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Madame Bovary

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Introduction : Madame Bovary est un roman de Gustave Flaubert paru en 1857, dont le titre originel est Madame Bovary, M?urs de province. L'extrait que nous allons étudier se situe après l'entrée de Rodolphe Boulanger de la Huchette dans le roman et dans la vie d'Emma. Ils sont désormais amants, et cette relation va apporter à l'héroïne éponyme un bonheur jusqu'à présent ignoré. Dès lors, nous pouvons nous demander comment l'ironie flaubertienne met à mal les topoï de la littérature romantique à travers l'émoi d'Emma. Nous verrons, dans un premier temps, comment cette relation passionnelle a transfiguré l'héroïne. Dans un deuxième temps, nous analyserons la mise en place du concept de bovarysme et enfin, nous nous attacherons à mettre en lumière l'ironie de Flaubert qui transparaît à travers tout l'extrait. a)Une héroïne transfigurée A.Eloge de la passion adultère La passion que découvre Emma la bouleverse d'abord physiquement : « D'abord, ce fut comme un étourdissement ». Elle se découvre elle-même « transfigurée » par « quelque chose de subtil » qui la rend plus belle. Ici la périphrase utilisée pour désigner la passion amoureuse lui permet de laisser planer le doute sur ce qui l'aurait tant changée. Mais petit à petit, cette passion d'abord entrée dans son corps, comme « une autre puberté » va se répandre jusqu'à son esprit. C'est alors que l'origine du changement est expliquée au lecteur : « J'ai un amant ! un amant ». Le verbe de parole : « répétait » associé à la répétition du groupe nominal « un amant » est le signe qu'Emma ne croit pas elle-même à ce qui lui arrive, et la répétition signe d'excitation, a également pour but de la convaincre de la réalité de ce changement dans sa vie. Le mot « amant » ne recouvre aucune connotation péjorative ou immorale, bien au contraire il est source de « bonheur ». Le futur proche « elle allait donc posséder » associé à l'adverbe « enfin » traduit l'assouvissement à venir d'un espoir qui a longtemps été regardé comme inaccessible. L'emploi du plus-que-parfait : « elle avait désespéré » contraste avec l'imparfait qui lui est postposé : « elle entrait ». Une nouvelle ère s'ouvre pour Emma et la gradation ascendante : « passion, extase, délire » construit sa relation nouvelle comme « quelque chose de merveilleux ». Cette nouvelle périphrase permet de ne pas nommer ce qui rend Emma si heureuse, l'adultère. Cet éloge de la passion adultère se fait à travers le regard d'Emma qui apparaît, dans ce texte, sous les traits de l'héroïne et de la lectrice. B.Emma héroïne et lectrice Cet extrait est écrit du point de vue d'Emma, elle est le sujet de la grande majorité des verbes d'action et de la totalité des verbes de perception. Mais après avoir observé les changements causés par la passion sur sa personne, elle finit par se rappeler « les héroïnes des livres qu'elle avait lus ». Commence alors le processus d'identification et Emma passe du statut d'héroïne actrice, à celui de lectrice passive et « ces femmes adultères » qu'elle a « tant enviées », tant admirées, qui l'ont tant fait rêver se posent désormais en « s?urs ». L'utilisation de ce terme permet à Emma, par le biais de la parentalité, de créer un lien entre la lectrice qu'elle est et les héroïnes de ses rêves. Ainsi Emma se place-t-elle sur le même pied d'égalité que ces êtres de papier qu'elle trouve dans ses lectures. C'est par le truchement d'une Emma personnage et lectrice que Flaubert met en abyme l'expérience de lecteur, une expérience qui emprunte bien souvent le chemin de l'identification. b)Une dénonciation de l'identification lecteur / personnage : le bovarysme A.Quand le rêve devient réalité Le monde du roman et le monde réel étant bien séparés, le lien qui unit le lecteur au personnage relève de l'imaginaire. Or dans ce texte, Emma rejoint le « type d'amoureuse » qu'elle trouve dans ses livres. Après avoir passé ses années de jeunesse à rêver en faisant siennes leurs passions, elle devient « comme une partie véritable de ces imaginations ». Le rapport antithétique entre « véritable » et « imagination » met en opposition la réalité de la situation vécue par Emma et le caractère fictif des aventures que connaissent « ces femmes adultères ». Mais avec Emma, la fiction rejoint la réalité et elle en vient à réaliser « la longue rêverie de sa jeunesse ». Après avoir tant espéré, Rodolphe lui donne enfin l'occasion de vivre ce qu'elle avait toujours regardé comme irréel, imaginaire. Désormais, il ne s'agit plus, pour Emma, de s'identifier aux héroïnes de roman, elle en devient une elle-même. C'est donc à corps perdu