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de Rancé est toute semblable à celle-ci.

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de Rancé est toute semblable à celle-ci. Si nous songeons que tous deux se sont convertis, pour être passés brusquement de ce qu'il y a de plus charmant au monde à ce qu'il y a de plus horrible, nous trouverons là l'explication de ce fait surprenant, que la nation la plus mondaine, la plus gaie, la plus sensuelle, la plus légère de l'Europe, la France, a produit l'ordre monacal le plus sévère de tous, celui des trappistes. Restauré par de Rancé, il s'est maintenu jusqu'à nos jours, dans toute la pureté et dans toute la rigueur de sa règle, en dépit des révolutions, des réformes de l'Église et de l'incrédulité croissante. (Monde, I, 410-13.) 2. LE SUICIDE « LOIN D'ÊTRE LA NÉGATION DU VOULOIR-VIVRE EN EST UNE AFFIRMATION PASSIONNÉE )) Rien n'est plus différent de cette négation que la suppression effective de notre phénomène individuel, je veux dire le suicide. Bien loin d'être une négation de la Volonté, le suicide est une marque d'affirmation intense de la Volonté. Car la négation de la Volonté consiste non pas en ce qu'on a horreur des maux de la vie, mais en ce qu'on en déteste les jouissances. Celui qui se donne la mort voudrait vivre ; il n'est mécontent que des conditions dans lesquelles la vie lui est échue. Par suite, en détruisant son corps, ce n'est pas au vouloir-vivre, c'est simplement à la vie qu'il renonce. Il voudrait la vie, il voudrait que sa volonté existât et s'affirmât sans obstacle ; mais les conjonctures présentes ne le lui permettent point et il en ressent une grande douleur. Le vouloir-vivre lui-même se trouve, dans ce phénomène isolé, tellement entravé qu'il ne peut développer son effort. Il prend alors une résolution conforme à sa nature de chose en soi, nature qui demeure indépendante des différentes expressions du principe de raison, à laquelle, par suite, tout phénomène isolé est indifférent, puisqu'elle est elle-même indépendante de la naissance et de la mort, puisqu'elle est l'essence intime de la vie universelle. Il est une certitude solide et profonde qui fait qu'aucun de nous ne vit avec une peur constante de la mort ; nous sommes certains, en d'autres termes, que la Volonté ne manquera jamais de phénomènes ; c'est sur cette même certitude que s'appuie le suicide... Il en résulte que le suicide est un acte sriinPrNii %[;Ell 14 vain et insensé : on a eu beau détruire volontairement un phénomène particulier, la chose en soi n'en reste pas moins intacte. C'est précisément parce que celui qui se donne la mort ne peut cesser de vouloir qu'il cesse de vivre ; la volonté s'affirme dans le suicide par la suppression même de son phénomène, parce qu'elle ne peut plus s'affirmer autrement. Mais cette souffrance, à laquelle nous nous arrachons par le suicide, c'était justement la mortification de la volonté, c'était la voie qui aurait pu nous conduire à la négation de la volonté elle-même, c'est-à-dire à la délivrance. (Monde, I, 416-7.) D) LA NÉGATION DE LA VOLONTÉ, LE FATALISME, ET LE MONDE DE LA GRACE I. LA CONVERSION DU VOULOIR-VIVRE. COMPARAISON AVEC LE CHRISTIANISME ET LES LIVRES DE L'INDE La contradiction entre ce que nous avons affirmé, d'une part, au sujet de la détermination nécessaire de la volonté par les motifs en raison du caractère et, d'autre part, au sujet de la possibilité de supprimer complètement le vouloir, ce qui réduirait les motifs à l'impuissance, cette contradiction, dis-je, n'est que la traduction, en termes philosophiques, de la contradiction réelle qui se produit lorsque la volonté en soi, volonté libre, volonté qui ne connaît aucune nécessité, intervient directement dans son phénomène qui est soumis à la nécessité. Voici le moyen de résoudre cette contradiction : la disposition qui soustrait le caractère à la puissance des motifs, ne vient pas directement de la volonté, mais d'une transformation de la connaissance. Ainsi, tant que la connaissance se borne à être soumise au principe d'individuation, tant qu'elle obéit absolument au principe de raison, la puissance des motifs est irrésistible : mais, dès que le principe d'individuation a été percé à jour, dès qu'on a compris que c'est une volonté, la même partout, qui constitue les Idées et même l'essence de la chose en soi, dès que l'on a puisé dans cette connaissance un apaisement général du vouloir, les motifs particuliers deviennent impuissants ; car le mode de connaissance qui leur correspondait est aboli et remplacé par une connaissance toute différente. Le caractère ne peut jamais se modifier partiellement ; il doit, avec la rigueur d'une loi naturelle, exécuter en détail les ordres de la volonté dont il est le phénomène d'ensemble ; mais l'ensemble lui-même, c'est-à-dire le caractère, peut être complètement supprimé par la conversion de la volonté, opérée comme nous avons dit plus haut. Cette suppression du caractère excitait l'admiration d'Asmus ; il la désigne, dans un passage déjà cité, sous le nom de transformation universelle et transcendantale ; elle correspond à ce que l'on appelle excellemment dans l'Église chrétienne la régénération ; la connaissance dont elle procède correspond à la grâce efficace. — C'est précisément parce qu'il s'agit ici non d'un changement du caractère, mais d'une suppression totale, que l'on comprend pourquoi les caractères qui différaient le plus avant cette suppression présentent, après cette suppression, une grande similitude dans leur manière d'agir, tout en continuant, chacun suivant ses concepts et ses dogmes, à tenir un langage différent. Ainsi entendu, le vieux philosophème du libre arbitre, sans cesse combattu et sans cesse affirmé, n'est point sans fondement ; le dogme religieux de la grâce efficace et de la régénération n'est point non plus dépourvu de sens, ni de signification. Mais voilà que nous les voyons maintenant se confondre inopinément l'un avec l'autre ; et nous pouvons désormais comprendre dans quel sens l'illustre Malebranche pouvait dire : « La Liberté est un mystère. « Il avait bien raison. En effet, ce que les mystiques chrétiens appellent grâce efficace et régénération correspond à ce qui est pour nous l'unique manifestation immédiate du libre arbitre. Elle ne se produit pas avant que la volonté, parvenue à- la connaissance de la nature en soi, n'ait tiré de cette connaissance un calmant et ne se soit par là même soustraite à l'action des motifs, action qui ressortit à un autre mode de connaissance où les objets ne sont que des phénomènes. — Une liberté qui se manifeste ainsi est le plus grand privilège de l'homme ; elle manquera éternellement à l'animal ; car elle a pour condition une réflexion rationnelle, capable d'embrasser l'ensemble de l'existence, indépen-

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