Devoir de Philosophie

Les échanges sont-ils pacificateurs ?

Publié le 11/09/2006

Extrait du document


Introduction Lors de la campagne du référendum en faveur de la constitution européenne, ont été avancés des arguments économiques et politiques. Les échanges et les traités commerciaux ont permis une entente entre les peuples, de telle sorte qu'aucune guerre n'a eu lieu depuis. Pourtant le « non « l'a emporté. Cela traduit-il un refus de l'échange, ou seulement une méfiance vis-à-vis de ses apports supposés ? Par définition, et même dans les faits, il semble y avoir confluence entre les paramètres de l'échange et les conditions de la paix. Mais des relations multiples peuvent aussi favoriser la compétition, voire la volonté de dominer, et certains contrats sont entachés d'irrégularités. Nous verrons dans un premier temps les apports de l'échange pour la paix, pour ensuite en constater les limites, afin de déterminer sous quelles conditions l'échange peut ne favoriser que la paix, si toutefois cela est possible.
I. Les conditions de la paix
1. Les vertus du commerce
Les échanges supposent un accord et un intérêt réciproques entre les participants. Le meilleur exemple est celui de l'échange des biens, par le troc ou la monnaie. Chacun cède à l'autre ce qu'il a en trop, en lieu et place de ce dont il a besoin. L'égoïsme de chacun est pris en compte, comme le remarque Adam Smith : dans l'échange commercial, chacun a intérêt à faire un bon produit, car il en retirera plus de profit s'il se vend bien. Il y a même « une main invisible « qui régule tous ces échanges d'intérêts particuliers pour contribuer au bien-être de l'ensemble et de l'opulence de la société. La guerre est évidemment l'inverse de cela : il y a spoliation et pillage des biens. On prend à l'autre ce dont il a besoin, quitte à posséder trop soi-même. Les croisades au Moyen Âge en sont un exemple : Venise est devenue richissime grâce au sac de Constantinople.
Dans une perspective historique, on doit voir d'un oeil favorable, comme le fait Montesquieu, le développement des relations commerciales entre les pays, car cela confère une dynamique de paix à l'ensemble.
2. Échange et société Les échanges sont constitutifs de la société, par le troc et la division du travail. C'est ainsi que Platon, dans La République, analyse l'origine et l'organisation de la Cité. Les échanges entre les êtres également : les anthropologues comme Lévi-Strauss constatent que toute société et toute culture humaine en général se fondent sur la prohibition de l'inceste. En refusant une union avec sa propre soeur, un homme montre qu'il la laisse disponible pour d'autres. Et inversement : la soeur de l'autre devient disponible pour lui. On peut alors dire qu'une société repose sur le principe de l'échange des femmes. Or la paix suppose qu'un véritable état social soit institué. Et la guerre est la négation même de la société, puisqu'il y a refus de vivre sous des règles communes. L'état de guerre originel est selon Hobbes, l'état de nature, dans lequel aucun échange n'est justement possible.
 