qu'Emma se jette dans cette relation adultère tant louée par ses lectures de prédilection. B.Une littérature qui pousse à l'immoralité Lorsque Emma fait appel à ses souvenirs de lecture, voici quel tableau elle dresse de ce qui lui apparaît : « la légion lyrique de ces femmes adultères se mit à chanter [?] avec des voix de s?urs qui la charmaient. » Le chant de ces femmes rappelle celui des Sirènes qui, dans l'Antiquité séduisaient les marins et les détournaient du bon chemin. Ici l'adultère est charmant. Une polysémie apparaît dans ce verbe, tout d'abord il met en avant les attraits de l'adultère, mais il montre également que ce chant agit tel un sortilège destiné à écarter celle qui l'écoute du droit chemin. Ainsi Emma se trouve-t-elle confortée dans son choix de l'adultère par une kyrielle d'exemples littéraires. L'adverbe « d'ailleurs » rajoute un argument supplémentaire à la justification de cet adultère, la « vengeance », vengeance sur la vie, contre Charles, la formule reste assez elliptique. Et la phrase au discours indirect libre « N'avait-elle pas assez souffert ! » traduit sa propre indignation face à tout ce qu'elle avait dû endurer avant de pouvoir enfin goûter aux plaisirs de l'amour. Au terme de son argumentation, une gradation descendante vient minimiser l'immoralité de son acte : « Elle le savourait sans remords, sans inquiétude, sans trouble. » Finalement, cette littérature dont elle s'est nourrie semble avoir sacrifié la morale sur l'autel du sentiment. Derrière cette Emma qui s'épanche, se cache un Flaubert décidé à dénoncer les méfaits d'une littérature par trop sentimentale sur un esprit jeune et crédule. c)L'ironie de Flaubert à l'?uvre A.Des sentiments romantiques Dès les premières lignes de l'extrait la nature est convoquée et apparaît comme le troisième actant de cette relation amoureuse. « Les arbres, les chemins et les fossés » sont mis sur le même plan que « Rodolphe » par le biais de la juxtaposition. La nature vibre à l'unisson des deux c?urs amants et se fait le reflet de leur passion. Le frisson de l'amour qu'éprouve Emma au souvenir de l'étreinte de Rodolphe se retrouve dans la nature car « le feuillage frémissait ». Or, c'est bien un topos de la littérature romantique que cette nature reflet du Moi. De plus, une exaltation du sentiment qui apparaît dans un abondant champ lexical : « amour?passion?sentiment? » confirme que c'est bien au romantisme que s'attaque ici Flaubert. Emma se révèle donc sous les traits d'une héroïne romantique, pétrie de sentiments, qui fait de son Moi le sujet de ses observations et néglige la morale afin d'assouvir ses désirs les plus chers. Si Flaubert s'attaque au potentat du sentiment et du Moi décrété par les romantiques, il ne s'arrête pas là, il va également s'adonner à une réécriture parodique de deux ?uvres qui leur sont chères. B.Réécriture d'?uvres romantiques C'est, dans un premier temps à la peinture que s'attaque Flaubert avec le tableau de Caspar David Friedrich, Le voyageur au-dessus de la mer de nuages. En effet, lorsqu'Emma évoque sa vie de femme avant sa rencontre avec Rodolphe, elle a recours à l'image de la montagne symbole de la passion : « les sommets du sentiment » et qui lui aurait permis de laisser loin en-dessous d'elle les bassesses de sa vie de parfaite épouse. « L'immensité bleuâtre » qui l'environne rappelle étrangement la mer de nuages qui apparaît dans le tableau de Friedrich où le promeneur placé sur un promontoire regarde le monde de désolation qui s'étend « au loin, tout en bas, dans l'ombre ». La réutilisation de ce chef-d'?uvre romantique met en exergue la distance qui existe entre cette nouvelle Emma et l'ancienne. De plus la « hutte de sabotiers » dans laquelle se retrouvent les deux amants ressemble par de nombreux traits à la cabane dans laquelle furent élevés Paul et Virginie, personnages du roman de Bernardin de Saint-Pierre. Or nous savons bien grâce aux chapitres précédents qu'Emma a lu ce roman. Flaubert pénètre ainsi l'imaginaire qu'il a construit pour son personnage et s'en sert pour critiquer avec ironie une littérature qui rend ses lecteurs amoraux. Finalement, ce passage qui s'illustre comme le début du bonheur pour Emma s'illustre aussi comme le début de la déchéance. Les lectures qui ont nourri ses rêves lui ont gangréné l'esprit jusqu'à lui faire oublier toute forme de morale. Flaubert profite de cette déviance du personnage pour procéder à une critique de la littérature romantique qui passe par un réinvestissement parodique des grands topoï chers aux écrivains du XIXe. Cet extrait est emblématique du concept de bovarysme dans la mesure où le monde onirique construit par Emma rejoint le réel et devient sa réalité.

