Devoir de Philosophie

roman noir français - littérature.

Publié le 28/04/2013

Extrait du document

roman noir français - littérature. 1 PRÉSENTATION roman noir français, genre romanesque apparu en France au XIXe siècle et qui s'est épanoui au siècle suivant. Le roman noir, qu'il ne faut pas confondre avec le roman gothique anglais également appelé « roman noir «, est issu de trois genres littéraires différents ayant pris leur essor en France au XIXe siècle : le roman populaire, le roman criminel et le roman social. À la différence de la littérature naturaliste qui dépeint la réalité en tentant de la rendre transparente au lecteur et du roman policier classique qui repose principalement sur la résolution d'une énigme, le roman noir touche autant au fantastique et au pamphlet social qu'à la critique politique, par une dénonciation radicale de l'ordre moral et par l'exploitation des peurs et des fantasmes liés à l'imaginaire du lecteur. 2 LA PRÉHISTOIRE DU ROMAN NOIR FRANÇAIS Les premiers grands romans noirs français sont sans doute le Comte de Monte-Cristo (1844-1846) d'Alexandre Dumas, les Mystères de Paris (1842-1843) d'Eugène Sue et les Misérables (1862) de Victor Hugo. Ils sont le reflet d'une société en pleine mutation, où le destin des individus subit les aléas d'événements historiques ou anecdotiques. Le premier exploite le thème de la vengeance, le deuxième installe la mythologie de la pègre et des bas-fonds, tandis que le troisième dénonce avec force l'injustice sociale. Viennent ensuite la saga des Rocambole (1859) de Ponson du Terrail, et celle de Roger-la-Honte (1887) de Jules Mary, qui relèvent d'une variante échevelée du mélodrame, fertile en rebondissements. L'oeuvre d'Émile Zola annonce aussi, d'une certaine façon, le roman noir, avec des ouvrages comme Thérèse Raquin (1867) et la Bête humaine (1890), dont les personnages sont marqués par le destin, la fatalité et le crime. L'auteur y fait une large place à la description documentaire d'un milieu social et à l'analyse de comportement. 3 L'ÉPOQUE DES ASSASSINS DÉLIRANTS Les écrivains du début du XXe siècle se plaisent à développer ces thèmes dans une multitude de feuilletons de qualité inégale. Ils affectionnent aussi les délires cauchemardesques, dans lesquels des génies criminels sèment la terreur, tel Zigomar (1909) de Léon Sazie (1862-1939), qui lance sur Paris des moustiques porteurs du typhus, tel encore Fantômas (1911) de Marcel Allain et Pierre Souvestre, dont les aventures ont fasciné en leur temps les jeunes surréalistes par leurs trouvailles et la magie de leur poésie noire, ou bien comme Chéri-Bibi (1913) de Gaston Leroux, épopée effrayante du destin d'un forçat. 4 LES ROMANS DU DÉSESPOIR Le genre infiltre peu à peu le roman populaire traditionnel, avec entre autres des oeuvres comme l'Homme traqué (1922) de Francis Carco, Hôtel du Nord (1929) d'Eugène Dabit, la Tradition de minuit (1930) de Pierre Mac Orlan, Madame Capain (1932) d'Édouard Estaunié, Un crime (1935) de Georges Bernanos, le Sang noir (1935) de Louis Guilloux, mais aussi les récits de la plupart des écrivains populistes de l'entre-deux-guerres (voir populisme). On retrouve aussi son influence dans Voyage au bout de la nuit (1932) et dans Mort à crédit (1936) de Louis-Ferdinand Céline. Au cours des années trente, le Belge Georges Simenon, qui publie alors ses premiers romans, s'intéresse au comportement et aux motivations d'individus rejetés en marge de la société pour des raisons psychologiques ou criminelles ( les Suicidés, l'Évadé, 1932 ; L'homme qui regardait passer les trains, 1936). Appelés « romans durs « par l'auteur lui-même, ces ouvrages de la dérive sociale et de l'échec préfigurent l'orientation pessimiste et contestataire du roman noir après la Seconde Guerre mondiale. Dans la série des Maigret, qui appartient pourtant au genre policier, plusieurs romans présentent des caractéristiques relevant du roman noir : la Tête d'un homme, la Nuit du carrefour, 1931 ; Liberty Bar, 1932. 