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La Curée, ZOLA Roman naturaliste : se réclame de la science (lier littérature et science).

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La Curée, ZOLA Roman naturaliste : se réclame de la science (lier littérature et science). Pour Zola, le roman est sorte d’expérience. Il s’agit de savoir comment se comportera tel tempérament dans un milieu donné. « Le romancier est fait d’un observateur et d’un expérimentateur » (Zola). Rompre avec l’idéal. Il s’agit d’une histoire qui s’inscrit dans une époque… Le second Empire (première référence dans la bouche de Maxime « Tu es une des colonnes du Second Empire »). Le récit se déroule sous le règne de Napoléon III durant les travaux du baron Haussmann. C’est donc une nouveau Paris qui se met en place et que dans le souci de s’inscrire dans la réalité, Zola décrit abondamment. Dès le début, description du Bois et de son entrée à l’arc de Triomphe, de nombreux détails comme des noms de rue « La calèche prit l’avenue de la Reine-Hortense ». Mais aussi dans la bouche de Saccard quand il dépeint les travaux à sa femme Angèle : « Du boulevard du temple à la barrière du Trône, une entaille ». Description de Paris depuis la chambre d’enfant de Renée : « et la grande joie de la chambre des enfants était encore le vaste horizon » ; description précise avec du vocabulaire technique « madriers, contreforts » mais avec un certain style, il ne s’agit pas d’un simple inventaire, il y a le recours à des comparaisons : « leur rangée de maisons qui, de haut, ressemblaient aux petites maisons de bois et de carton que les gamines avaient dans des boîtes ». Importance du visuel : « verdissaient, bleuissait », « la marbrure d’une file de tonneaux ». Il y a aussi une évocation et une description des travaux : « Paris s’abîmait alors dans un nuage de plâtre » ; « on taillait la cité à coups de sabre ». Description lors de l’évaluation d’un quartier par Saccard et dernière description à la fin avec Renée (vue depuis la chambre d’enfant). Zola fait aussi référence à la vie politique en y intégrant ses personnages : le frère d’Aristide est ministre, d’autres personnages sont députés. On croise deux fois l’empereur : lors d’un bal et à la sortie d’une expertise par Saccard. « Alors dans ce vide, l’empereur parut » ; « Renée trouva l’empereur vieilli » (tout à la fin, quand Renée retourne à l’hôtel Béraud) …Et dans un milieu. Zola décrit surtout la bourgeoisie, que ce soient des nouveaux riches (Saccard) ou des bourgeois traditionnels (Renée).C’est une description minutieuse des activités (sortie au Bois, bal, liaisons) qui est faite mais aussi des costumes, de l’habitat, des relations professionnelles, des escroqueries. Il s’agit d’une société muée par le désir et l’argent et qui influe les personnages (Quand Saccard découvre Renée et Maxime ensemble et après qu’ils soient partis tous deux « tranquillement, amicalement », à sa déchéance Renée se demande : « Qui donc l’avait mise nue ? » +: « Ses cheveux jaunes, relevés sur les tempes et sur la nuque, lui parurent une nudité, une obscénité. La ride de son front se creusait si profondément qu’elle mettait une barre sombre au dessus de ses yeux, la meurtrissure mince et bleuâtre d’un coup de fouet. Qui donc l’avait marquée ainsi ? Son mari n’avait pas levé la main, pourtant. » ) = la vie est une blessure, une société de luxe, de commérages, des apparences. Il n’y a qu’à voir le bal chez Renée, avec la description de sa tenue (« sur une première jupe de tulle, garnie, derrière, d’un flot de volants, elle portait une tunique de satin vert tendre »), des relations mondaines (« tous les convives vinrent saluer la belle Mme Saccard », des commérages sur les bijoux de Laure d’Aurigny, des échanges d’anecdotes (« Papa, n’est-ce pas que la petite Sylvia vendait des cigarettes à Marseille en 1849 ? »). Luxe des appartements : « l’appartement particulier de Renée était un nid de soie et de dentelle, une merveille de luxe coquet » Etoffes, bouquets de fleurs, marbre blanc, incrustation de lapis et de mosaïques précieuses, « flot de draperies », « une neige de dentelles », des meubles, des coussins, des poufs, des tapis, deux peaux d’ours, etc. « L’Empire allait faire de Paris le mauvais lieu de l’Europe ». Le mythe héréditaire du naturalisme + le milieu pour expliquer le destin des hommes. ? Exprimer les souffrances d’une situation. Les fatalités héréditaires apportent la rétribution d’un péché originel de la nouvelle société, la fameuse ruée vers les jouissances avec un enchaînement : excitation, surmenage, fatigue, dégénérescence, impuissance, disparition. C’est la transcription biologique de la décadence fatale des empires. Maxime relève d’une mythologie de la dégénérescence conforme en tout points au modèle tracé par Saccard : « c’était, maintenant, un jeune homme mince et jolie, qui avait gardé les joues roses et les yeux bleus de l’enfant. Ses cheveux bouclés achevaient de lui donner cet « air fille » qui enchantait les dames. Il ressemblait à la pauvre Angèle, avait sa douceur de regard, sa pâleur blonde. Mais il ne valait pas même cette femme indolente et nulle. La race des Rougon s’affinait en lui, devenait délicate et vicieuse. Né d’une mère trop jeune, apportant un singulier mélange, heurté et comme disséminé, des appétits furieux de son père et des abandons, des mollesses de sa mère, il était un produit défectueux, où les défauts des parents se complétaient et s’empiraient. Cette famille virait trop vite ; elle se mourrait déjà dans cette créature frêle, chez laquelle le sexe avait dû hésiter, et qui n’était pas une volonté âpre au gain et à la jouissance, comme Saccard, mais une lâcheté mangeant les fortunes faites ; hermaphrodite étrange venu à son heure dans une société qui pourrissait ». = pourrissements d’une race qui permet une leçon morale et de grandes ressources dramatiques. Mise en scène d’une nulle danse macabre, l’éternel retour des ancêtres. Autre exemple : Louise dont la mère « était morte dans les débordements les plus honteux ». « Portée dans ces flancs malades, Louise en était sortie le sang pauvre, les membres déviés, le cerveau attaqué, la mémoire déjà pleine d’une vie sale ». ? Ces hérédités sont influencées par le milieu, ainsi Maxime pénétrant dans une vie de luxe et bénéficiant de l’éducation de ces femmes, développera tous ses vices. Le thème du vice La Curée, c’est le roman de la spéculation qui permet de s’enrichir « en l’autorisant à égorger les gens, mais légalement, sans les faire crier ». Ce spéculateur, c’est Aristide Saccard, « petit, la mine chafouine », amoureux de l’or et de la chair. C’est donc un prédateur, il traque ses proies qu’il dépouille ensuite (Exemple de Renée : mariage arrangé, qui rentrait dans les calculs de Saccard et quand il découvre Maxime et Renée, il prend l’acte de cession de Renée). On retrouve une métaphore filée de la chasse tout au long du roman et qui permet d’insister sur la débauche de l’Empire. « Son instinct de bête affamée saisissait merveilleusement au passage les moindres indices de la curée chaude dont la ville allait être le théâtre ». « C’était l’heure où la curée ardente emplit un coin de forêt de l’aboiement des chiens, du claquement des fouets, du flamboiement des torches ». Paris = la bête fouettée, mise en pièce par la meute. Son fils Maxime hérite lui aussi de ses vices : « le vice en lui parut même avant l’éveil des désirs ». Cette tendance du vice est renforcée par l’éducation que lui a prodigué Renée (il est le « joujou des femmes »). Il collectionne alors les amantes et épouse Louise par intérêt. L’histoire de la liaison entre Renée et Maxime prouve que La Curée est une histoire de vice. Dernières phrases : « L’hiver suivant, lorsque Renée mourut d’une méningite aiguë, ce fut son père qui paya ses dettes. La note de Worms se montait à deux cent cinquante-sept mille francs ». = on entre dans la société et on en disparaît en silence, personne ne se rend vraiment compte de la mort des uns et des autres, pas d’attachements, fausseté de ce monde. Roman = représentation du chaos. Dans le roman de Zola on retrouve le mythe d’Hésiode, celui de la jarre : tous attendent leur Pandore. N’était-il pas prévu que ce roman des fondations qui devait être La Curée, et de toutes les fondations (fondation d’un empire politique, …) serait un roman des démolitions ? Saccard sur la butte se fait architecte, et son Paris, il le rêve tout de suite en miettes. Les architectures zoliennes sont des ruines anticipées. Pour le souverain lui-même, l’empereur de cet empire, il va « d’un pas pénible et vacillant », « alangui ». Saccard = prédateur : c’est au chevet d’une agonisante (la pauvre Angèle, tombée malade) que la fortune consent enfin à lui sourire. Il aura donc fallu, pour que Saccard s’élève, que tombe sa première femme… Que tombe encore sa deuxième femme. Toujours la femme succombe : parce que Renée est une personne de sexe, et que le fait du sexe, sa seule existence, signifie la faute elle-même (même à la fin, après la découverte de l’inceste : maxime directement pardonné, comme si de rien n’était). Il fallait à l’élan de Saccard cette chut redoublée : condition du succès, son rythme (Saccard vole de chute en chute), sa cadence nécessaire. La Vie, dans l’esprit de Zola, désigne une force aveugle. Elle va son chemin, et sur son chemin, elle bouscule tout, ignore tout des distinctions qu’opèrent nos sciences. La Vie confond les sexes, met en chaque sexe un peu de sexe opposé. Confond les classes d’âge, quand on voit par exemple les mères faire les petites filles en chantant Giroflée Girofla ; quand on voit que Louise, cette jeune fille, a un science et des hontes de femme faites… + les belles essayeuses qui s’abattent « comme un vol blanc de lesbiennes » sur les divans d’un couturier célèbre. Le milieu social est la substance, la matière dont le personnage est formé. Renée, de robe en robe, ne laisse pas de dépouiller sa chrysalide. « Il (Saccard) lui semblait qu’une mer de pièces de vingt francs s’élargissait autour de lui » = ce qu’on appelle nager dans l’abondance. Mais ne se noie pas contrairement à d’autres. Renée = Phèdre du XIXème siècle. Mais la nouvelle Phèdre ne trouve personne qui lui donne la réplique : le fils n’est pas à la hauteur de son rôle, le père se dérobe. Pas de châtiment, pas de faute, pas d’interdit. Au bout du compte : rien. Le travail de l’écrivain : la phrase de Zola est une phrase cumulative (exemple de la scène de la serre). Les personnages, les choses sont littéralement noyées.

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