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Qu'apporte la représentation au texte théâtral ?

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Comme chacun sait, le théâtre a initialement été créé dans la Grèce antique pour être joué. La population n'avait pas accès aux livres et le théâtre était une fête populaire en l'honneur de Dionysos.  Aujourd'hui, les pièces de théâtre sont largement publiées et donc davantage lues qu'auparavant. On peut donc se poser la question de savoir si la représentation est indispensable à la compréhension et à l'appréciation d'une pièce.  Nous verrons dans un premier temps si une représentation théâtrale permet de mieux apprécier la pièce lue et nous étudierons ensuite les limites et les avantages de la simple lecture d'une oeuvre de théâtre tels que Dom Juan de Molière.    Les pièces les plus connues ne datent pas de notre époque, elles avaient été conçues pour être jouées et non pour être lues. Certaines pièces comme les pièces comiques, sont des pièces destinées à être représentées. Dans texte C, En attendant Godot de Samuel Beckett (pièce appartenant au théâtre de l'absurde), les répliques courtes et rythmées sont plus appropriées à la représentation plutôt qu'à la lecture. Aujourd'hui encore, aller au théâtre est une distraction, un divertissement social et collectif alors que la lecture est un plaisir solitaire. Dans la lecture, il s'agit de comprendre alors qu'au théâtre, le public doit ressentir. Car le théâtre, en tant que spectacle, émeut et cette émotion suscite des réactions collectives qui influent sur l'individu. La représentation rend la pièce plus vivante : les personnages apparaissent plus vrais et leurs conflits ou leurs mésaventures évoquent plus facilement le rire, la pitié la terreur. La lecture d'une pièce peut être longue, fastidieuse et parfois même ennuyeuse.    Le langage théâtral repose sur des paroles (monologues, dialogues) mais aussi sur des silences qui sont plus difficiles à percevoir à la lecture du texte. La communication s'enrichit par la « présence sur scène « des acteurs : la voix, le regard, la gestuelle participent pour beaucoup à la compréhension du texte. Si on prend l'exemple du Bourgeois gentilhomme, c'est bien la mise en scène et la gestuelle qui ont donné un sens différent à la pièce de Molière : la leçon d'articulation du maître de philosophie tourne Monsieur Jourdain en ridicule lorsqu'il lui apprend l'alphabet pour paraître plus intelligent. De même dans l'Avare, le monologue d'Harpagon qui se prend lui-même pour le voleur de son propre trésor, fait ressortir le côté comique de la pièce. La représentation permet ainsi de développer le comique de geste et de situation.    Enfin, la représentation peut aider à s'identifier aux personnages, car ils présentent certains caractères intemporels, et à tirer des leçons de leurs mésaventures. La représentation joue un rôle de miroir : le public peut se glisser dans la « peau « du personnage et ainsi se découvrir. Aller au théâtre présente donc des vertus éducatives, voir morale parfois car il montre souvent de grands conflits psychologiques et moraux. Dans les pièces de Molière, celui qui est mauvais est toujours puni de ses actes : « on ne récolte que ce que l'on sème «.    On peut donc dire que la représentation théâtrale est un bon moyen de comprendre et d'apprécier une pièce ; cela est d'autant plus vrai dans la société actuelle où l'image prime sur l'écrit.    Faut-il pour autant sacrifier la lecture d'une pièce de théâtre à sa représentation ?    Nous avons vu précédemment que certaines pièces étaient faites essentiellement pour être jouées ; inversement, d'autres sont faites pour être lues. En effet, leurs nombreuses didascalies ne laissent pas une grande liberté d'interprétation au metteur en scène alors qu'elles permettent au lecteur de s'imaginer la pièce : les possibilités d'imagination sont plus riches que l'unique interprétation d'une pièce. Par exemple, dans l‘extrait qui nous est présenté de Lorenzaccio, on remarque qu'Alfred Musset a introduit un grand nombre de didascalies.    Dans la représentation, la mise en scène est à la fois essentielle et périlleuse : s'il s'agit d'une pièce du 18ème siècle, faut-il en changer les répliques pour l'adapter à l'époque ou bien en garder le texte initial ? Faut-il reproduire les costumes et les décors de l'époque ou les adapter à notre temps ? La mise en scène peut ainsi décevoir : c'est probablement ce qui est arrivée à la pièce La Nuit vénitienne représentée à l'Odéon en 1830 et qui fut un échec pour son auteur, Alfred de Musset. Pour illustrer également cet argument, je dois avouer que la lecture du Bourgeois gentilhomme m'a davantage plu que sa représentation (par Jean-Marie Bigard) qui fut pour moi décevante : sans changer pourtant le texte, le metteur en scène avait trop adapté la pièce à notre époque. De nos jours, on peut dire que la mise en scène va vers de plus en plus d'autonomie par rapport au texte écrit. Le risque grandit alors de trahir l'intention originelle de l'auteur. Certaines mises en scène provoquent aujourd'hui de vives critiques. Cette polémique est liée à celle de toute « lecture « d'une oeuvre.    Enfin, lors de la lecture, l'identification avec les personnages de la pièce peut être plus facile car l'on est moins influencé par les costumes, le décor et le physique du personnage. Lors de la représentation, on s'identifie davantage à l'aspect physique qu'à la morale des protagonistes. La lecture d'une pièce nous plonge dans une ambiance de concentration et d'analyse qui permet de revenir sur sa lecture et donc de plus approfondir son analyse : si la représentation permet de comprendre plus rapidement une pièce, la lecture invite à mieux la comprendre.    On peut ainsi en conclure que si la représentation facilite la compréhension des grandes lignes d'une oeuvre de théâtre, la lecture permet une analyse plus approfondie. Il est d'ailleurs plus facile d'aller voir une pièce déjà étudiée. La complémentarité des deux est donc essentielle.   

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