5 LE ROMAN NOIR SOUS L'OCCUPATION Pendant l'Occupation, Georges Simenon poursuit invariablement sa série des romans durs (le Voyageur de la Toussaint, 1941 ; la Vérité sur Bébé Donge, 1942). Le jeune Jean Meckert, qui publie plus tard sous le pseudonyme de Jean Amila, s'inscrit dans ce courant avec les Coups (1942). Léo Malet, qui a participé un temps aux activités du groupe surréaliste, réinvente à la même époque le roman noir « à la française «, avec la première aventure du détective Nestor Burma ( 120, rue de la Gare, 1943), après avoir signé quelques faux romans noirs américains, sous le pseudonyme de Franck Harding ou de Leo Latimer, pour la collection « Minuit « ; collection pour laquelle Marcel Nadeau écrit également Barbara Rogers (1941), sous le nom de Joe Christmas. 6 L'EXPLOSION DE L'APRÈS-GUERRE À la Libération, l'émergence du roman noir américain suscite une inflation de romans noirs français, écrits ou non sous pseudonymes anglo-saxons ; parmi ceux-ci, les ouvrages de Boris Vian signés Vernon Sullivan : J'irai cracher sur vos tombes (1946) et Les morts ont tous la même peau (1947), récits violents et contestataires dont le héros est un Noir à la peau blanche, ouvrages sur lesquels vont s'abattre les foudres de la censure. Admirateur de Simenon, le jeune Frédéric Dard emprunte une voie similaire sous divers pseudonymes (Kaput, Frédéric Charles, etc.). Il bouscule la langue française avec sa série des San-Antonio, et aborde un peu plus tard le roman noir en signant de son nom des récits pessimistes et durs comme Le bourreau pleure (1956) ou C'est toi, le venin (1957). Pendant une courte période, Léo Malet délaisse son héros Nestor Burma pour signer des récits pleins de rage (La vie est dégueulasse, 1948 ; Le soleil n'est pas pour nous, 1949), tandis que Marcel Duhamel lance chez Gallimard la collection « Série noire « qui, à sa création en 1945, accueille principalement des auteurs américains -- avec toutefois quelques belles exceptions, puisque Serge Arcouët y signe la Mort et l'Ange (1948), sous le pseudonyme de Terry G. Stewart. Parmi la pléthore de romans noirs publiés durant cette période, il faut également citer Ainsi soit-il (1948) de Maurice Raphael (pseudonyme d'Ange Bastiani), et le Bon Dieu s'en fout (1948) d'André Héléna. 7 LES TRUANDS DES ANNÉES CINQUANTE Exception faite des romans de Simenon (salués par Dashiell Hammett) et de Frédéric Dard, le roman noir français construit sa propre mythologie -- se codifie en somme -- autour des truands du quartier parisien de Pigalle. Les écrivains insistent sur l'aspect pittoresque du « milieu «, décrivent des rivalités de gangs, imaginent des cambriolages sophistiqués. Parmi eux, quelques-uns ont réellement fréquenté le milieu, comme Auguste Le Breton (1913-1999), qui signe deux polars remarquables avec Du rififi chez les hommes (1953, porté à l'écran par Jules Dassin en 1955 -- voir Du rififi chez les hommes) et Razzia sur la Chnouf (1954, adapté par Henri Decoin en 1955) ; José Giovanni, qui évoque la prison, dans le Trou (1957, adapté au cinéma par Jacques Becker en 1960 -- voir le Trou), ou les truands de ses amis, dans le Deuxième Souffle (1958, adapté par Jean-Pierre Melville en 1966) ; Pierre Lesou, pour son extraordinaire Doulos (1957, avec une version filmée du même Melville en 1962). Mais c'est Albert Simonin qui connaît alors le plus gros succès avec Touchez pas au grisbi ! (1953) -- succès amplifié par l'adaptation cinématographique qu'en donne Jacques Becker l'année