-ce là un moyen de réaffirmer sa certitude car il est hautement improbable que quelqu’un parvienne à se saisir de son moi et à l’exposer clairement.

            Hume prend ainsi totalement au dépourvu les philosophes amis et partisans de Descartes en les piégeant à leur propre jeu. Le Moi qu’ils qualifient de si évident et de si stable est pourtant impossible à trouver si l’on se plonge en soi-même. A la place, on découvre toutes sortes de sensations qui correspondraient plutôt à un moi variable et non durable.

 

II/  DISCUSSION DU TEXTE

 

Hume nous ouvre les yeux sur la notion de Moi vue par Descartes, et nous apprend une méthode pour tester les idées.

            La vision de Descartes est des plus rassurantes car elle implique que nous existons et que nous restons les même éternellement. Selon Descartes, nous sommes une substance, un moi permanent. En cela il soutient l’hypothèse de l’existence de l’âme et se rapproche de la doctrine chrétienne qui propage l’idée d’une sorte de vie après la mort, dans un endroit merveilleux, le paradis. Nous voudrions nous illusionner dans la continuité de notre existence. Un moi fixe permets d’apaiser notre désir de certitude d’exister en tant qu’être constant et éternel. Mais pour être vrai avec nous-même, il faudrait s’avouer que nous sommes aujourd’hui le fruit d’une évolution constante. En réalité, notre vécu déforme sans cesse notre identité. Nous tirons des enseignements de nos chagrins, de nos réussites, de nos expériences de tel sorte que nous modulons nos caractères pour en former d’autres. Le moi subit l’impact des accidents de la vie. C’est pourquoi Hume ne découvre que des sensations là où il devrait y avoir un moi solide. Le moi unique n’existe pas, il existe plutôt une quantité de moi qui se succèdent tout au long de la vie.

            Hume nous enseigne comment grâce à l’expérimentation personnelle appelée empirisme, il est facile de ce forger notre propre opinion sur une thèse au lieu de l’acquérir toute faire, sans autre forme de réflexion. Hume laisse de côté tout ce qu’il sait, tout ce qu’il a vécu et tout ce qui pourrait influencer d’une manière ou d’une autre son jugement sur la théorie philosophique à tester. Il imagine ce que penserait un jeune enfant, un esprit pur, et ce qu’il déduirait de l’hypothèse étudiée. On peut ainsi facilement se rendre compte des points faibles ou absurdes d’une théorie. La méthode de Hume est donc un outil précieux pour philosophes.

            Hume nous fait ouvrir les yeux sur le cognito de Descartes, peut être jugé trop rapidement comme la preuve de l’existence du moi. Et nous apprenons en même temps à nous vider l’esprit de toute influence culturelle ou sociale pour expérimenter les idées philosophiques comme le ferait un esprit pur.

 

CONCLUSION

 

Hume remet entièrement en cause l’existence du moi évident et constant. Il parvint à retourner les écrits de Descartes contre lui-même par une expérimentation simple qui consiste à se plonger en soi-même et à laisser les influences extérieures de côté pour recherche le moi, il démontre que nous sommes fait de perceptions instables. Cette véritable démonstration nous montre l’utilité de cette méthode. Hume affirme avec certitude que le moi, notion évidente, simple, permanente et invariable ne peut être que le fruit de l’imagination correspondant sûrement à l’assouvissement du désir humain d’existence.

Liens utiles