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étonné qu'il n'ait pas écrit au début de « La

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étonné qu'il n'ait pas écrit au début de « La Vérité « : « la mesure de toutes choses, c'est le porc «, ou le singe, ou parmi les vivants doués de sensation, quelque animal encore plus inattendu, pour nous interpeller avec superbe et parfait mépris en nous montrant qu'alors que nous l'admirions à l'égal d'un dieu pour sa sagesse, il ne se trouve en fait pas plus sage qu'un autre homme, bien mieux : pas plus qu'un têtard de grenouille. Que dire d'autre, Théodore ? si ce que la sensation de chacun lui permet d'opiner est vrai, si l'impression que juge l'un, nul autre ne la peut juger mieux que lui-même, si nul autre n'est mieux qualifié que lui pour juger si cette opinion est vraie ou fausse ; si au contraire, comme nous l'avons dit à maintes reprises, chacun est seul juge de ses propres impressions et que celles-ci sont toujours correctes et vraies, où est donc cette sagesse de Protagoras qui l'habilite à donner aux autres des leçons fort coûteuses et d'où vient que nous sommes plus ignorants que lui et contraints de le fréquenter, s'il est vrai que chacun est pour son propre compte la mesure de sa sagesse ? Le moyen de nier que ce soit là propos démagogiques de la part de Protagoras ? Je préfère ne rien dire de moi et de mon art maïeutique, tant nous voilà taxés de ridicule tout autant, je pense, que la pratique dialectique en son entier ; car soumettre à mutuel examen et tenter de critiquer représentations et opinions, alors que sont justes celles de tout un chacun, ne saurait être que bavardage prolixe et vain murmure, si la Vérité de Protagoras est véridique et si ce n'est pas un oracle pour rire qui sort du sanctuaire de son livre... [SOCRATE-THÉÉTÈTE] — S. Dis-moi, Théétète, n'es-tu pas étonné de te voir ainsi tout soudain hissé à un niveau de sagesse que nul ne dépasse, qu'il soit homme ou dieu ? mais peut-être es-tu d'avis que la mesure de Protagoras vaut moins pour les dieux que pour les hommes ? — T. Pas du tout, et pour répondre à ta première question : oui, je suis tout à fait étonné. Quand nous développions tout à l'heure la formule : « ce qui semble à chacun, cela même est, pour celui à qui cela semble «, cela m'apparaissait fort bien dit ; mais voici que maintenant mon opinion s'est rapidement inversée. — S. C'est que tu es jeune, promptement séduit et persuadé par la déclamation rhétorique. Car voici ce que Protagoras ou son avocat répliquera : « C'est vous, jeunes et vieux qui, dans votre générosité, faites de la déclamation en petit comité, en convoquant les dieux, alors que moi j'écarte de mes discours et de mes écrits toute affirmation de leur existence ou de leur non-existence, et les propos qui trouveraient audience auprès de la foule, ce sont ceux-là que vous tenez : ce serait terrible s'il n'y avait aucune différence entre chacun des êtres humains et une quelconque tête de bétail ! Loin d'alléguer une quelconque démonstration et nécessité, c'est à la vraisemblance que vous recourez, pratique qui discréditerait Théodore ou un autre s'il prétendait s'y livrer en géométrie. Voyez donc plutôt, Théodore et toi, si en des matières de telle importance, vous jugez recevable raison spécieuse et vraisemblance ! « Théétète, 161b-163a 3. SAVOIR, EST-CE SEULEMENT POUVOIR ? [SOCRATE] « Allons, mon cher Socrate «, dira Protagoras, « montre-toi plus généreux : essaie, si tu peux, de t'en prendre à ce que je dis réellement ; prouve qu'elles ne sont pas individuelles les perceptions qui adviennent à chacun de nous, ou bien que, lors même qu'on accorde qu'elles adviennent individuellement, il n'en résulterait pas davantage que ce qui apparaît n'advienne qu'à celui-là seul à qui cela apparaît, ou, à supposer qu'il faille substituer le verbe : exister au verbe : advenir ; que ce qui apparaît n'existe que pour celui à qui cela apparaît. En parlant ici de pourceaux et de singes, ce n'est pas seulement toi qui raisonnes comme un pourceau, c'est aussi tes auditeurs que tu persuades de traiter en cette façon mes écrits, ce qui est de ta part un vilain procédé. Car, pour ma part, je prétends que la vérité, c'est que j'ai écrit sous ce titre : chacun de nous est mesure de ce qui est et de ce qui n'est pas et pourtant l'un n'en diffère pas moins du tout au tout de l'autre en ce fait même qu'une chose est ce qui apparaît à l'un et existe pour lui, autre chose ce qui apparaît à l'autre et existe pour lui. Tant s'en faut que je nie l'existence du savoir et du savant, mais j'appelle savant précisément celui qui est capable de transformer ce qui apparaît et qui est mauvais à l'un d'entre nous en quelque chose qui apparaît et qui est bon pour lui. Et au lieu de te remettre à traquer ma définition, écoute plutôt l'explication que j'en donne. Souviens-toi d'un des exemples précédemment cités : pour celui qui est malade, ce qu'il mange apparaît et est amer, alors qu'il apparaît et qu'il est tout le contraire pour celui qui est en bonne santé. Il n'est pas question de rendre aucun des deux plus savant, car c'est impossible ; non plus que de qualifier le malade d'ignorant parce qu'il en juge comme il le fait, et celui qui est en bonne santé de savant parce qu'il en juge autrement ; ce qu'il faut, c'est faire changer d'état, car il y en a un qui est meilleur que l'autre. De même dans l'éducation, il faut faire passer d'un état à un autre qui est meilleur, à ceci près que c'est par les discours que le sophiste effectue le changement que le médecin opère par les remèdes. Ce n'est pas qu'on parvienne à faire juger vrai quelqu'un qui précédemment jugeait faux (car il n'est possible ni de juger ce qui n'est pas ni de juger autre chose que ce qui est éprouvé et qui est toujours vrai) ; c'est, selon moi, qu'on parvient à faire qu'une âme, dont les jugements étaient conformes à son mauvais état, se mette à en

« lA CONCEPTION DU SAVOIR 195 - T. Pas du tout, et pour répondre à ta première question : oui, je suis tout à fait étonné. Quand nous développions tout à l'heure la formule : , cela m'apparaissait fort bien dit; mais voici que maintenant mon opinion s'est rapidement inversée. - S. C'est que tu es jeune, promptement séduit et persuadé par la déclamation rhétorique. Car voici ce que Protagoras ou son avocat répliquera : »

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