suivante (Touchez pas au grisbi) -- et ses suites qui reprennent le même personnage du vieux truand Max le Menteur, à savoir Le cave se rebiffe (1954) et Grisbi or not grisbi (1955, qui devient au cinéma les Tontons flingueurs). Cette trilogie vaut à son auteur le surnom de « Chateaubriand de l'argot «. Quelques auteurs dédaignent ce thème imposé (bientôt un poncif), préférant décrire, en partant de leur expérience personnelle, certains milieux sociaux. Terry G. Stewart parle ainsi de luttes syndicales ( la Belle Vie, 1950) ou des conflits de pouvoir autour de la découverte d'uranium dans une région (la Soupe à la grimace, 1953). Georges Bayle fait part de sa connaissance du métier de routier dans Du raisin dans le gas-oil (1954), tandis que John (ou Jean) Amila s'affirme comme un auteur prodigieux avec Y'a pas de bon Dieu (1950), Motus ! (1953) et Sans attendre Godot (1956). Signalons encore Jean Dorcino pour le Crapaud (1956), André Duquesnes pour Jusqu'au dernier (1956), Robert-Georges Méra et sa série à l'américaine signée du pseudonyme de George Maxwell, Boileau-Narcejac pour Celle qui n'était plus (1952) et D'entre les morts (1954), et Pierre Siniac pour Monsieur Cauchemar (1959). Quant à Léo Malet, il fait enquêter Nestor Burma dans chaque arrondissement de la capitale dans l'étonnante série des Nouveaux Mystères de Paris (les Rats de Montsouris, 1955 ; Pas de bavards à la Muette, Brouillard au pont de Tolbiac, 1956 ; les Eaux troubles de Javel, Micmac moche au Boul'Mich, Du Rebecca, rue des Rosiers, 1957 ; etc.). 8 LE RENOUVEAU DU ROMAN NOIR APRÈS MAI 68 Après un creux de plus de dix ans, dont n'émergent guère que les romans de Georges Simenon, José Giovanni, Jean Amila, Frédéric Dard, Albert Simonin et Pierre Lesou, le roman noir français se régénère autour de Mai 1968. C'est d'abord la consécration de Pierre Siniac, avec les Morfalous (1968). Siniac prolonge ce premier succès par une longue série tonitruante -- commencée par Luj Inferman et la Cloducque (1971) --, qui mêle humour et horreur. Obscènes et monstrueux, ses deux héros vont hanter la « Série noire « pendant une dizaine d'années, traînant avec eux une violence meurtrière et un grotesque digne de Rabelais. Subversif et en perpétuelle révolte, Pierre Siniac s'attaque autant à la langue qu'à la bienséance, dans des ouvrages certes très noirs mais toujours très drôles. Moins baroque, mais talentueux, ironique et truculent, quoique franchement réactionnaire, A. D. G. (pseudonyme de Alain Fournier) s'impose avec la Nuit des grands chiens malades (1972), tandis qu'Emmanuel Errer conte la tragédie d'un soldat perdu dans Descente en torche (1974) et que le cinéaste Jean Herman (1933- ) publie sous le pseudonyme de Jean Vautrin un pamphlet libertaire de taille, À bulletins rouges (1973), suivi du délirant Billy-ze-Kick (1974), qui applique au roman noir des techniques d'écriture empruntées à Raymond Queneau. D'autres personnalités originales se révèlent encore au cours des années soixante-dix : Gilbert Tenugi, avec Requiem pour Woona (1970) et le Canal rouge (1972), Raf Vallet (pseudonyme de Jean Laborde) avec Mort d'un pourri (1972) et Robert Destanque avec le Serpent à lunettes (1978). 9 L'APPARITION DU « NÉOPOLAR « C'est Jean-Pierre Bastid qui va révolutionner le genre et mettre sur orbite un auteur important, Jean-Patrick Manchette. En écrivant de concert Laissez bronzer les cadavres (publié dans la « Série noire « en 1971), ils ouvrent le roman noir à la critique sociale et à la contestation politique gauchiste, inventant ainsi sans le savoir ce que la critique appellera le « néopolar «. Bastid écrit ensuite Méchoui massacre (1974) puis, en collaboration avec Michel Martens, les Tours d'angoisse (1974), Derrick au poing (1975) et Adieu la vie (1977). Seul à nouveau, il signe Parcours fléché (1995) et Notre-Dame des Nègres (1996), dont la violence anarchiste reste très virulente. De son côté, Jean-Patrick Manchette devient en huit romans un maître du genre ; il donne au roman noir des préoccupations, une ambition et un cadre nouveaux, qui font voler en éclats tous les poncifs associés à la littérature policière. Les mythologies liées aux bandes de truands de Pigalle ou de Marseille sont abandonnées, les polices parallèles et politiques remplacent les flics corrompus, la délinquance en col blanc apparaît dans sa collusion avec les arcanes du pouvoir. L'Affaire N'Gustro (1971) est d'ailleurs une transposition de l'affaire Ben Barka, tandis que Ô dingos, ô châteaux ! (1972) joue de la métaphore sur la société pompidolienne et que Nada (1972) apparaît comme une fresque désespérée sur un groupuscule d'ultra-gauche. Puis, Manchette introduit un détective « à la française «, Eugène Tarpon, que l'on retrouve dans l'Homme au boulet rouge (1972), Morgue pleine (1973), Que d'os ! (1976), le Petit Bleu de la côte ouest (1976) et la Position du tireur couché (1981), tous écrits dans un style simple et efficace traduisant un souci d'originalité et une volonté de rupture avec les « parrains « américains et français du roman noir. Ensuite, c'est le silence ; Manchette décédant en 1995, son ultime roman, la Princesse du sang, est publié à titre posthume en 1996. 10 LA NOUVELLE VAGUE Sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, une nouvelle génération d'écrivains accède à la notoriété. Celle-ci multiplie les figures d'antihéros, dans des récits qui remettent très fortement en question une société de consommation en crise. Avec un humour dévastateur, Joseph Bialot dénonce l'existence et les conditions de travail dans les ateliers clandestins du milieu de la confection (le Salon du prêt-à-saigner, 1978). Hervé Prudon, quant à lui, devient le « prince du pathétique « en présentant des personnages en proie à un mal de vivre destructeur, dans Mardis gris (1978), Tarzan malade (1979), Banquise (1981) ou Nadine Mouque (1995). Frédéric H. Fajardie renouvelle le thème de la vengeance dans des récits politiques comme Tueurs de flics (1979) ou Brouillard d'automne (1985). Hervé Jaouen construit des histoires de révoltes avec un réel talent d'architecte (la Mariée rouge, 1979 ; Histoire d'ombres, 1986) et Marc Villard donne à ses romans l'empreinte du romantisme noir (Légitime démence, 1980 ; Corvette de nuit, 1981 ; le Sentier de la guerre, 1985). 11 L'ÂGE D'OR DES ANNÉES QUATRE-VINGT Le roman noir français connaît un véritable âge d'or dans les années quatre-vingt. Fils d'Alain Page (l'auteur du roman Tchao Pantin, 1982, porté à l'écran avec succès l'année suivante par Claude Berri -- voir Tchao Pantin), Philippe Conil met en scène des personnages désespérés qui s'épuisent à courir après un bonheur qu'ils sont incapables d'atteindre (Flip frac, 1981 ; Un été glacé, 1982). Patrick Raynal explore quant à lui la dérive existentielle d'un ancien gauchiste dans Un tueur dans les arbres (1982) et atteint un lyrisme sublime dans Né de fils inconnu (1995). Le prolifique Gérard Delteil débute avec des textes contestataires (Solidarmoche, 1984), avant d'épuiser son talent dans la surproduction. Patrick Mosconi conjugue pour sa part le roman noir et la mélancolie dans Louise Brooks est morte (1986). Dans cette nébuleuse du nouveau roman noir français, quelques écrivains tentent d'abolir la frontière entre littérature classique et littérature parallèle (ou paralittérature), souvent considérée comme mineure et dans laquelle est rangé traditionnellement le genre policier. Leurs textes sont marquants, et plusieurs d'entre eux