3. Les échanges d'idées On échange aussi des idées, des messages. Un dialogue par exemple suppose l'égale participation de chacun des interlocuteurs et la prise en compte de leur opinion. Celle-ci est écoutée et respectée. Il ne s'agit pas, comme le déplore Socrate dans le Gorgias, de vouloir prendre l'ascendant sur quelqu'un en lui imposant un discours et son opinion propre. Un vrai dialogue a pour but la vérité et repose sur le respect mutuel. Il ne s'agit pas de persuader, mais de s'enrichir mutuellement de connaissances. Spinoza remarque ainsi, dans le chapitre XX du Traité théologico-politique, que la diffusion libre des opinions favorise la démocratie, car il y a amélioration des lois du fait de l'esprit critique des citoyens. Cependant on échange aussi des insultes, et certaines opinions sont délibérément polémiques, non propices à la paix. Elles appellent même à des comportements belliqueux.
II. Les limites de l'échange
1. Le conflit des consciences Le désir de s'imposer à autrui, et non de le respecter en tant que tel, est toujours présent et trouve un moyen privilégié de se développer dans l'échange des points de vue. Hobbes, dans le chapitre 1 du Citoyen, le constate surtout pour des gens cultivés, dont l'orgueil est exacerbé par les prétentions à tout savoir et à enseigner aux autres. Cela va même plus loin, car on peut penser que tout le plaisir de la vie sociale vient de la comparaison, que chacun estime à son avantage, avec les autres, et que le plaisir ou désir de gloire, d'estime de soi est ainsi satisfait. Mais cela n'est évidemment pas propice à la paix, car il y a alors compétition permanente. Dans une autre perspective, Sartre analyse l'échange de regard de cette façon. Si Fon est surpris par un regard extérieur, on se voit soumis au jugement d'un tiers auquel on ne peut s'empêcher de s'identifier. Et c'est bien ce qui donne l'impression de perdre son être et sa liberté. On est dominé par la conscience de l'autre.
2. Le conflit des intérêts Echange commercial, ou celui de la division du travail, n'est pas toujours propice à la paix, s'il repose lui aussi sur une volonté d'imposition. Or c'est souvent le cas. L'analyse de la plus-value faite par Marx dans Le Capital montre qu'il n'y a pas d'échange équitable, mais exploitation. Le prolétaire vend l'usage de sa force de travail en échange d'un salaire qui n'est pas du tout à la hauteur de la valeur produite. De façon plus générale, pour réduire les coûts de production, une main-d'oeuvre ou des matières premières bon marché sont nécessaires. Ce qui peut favoriser l'exploitation coloniale, voire le recours à l'esclavage. Cela favorise du moins l'inégalité entre riches et pauvres, même si au total, plus de richesses sont produites. Il n'y a alors ni intérêt, ni respect réciproques. Et la situation n'est pas propice à la paix. Raison pour laquelle Engels voit dans la violence une conséquence nécessaire de ces inégalités sociales.
3. La violence politique C'est aussi un contrat de dupes sur lequel peut reposer la société tout entière, comme l'analyse Rousseau, dans le Contrat social. Il y a échange au sens de changement de statut. Ceux qui sont provisoirement les plus forts proposent à tous un contrat par lequel leur situation particulière devient acquise de droit. « Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit, et l'obéissance en devoir. « On change une position de force en institution de droit, ce qui permet de faire durer l'inégalité, alors qu'elle n'est pas naturelle, et ce qui amène à ne plus la considérer comme injuste, alors qu'elle constitue une usurpation illégitime. D'une certaine façon, cela produit la paix, mais au prix de la liberté et de la justice. Or l'échange doit respecter ces deux conditions.
Le problème ne vient pas de l'échange lui-même, mais du fait que l'on fait passer pour de l'échange, ce qui n'en est pas réellement. Quelles sont donc les conditions à respecter?
III. L'ambiguïté de l'échange
1. Insociable sociabilité La difficulté vient de l'ambiguïté des paramètres de l'échange. Il y a en effet relation et entente réciproques, sous forme de troc ou de contrat par exemple, mais il y a en même temps prise en compte des intérêts particuliers. De plus, il n'y a pas seulement permutation des objets échangés, il y a aussi changement des sujets qui ont fait l'échange. Kant analyse cela dans la quatrième proposition de l'Idée d'une histoire universelle: les hommes ont un penchant à s'associer et à échanger car ils voient qu'ils développent ainsi leurs facultés ou leurs possessions. Mais ils alimentent ainsi leur penchant à dominer, car ils deviennent de plus en plus fiers d'eux-mêmes. Et inversement : c'est par désir de dominer les autres qu'ils s'associent avec eux. Cette mécanique entraînante n'est pas que propice à la paix, même si elle peut y amener par intérêt bien compris.
2. Échange et argent En considérant l'objet d'échange par excellence, l'argent, Marx lui trouve par exemple le pouvoir d'exacerber l'égoïsme, voire la mégalomanie. Par l'argent en effet toutes les transformations sont possibles. Grâce à lui les désirs et possessions imaginées peuvent devenir réels, les défauts devenir qualités, puisque tout peut s'acheter, y compris la réputation. Il peut aussi transformer l'amour en haine, la fidélité en trahison, etc. Il équivaut donc à une puissance divine : « L'argent confond et échange toutes choses : c'est [...] la permutation de toutes les propriétés naturelles et humaines « (Manuscrits de 1844). Dans ce cas, l'échange n'est pas propice à la paix, mais à la domination. Et à un point tel que l'on peut dénaturer toutes les valeurs humaines essentielles.
3. Échange et morale Mais il y a aussi d'autres types positifs de transformations, du fait des échanges sociaux. Dans l'Enquête sur les principes de la morale, Hume constate que la sympathie naturelle envers ses proches, que la nature a donnée à chacun, est modifiée par une vie sociale. En effet cette sympathie naturelle acquiert artificiellement plus de force par rapport à l'amour-propre, et s'étend surtout au fait social en lui-même, du fait que les échanges nous amènent à fondre notre intérêt dans celui de la collectivité. Mais pour cela, les relations entre les hommes doivent se développer. C'est aussi l'analyse que fait Rousseau quand il estime que le fait de participer à la volonté générale, issue d'un échange véritable, transforme l'instinct intéressé humain en dimension morale.
Conclusion
Les échanges favorisent la paix, non pas en eux-mêmes, ni selon la nature des objets échangés, mais en fonction des transformations qu'ils amènent chez ceux qui échangent. Et pour cela des conditions sont requises afin de ne pas exacerber les égoïsmes dé chacun. Ce qui suppose que l'échange politique doit être privilégié à l'économique. Mais cela est-il possible aujourd'hui?

