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la religion est elle une consolation pour les faibles?

Publié le 02/03/2011

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religion

Avec le temps, le langage et la conscience ont permis à l’homme d’imaginer autre chose que le monde réel. De cette abstraction naît la volonté des hommes d’établir un autre monde, une idylle de plaisir, de certitudes et de paix. Car il faut évoquer la douleur de la vie. Selon Freud, l’homme ne peut pas jouir constamment de l’état du bonheur, car les souffrances viennent à la fois de notre propre corps, de la nature, mais aussi et surtout des relations avec autrui. Il est intéressant alors de constater que la religion offre les valeurs d’un monde idyllique, ainsi que la certitude d’une finalité de la vie. Cet ensemble de croyances, de dogmes et de pratiques établissant les rapports entre l’homme et le divin peut être conçu comme un réconfort apporté aux souffrances de la vie. Cependant, la foi n’est-elle que l’expression de la faiblesse humaine ? La religion n’est pourtant pas qu’une consolation pour les faibles car elle établit une morale, et donc une société plus culturelle. De plus l’ascèse religieuse est une marque de courage, et peut d’une certaine manière renforcer l’individu. La foi est-elle faiblesse ou force ?

 

 

La religion apporte un certain réconfort à la cruauté de la vie qui ne serait que souffrances. D’ailleurs, Romain Rolland pense que l’origine de la religion vient du « sentiment océanique », cette impression de ne faire qu’un avec le monde comme dans l’état infantile. De plus, le mot religion, du latin religio, pourrait venir du latin religare signifiant relier. Ce serait ainsi une tentative d’apaisement. Mais Freud conteste cette idée, car pour lui l’origine de la religion est la peur, la dépendance de l’enfant et son besoin de protection paternelle car l’homme à peur de destin et de la mort. Dans l’Avenir d’une illusion,  Freud nous explique que la religion ne serait qu’un moyen de supporter la vie. Elle rassure car elle donne une explication claire du monde et de la vie, elle représente une attention paternelle, la promesse d’une finalité de la vie et d’une compensation dans l’au-delà : elle donne du sens à la réalité dans laquelle l’homme vit. Sinon une vie sans but nous serait insupportable. L’illusion religieuse pourrait ainsi cristalliser les peurs humaines, d’ailleurs selon Nietzsche « toute religion est née de la peur et du besoin, c’est par les voies de la raison égarée qu’elle s’est insinuée dans l’existence ». Nous pouvons donc penser que c’est sur la faiblesse de la raison que se fonde la nécessité de la foi, car des vérités rationnelles ne seraient pas une attitude religieuse. En outre, elle répond au besoin de vivre ensemble car une croyance collective est confortée par le fait même qu’elle est collective, car même si c’est un préjugé ou une illusion, on tiendra pour absolument vrai ce qui est cru par tout le groupe. La religion serait donc une faiblesse car les croyants dévaluent la vie terrestre au profit d’un au-delà imaginaire idéal.

La religion serait, d’autre part, une illusion du bonheur. Au XVIIIème siècle, les philosophes des Lumières, qui prônent entre autres un athéisme philosophique et une explication matérialiste du monde, perçoivent les dogmes de la religion comme d’absurdes superstitions. Voltaire considère ainsi le prêtre tel un inventeur lorsqu’il nous fait part de son hypothèse : « Qui fut l’inventeur de la religion ? Ce fut le premier fripon qui rencontra un imbécile. ». La religion est ainsi suspectée d’être une tromperie servant à des fonctions sociales ou politiques. D’ailleurs les autorités religieuses voient dans les sciences une concurrence et une menace. La religion nous est donc présentée comme pour les faibles, dans le sens qu’elle trompe ceux qui n’ont pas assez de culture et de discernement pour que d’autres, plus instruits et malins, puissent prendre le pouvoir à leur insu. D’ailleurs, Marx se situe dans la même lignée lorsqu’un siècle plus tard il parle de la religion comme « l’opium du peuple ». Pour lui, cette aliénation religieuse viendrait des frustrations sociales de l’homme qui ne trouve pas le bonheur durant toute sa vie terrestre alors qu’il a tant fourni d’effort et souffert face aux épreuves de la vie. La foi apporte ainsi un réconfort car certaines religions promettent une vie d’autant plus heureuse au paradis qu’elle n’a été pauvre sur terre. Ainsi, il est pensable que ce soit « l’homme qui [fasse] la religion, et non la religion qui [fasse] l’homme » selon Marx, car elle est constituée d’une telle façon qu’elle reflète les idées des hommes. Nous pouvons même voir la religion comme une névrose, et interpréter la névrose comme une religion individuelle, car les symptômes du névrosé sont symboliques et répétitifs comme les rites du croyant. La religion n’est-elle donc qu’un réconfort ?