finiront par être publiés dans des collections de littérature générale, bien que leur univers et leurs préoccupations rejoignent ceux du roman policier ou du roman noir. Didier Daeninckx milite ainsi pour la transparence politique et travaille à exhumer des archives de l'Histoire des faits ou des épisodes jusqu'alors tenus secrets par des raisons d'État ( Meurtres pour mémoire, 1984). Jean-Bernard Pouy conte des histoires insolites qui révèlent un esprit frondeur et une sensibilité libertaire (Nous avons brûlé une sainte, 1984). Marqué par le surréalisme et Franz Kafka, Jean-François Vilar s'impose avec C'est toujours les autres qui meurent (1982) et Bastille Tango (1986). Amateur d'atmosphères glauques et dénonciateur des complots politiques ou médicaux, Thierry Jonquet joue les subversifs, sans tomber dans la complaisance ou le prosélytisme, avec Mémoire en cage (1982), Mygale (1984), la Bête et la Belle (1985) ou les Orpailleurs (1993). Manipulateur de mots et de situations, Daniel Pennac débute dans le roman noir avec Au bonheur des ogres (1985), créant le personnage de Malaussène, un individu dont la profession est d'être un bouc émissaire au service d'entreprises peu scrupuleuses. Il signe encore la Fée Carabine (1987), puis publie dans la collection « Blanche « de Gallimard. Tonino Benacquista s'impose dans la « Série noire « avec la Madonne des sleepings (1989), Trois carrés rouges sur fond noir (1990) et la Commedia des ratés (1991), une trilogie dont l'aspect documentaire (inspiré des milieux professionnels qu'a côtoyés l'auteur : wagons-lits, galeries d'art, etc.) ne rompt jamais le rythme enlevé et le caractère rocambolesque du récit. Benacquista passe lui aussi en collection littéraire. Quant à Daniel Picouly, après deux très bons romans dans la « Série noire « (Nec, 1992, et les Larmes du chef, 1994), il choisit le genre de l'autobiographie romancée et devient un auteur de best-sellers que les maisons d'édition s'arrachent à prix d'or. 12 SANG NEUF Jusque dans les dernières années du XXe siècle, le roman noir va continuer de révéler de nouveaux auteurs. Parmi eux émergent des écrivains comme l'étrange Maurice G. Dantec, avec ses romans noirs survoltés où tous les genres populaires se confondent (la Sirène rouge, 1993 ; les Racines du mal, 1995), comme Jean-Claude Izzo, avec ses fables nostalgiques et superbes sur la ville de Marseille (Total Khéops, 1995 ; Chourmo, 1996), ou comme Bertrand Delcour, avec ses récits hallucinés (Mezcal Terminal, 1988 ; En pure perte, 1994 ; Blocus solus, 1996). La naissance du personnage du Poulpe, en 1995, est une autre date importante dans l'histoire du roman noir français. Fondée par Jean-Bernard Pouy, la collection du même nom va devenir une pépinière de nouveaux talents, grâce au principe qui la sous-tend : celui de confier le récit des aventures de Gaston Lecouvreur (dit « Le Poulpe «) à un auteur chaque fois différent, connu ou inconnu, écrivain ou non. Parmi les auteurs de romans noirs apparus dans les années quatre-vingt-dix doivent encore être cités Annie Barrière, Laurent Bauvois, Cédric Comtesse, Hélène Couturier, Emma Christa, Virginie Despentes, Pascal Dessaint, Alexandre Dumal, Roger Facon, Pierre Filoche, Pascale Fonteneau, Sylvie Granotier, Philippe Huet, Claire Legendre, Michèle Lesbres, Christophe Mager, Tobie Nathan, Jean-Jacques Reboux, Jocelyne Sauvard, Noël Simsolo, Maud Tabachnick et Fred Vargas. À cette liste peuvent être rajoutés le nom de la mystérieuse Yasmina Khadra, dont les romans noirs se situent dans l'Algérie d'aujourd'hui (Morituri, 1997), et celui du psychanalyste Michel Steiner, pour le pervers et savoureux Mainmorte (1999). Microsoft ® Encarta ® 2009. © 1993-2008 Microsoft Corporation. Tous droits réservés.