« extérieur, on se voit soumis au jugement d'un tiers auquel on ne peut s'empêcher de s'identifier.

Et c'est bien ce quidonne l'impression de perdre son être et sa liberté.

On est dominé par la conscience de l'autre. 2.

Le conflit des intérêtsEchange commercial, ou celui de la division du travail, n'est pas toujours propice à la paix, s'il repose lui aussi surune volonté d'imposition.

Or c'est souvent le cas.L'analyse de la plus-value faite par Marx dans Le Capital montre qu'il n'y a pas d'échange équitable, maisexploitation.

Le prolétaire vend l'usage de sa force de travail en échange d'un salaire qui n'est pas du tout à lahauteur de la valeur produite.De façon plus générale, pour réduire les coûts de production, une main-d'oeuvre ou des matières premières bonmarché sont nécessaires.

Ce qui peut favoriser l'exploitation coloniale, voire le recours à l'esclavage.

Cela favorisedu moins l'inégalité entre riches et pauvres, même si au total, plus de richesses sont produites.Il n'y a alors ni intérêt, ni respect réciproques.

Et la situation n'est pas propice à la paix.

Raison pour laquelle Engelsvoit dans la violence une conséquence nécessaire de ces inégalités sociales. 3.

La violence politiqueC'est aussi un contrat de dupes sur lequel peut reposer la société tout entière, comme l'analyse Rousseau, dans leContrat social.Il y a échange au sens de changement de statut.

Ceux qui sont provisoirement les plus forts proposent à tous uncontrat par lequel leur situation particulière devient acquise de droit.

« Le plus fort n'est jamais assez fort pour êtretoujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit, et l'obéissance en devoir.

»On change une position de force en institution de droit, ce qui permet de faire durer l'inégalité, alors qu'elle n'estpas naturelle, et ce qui amène à ne plus la considérer comme injuste, alors qu'elle constitue une usurpationillégitime.

D'une certaine façon, cela produit la paix, mais au prix de la liberté et de la justice.

Or l'échange doitrespecter ces deux conditions. Le problème ne vient pas de l'échange lui-même, mais du fait que l'on fait passer pour de l'échange, ce qui n'en estpas réellement.

Quelles sont donc les conditions à respecter? III.

L'ambiguïté de l'échange 1.

Insociable sociabilitéLa difficulté vient de l'ambiguïté des paramètres de l'échange.

Il y a en effet relation et entente réciproques, sousforme de troc ou de contrat par exemple, mais il y a en même temps prise en compte des intérêts particuliers.De plus, il n'y a pas seulement permutation des objets échangés, il y a aussi changement des sujets qui ont faitl'échange.

Kant analyse cela dans la quatrième proposition de l'Idée d'une histoire universelle: les hommes ont unpenchant à s'associer et à échanger car ils voient qu'ils développent ainsi leurs facultés ou leurs possessions.

Maisils alimentent ainsi leur penchant à dominer, car ils deviennent de plus en plus fiers d'eux-mêmes.

Et inversement :c'est par désir de dominer les autres qu'ils s'associent avec eux.Cette mécanique entraînante n'est pas que propice à la paix, même si elle peut y amener par intérêt bien compris. 2.

Échange et argentEn considérant l'objet d'échange par excellence, l'argent, Marx lui trouve par exemple le pouvoir d'exacerberl'égoïsme, voire la mégalomanie.

Par l'argent en effet toutes les transformations sont possibles.Grâce à lui les désirs et possessions imaginées peuvent devenir réels, les défauts devenir qualités, puisque tout peuts'acheter, y compris la réputation.

Il peut aussi transformer l'amour en haine, la fidélité en trahison, etc.Il équivaut donc à une puissance divine : « L'argent confond et échange toutes choses : c'est [...] la permutationde toutes les propriétés naturelles et humaines » (Manuscrits de 1844).Dans ce cas, l'échange n'est pas propice à la paix, mais à la domination.

Et à un point tel que l'on peut dénaturertoutes les valeurs humaines essentielles. 3.

Échange et moraleMais il y a aussi d'autres types positifs de transformations, du fait des échanges sociaux.Dans l'Enquête sur les principes de la morale, Hume constate que la sympathie naturelle envers ses proches, que lanature a donnée à chacun, est modifiée par une vie sociale.En effet cette sympathie naturelle acquiert artificiellement plus de force par rapport à l'amour-propre, et s'étendsurtout au fait social en lui-même, du fait que les échanges nous amènent à fondre notre intérêt dans celui de lacollectivité.

Mais pour cela, les relations entre les hommes doivent se développer.C'est aussi l'analyse que fait Rousseau quand il estime que le fait de participer à la volonté générale, issue d'unéchange véritable, transforme l'instinct intéressé humain en dimension morale. Conclusion. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles