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Qu'apporte la représentation au texte théâtral ?

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Lorsque nous nous demandons dans quelle mesure quelque chose « apporte « a une autre, nous cherchons à savoir dans quelle mesure elle ajoute une signification ou supplée à ce qui lui manque (on dira alors qu’elle apporte quelque chose a une autre en ceci qu’elle la complète).    La représentation théâtrale est la mise en espace et en parole d’un texte théâtral écrit par un dramaturge, par un metteur en scène qui oriente la signification de la pièce, dirige les comédiens et prend des décisions concernant les différents aspects matériels de la représentation (tels que les décors ou la mise en scène). Elle peut être considérée comme la fin naturelle du texte théâtral, sans laquelle ce dernier ne saurait être considéré comme pleinement achevé, ou comme une dimension purement accessoire.    Par texte théâtral, nous entendons l’œuvre dramatique écrit par un auteur, comprenant à la fois les dialogues, les indications de mise en scène et les didascalies, qui sont autant d’indications, plus ou moins impératives, adressées au metteur en scène.    Lorsque nous posons la question « Qu'apporte la représentation au texte théâtral?«, nous posons en vérité une question qui a pour fonction d’interroger l’identité même du théâtre. En effet, le théâtre possède cette capacité paradoxale de pouvoir être apprécié a la fois par écrit et par le moyen de la représentation : un même texte a à la fois une identité de texte écrit, lisible par tout un chacun dans la solitude, et celle d’un texte destiné a une représentation publique. Si nous nous demandons ce qu’apporte la représentation théâtrale, nous cherchons à savoir si elle est une dimension purement contingente, ou au contraire la réalisation propre du texte théâtral. Pour reprendre une distinction aristotélicienne, la représentation théâtrale est soit l’entéléchie première (la possession sans actualisation) ou l’entéléchie seconde (la réalisation accompagnée de la représentation) du texte théâtral lui-même.

« TARTUFFEOui, Madame, on s'en charge; et la chose de soi. ELMIREOuvrez un peu la porte, et voyez, je vous prie,Si mon mari n'est point dans cette galerie. TARTUFFEQu'est-il besoin pour lui du soin que vous prenez?C'est un homme, entre nous, à mener par le nez;De tous nos entretiens il est pour faire gloire,Et je l'ai mis au point de voir tout sans rien croire ». Tartuffe, acte 4, scène 5 A lire ce texte, nous pouvons nous représenter mentalement l'indignation de l'époux d'Elmire, qui entend sa femmese faire séduire par celui en qui il avait la plus entière confiance. Mais les effets comiques de la représentationadressée au spectateur sont bien supérieurs : en effet, le spectateur peut apprécier le jeu du personnage cache, levoir réagir aux paroles prononcées par Tartuffe, se réjouir des effets de mise en scène qui peuvent mettre enévidence la violence et l'indignation de sa réaction. Nous dirons donc que l'exemple du personnage caché est unpuissant argument en faveur de la représentation théâtrale, et bien la preuve que celle-ci apporte considérablementau texte. Alors que le texte n'est que le support de l'imagination du lecteur, la représentation permet a ce dernier deprofiter pleinement des effets (en l'occurrence comiques) prévus par le dramaturge. II. Cependant, la représentation n'est peut être pas absolument indispensable au texte théâtral a. Musset et la légitimité de la lecture comme mode de réception du spectacle théâtrale Cependant, nous verrons à présent que nous ne pouvons en rester à cette thèse car elle repose sur unecompréhension restrictive du théâtre. En effet, nous avons vu que la représentation apportait considérablement autexte théâtral, dans la mesure où celui-ci n'est qu'un faible support pour l'imagination du lecteur. Au contraire, lareprésentation est une sorte d'entéléchie seconde du texte, puisque le texte appelle au contraire de toute sa forceà être mis en scène, à avoir une actualisation concrète sur l'espace scénique. Le théâtre nous est donc apparuavant tout comme un art de la représentation, de l'expression sur scène, alors que la lecture ne nous a sembléqu'un mode d'expression au mieux insuffisant, au pire contraire a l'essence du théâtre. Mais loin de nous en tenir aune telle thèse, nous pouvons penser a la théorie développée par Musset : celle du « théâtre dans un fauteuil ». Eneffet, pour Musset, le théâtre peut fort bien se gouter par la seule lecture, dans la relation solitaire d'un hommeavec le livre qu'il parcourt. L'imagination humaine est assez forte pour suppléer à l'expérience empirique de lareprésentation et donner mentalement vie à tous les personnages. b. La représentation n'est qu'une lecture extériorisée du texte théâtral Allant plus loin, nous dirons que la représentation n'est peut être pas aussi indispensable au texte théâtral qu'ellenous l'a semblé de prime abord, dans la mesure où elle n'est peut être qu'une lecture, au sens interprétatif duterme, du texte théâtral. En effet, la représentation est la mise en scène et en espace d'un texte devant uneassemblée composée de spectateurs vivants, qui rend public l'interprétation personnelle du texte par un metteur enscène. En effet, depuis la fin du XIXe siècle, le metteur en scène est apparu dans l'art occidental du theatre commeun acteur clef, en ceci qu'il promeut une lecture interprétative d'un texte et la présente a ses contemporains. C'estainsi que les mises en scène d'Antoine Vitez, par exemple, sont demeurées célèbres pour leur originalité et la forcede leurs parti pris interprétatifs (pensons par exemple a sa mise en scène fameuse d'Hernani de Victor Hugo).Cependant, cette représentation n'est en vérité qu'une actualisation de l'un des possibles interprétatifs de la pièce.A ce titre, nous pouvons dire qu'a proprement parler une représentation n'apporte rien, mais ne fait que proposerune lecture singulière de l'œuvre, mettant en exergue certaines caractéristiques, en laissant au contraire d'autresde cotes. Elle n'est donc qu'une lecture publique et construite de l'œuvre, ce qu'a tout prendre n'importe quellecteur (et non le seul metteur en scène) est capable de faire. III. La dualité constitutive du théâtre, art de l'écrit et art de la représentation à la fois a. Le théâtre, un art janusien Nous verrons à présent que notre réflexion peut aboutir à une nouvelle conception de la valeur et du rôle de lareprésentation théâtrale, pourvu que nous réfléchissions à la dualité constitutive du théâtre. Nous pouvons qualifierce dernier à bon droit d'art janusien : comme le dieu romain Janus, qui avait deux visages, le théâtre est a la fois unart de la représentation et de la réception par la lecture. Cette dualité de l'art théâtral ne doit pas être l'occasiond'une scission arbitraire (le théâtre étant considéré d'abord comme un art de la représentation, ou a l'inverse de lalecture) mais au contraire d'une prise de conscience et d'une acceptation de sa richesse intrinsèque. Le rapport authéâtre est donc a la fois un rapport a un art de l'écrit et a un art de la mise en scène, inscrite dans le temps etsoumise comme toutes les expériences humaines à la contingence. Nous dirons donc que si la représentation »

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