« inquiétude, sans trouble. » Finalement, cette littérature dont elle s'est nourrie semble avoir sacrifié la morale sur l'autel du sentiment.Derrière cette Emma qui s'épanche, se cache un Flaubert décidé à dénoncer les méfaits d'une littérature par trop sentimentale sur unesprit jeune et crédule. c)L'ironie de Flaubert à l'?uvre A.Des sentiments romantiquesDès les premières lignes de l'extrait la nature est convoquée et apparaît comme le troisième actant de cette relation amoureuse. « Lesarbres, les chemins et les fossés » sont mis sur le même plan que « Rodolphe » par le biais de la juxtaposition. La nature vibre àl'unisson des deux c?urs amants et se fait le reflet de leur passion. Le frisson de l'amour qu'éprouve Emma au souvenir de l'étreinte deRodolphe se retrouve dans la nature car « le feuillage frémissait ». Or, c'est bien un topos de la littérature romantique que cette naturereflet du Moi. De plus, une exaltation du sentiment qui apparaît dans un abondant champ lexical : « amour?passion?sentiment ? »confirme que c'est bien au romantisme que s'attaque ici Flaubert. Emma se révèle donc sous les traits d'une héroïne romantique, pétriede sentiments, qui fait de son Moi le sujet de ses observations et néglige la morale afin d'assouvir ses désirs les plus chers.Si Flaubert s'attaque au potentat du sentiment et du Moi décrété par les romantiques, il ne s'arrête pas là, il va également s'adonner àune réécriture parodique de deux ?uvres qui leur sont chères. B.Réécriture d'?uvres romantiquesC'est, dans un premier temps à la peinture que s'attaque Flaubert avec le tableau de Caspar David Friedrich, Le voyageur au-dessus dela mer de nuages. En effet, lorsqu'Emma évoque sa vie de femme avant sa rencontre avec Rodolphe, elle a recours à l'image de lamontagne symbole de la passion : « les sommets du sentiment » et qui lui aurait permis de laisser loin en-dessous d'elle les bassessesde sa vie de parfaite épouse. « L'immensité bleuâtre » qui l'environne rappelle étrangement la mer de nuages qui apparaît dans letableau de Friedrich où le promeneur placé sur un promontoire regarde le monde de désolation qui s'étend « au loin, tout en bas, dansl'ombre ». La réutilisation de ce chef -d'?uvre romantique met en exergue la distance qui existe entre cette nouvelle Emma et l'ancienne.De plus la « hutte de sabotiers » dans laquelle se retrouvent les deux amants ressemble par de nombreux traits à la cabane danslaquelle furent élevés Paul et Virginie, personnages du roman de Bernardin de Saint-Pierre. Or nous savons bien grâce aux chapitresprécédents qu'Emma a lu ce roman. Flaubert pénètre ainsi l'imaginaire qu'il a construit pour son personnage et s'en sert pour critiqueravec ironie une littérature qui rend ses lecteurs amoraux. Finalement, ce passage qui s'illustre comme le début du bonheur pour Emma s'illustre aussi comme le début de la déchéance. Leslectures qui ont nourri ses rêves lui ont gangréné l'esprit jusqu'à lui faire oublier toute forme de morale. Flaubert profite de cettedéviance du personnage pour procéder à une critique de la littérature romantique qui passe par un réinvestissement parodique desgrands topoï chers aux écrivains du XIXe.Cet extrait est emblématique du concept de bovarysme dans la mesure où le monde onirique construit par Emma rejoint le réel etdevient sa réalité. »

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