 

Nous pouvons avancer l’hypothèse que la religion est essentielle tout en étant une force pour tous, et serait au contraire pour les plus vivaces car elle demande une certaine force d’esprits. Car il est pensable que les athées soient ceux qui ne croient plus car ils n’en ont plus la force. La religion demanderait donc une force supérieure et ne serait ainsi pas une consolation pour les faibles, puisqu’ils n’auraient pas la capacité de croire. Les plus forts seraient donc ceux ayant le courage de faire en quelque sorte le pari de la foi. Même si la croyance est fausse, il sera toujours plus courageux de prendre cette option que de n’en point prendre. Le saut de la foi est bien dans ce sens une marque de force d’âme.

De plus, l’ascèse religieuse n’est pas qu’une faiblesse, car selon le proverbe chinois, c’est bien la foi qui soulève les montagnes. Nous entendons par là que la foi renforce, l’homme de foi pourrait voir bien au-delà des choses mêmes que l’athée ignore : il est plus fort face aux difficultés de l’existence. Par exemple, la religion bouddhiste prône la non-violence, mais ce n’est pas pour autant dénoncer une faiblesse car les bouddhistes tirent cette force de leur foi. Nous pouvons aussi penser que l’expérience religieuse à une valeur spirituelle : certains immigrés se sentant perdus dans leur pays d’accueil se réfugient dans la foi, celle de leurs origines, justement pour retrouver leur force.

Enfin, la religion donne une morale, nous pouvons ainsi appuyer notre raisonnement sur la pensée de François Mauriac : « La crainte est le commencement de la sagesse » Les autorités religieuses donnent des valeurs et gouvernent parfois la vie politique et sociale : la religion serait donc un pilier de la culture. Car dans le but d’une société culturelle, les lois ne suffisent pas à rendre l’homme raisonnable. L’homme a besoin d’une autorité supérieur pour lui faire peur et en même temps le protéger, qui se réalise en la personne du Dieu omniscient. La religion impose donc des interdits, construit une morale et un système de lois pour un groupe culturel. L’athée serait donc nuisible à la société car s’il n’est pas raisonnable, rien ne l’empêche d’exercer ses pulsions, d’agressivité ou sexuelles par exemple, et ainsi nuire à la société. En outre, sans religion l’homme qui ne saurait pas donner un sens à sa vie pourrait perdre espoir. En outre, elle répond au besoin de vivre ensemble. La religion est ainsi positive en ce qu’elle est une perpétuelle remise en question de l’individu dans le but d’une société idéale.

 

Ainsi, la religion peut être considérée comme une consolation pour les faibles dans le sens qu’elle apporte à ceux qui n’auraient pas la force d’endurer les difficultés de la vie et de lui trouver un sens, la promesse d’un au-delà idéal et la certitude d’une finalité de la vie. De plus, nous pouvons nous demander si sa création n’est pas le résultat de cette recherche de réconfort, que certains plus malins auraient matérialisée pour soumettre le groupe à une autorité inconditionnelle. Cependant il est vrai que la foi renforce l’homme et demande elle-même une force d’esprit, et que la religion représente les fondements moraux d’une culture idéale sous l’influence d’une autorité omnisciente. Dans ce sens, elle n’est surtout pas destinée aux faibles et indispensable à toute société culturelle.

Nous pouvons finalement faire l’hypothèse que c’est la certitude qui est une consolation, et non particulièrement la foi. Une foi trop certaine serait ainsi une faiblesse aussi bien qu’un athéisme trop certain ! Et tout l’enjeu de savoir si la religion est une force ou une faiblesse réside entre ces deux extrêmes pouvant être perçus comme deux facilités : le dogmatisme, étant la prétention de détenir une vérité absolue et exclusive ; et le scepticisme prônant le fait qu’aucune idée ne vaut.

Une foi raisonnable serait donc une foi sans certitudes. L’expérience religieuse ne serait alors pas une croyance naïve : mêlant foi et raison, salut de l’âme et recherche de la vérité. Nous suivrons ainsi la pensée de Miguel de Unamuno, pour qui « une foi qui ne doute pas est une foi morte », l’incertitude et les tourments moraux du doute devraient constituer un aspect essentiel de la foi sincère et raisonnée.  

 

 

 

La faiblesse du croyant ne saurait donc établir à elle seule la raison de la foi, car sans religion nous pouvons douter de la stabilité d’une société culturelle. Pour certains la foi renforce au même titre qu’elle est capable de soumettre d’autres. Tout l’enjeu de la religion serait de ne lui attribuer aucune certitude, à chacun donc d’établir la foi qui lui convient.

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