« noire » qui, à sa création en 1945, accueille principalement des auteurs américains — avec toutefois quelques belles exceptions, puisque Serge Arcouët y signe la Mort et l’Ange (1948), sous le pseudonyme de Terry G. Stewart. Parmi la pléthore de romans noirs publiés durant cette période, il faut également citer Ainsi soit-il (1948) de Maurice Raphael (pseudonyme d’Ange Bastiani), et le Bon Dieu s’en fout (1948) d’André Héléna. 7 LES TRUANDS DES ANNÉES CINQUANTE Exception faite des romans de Simenon (salués par Dashiell Hammett) et de Frédéric Dard, le roman noir français construit sa propre mythologie — se codifie en somme — autour des truands du quartier parisien de Pigalle. Les écrivains insistent sur l’aspect pittoresque du « milieu », décrivent des rivalités de gangs, imaginent des cambriolages sophistiqués. Parmi eux, quelques-uns ont réellement fréquenté le milieu, comme Auguste Le Breton (1913-1999), qui signe deux polars remarquables avec Du rififi chez les hommes (1953, porté à l’écran par Jules Dassin en 1955 — voir Du rififi chez les hommes ) et Razzia sur la Chnouf (1954, adapté par Henri Decoin en 1955) ; José Giovanni, qui évoque la prison, dans le Trou (1957, adapté au cinéma par Jacques Becker en 1960 — voir le Trou ), ou les truands de ses amis, dans le Deuxième Souffle (1958, adapté par Jean-Pierre Melville en 1966) ; Pierre Lesou, pour son extraordinaire Doulos (1957, avec une version filmée du même Melville en 1962). Mais c’est Albert Simonin qui connaît alors le plus gros succès avec Touchez pas au grisbi ! (1953) — succès amplifié par l’adaptation cinématographique qu’en donne Jacques Becker l’année suivante (Touchez pas au grisbi) — et ses suites qui reprennent le même personnage du vieux truand Max le Menteur, à savoir Le cave se rebiffe (1954) et Grisbi or not grisbi (1955, qui devient au cinéma les Tontons flingueurs ). Cette trilogie vaut à son auteur le surnom de « Chateaubriand de l’argot ». Quelques auteurs dédaignent ce thème imposé (bientôt un poncif), préférant décrire, en partant de leur expérience personnelle, certains milieux sociaux. Terry G. Stewart parle ainsi de luttes syndicales ( la Belle Vie, 1950) ou des conflits de pouvoir autour de la découverte d’uranium dans une région ( la Soupe à la grimace, 1953). Georges Bayle fait part de sa connaissance du métier de routier dans Du raisin dans le gas-oil (1954), tandis que John (ou Jean) Amila s’affirme comme un auteur prodigieux avec Y’a pas de bon Dieu (1950) , Motus ! (1953) et Sans attendre Godot (1956). Signalons encore Jean Dorcino pour le Crapaud (1956), André Duquesnes pour Jusqu’au dernier (1956), Robert-Georges Méra et sa série à l’américaine signée du pseudonyme de George Maxwell, Boileau-Narcejac pour Celle qui n’était plus (1952) et D’entre les morts (1954), et Pierre Siniac pour Monsieur Cauchemar (1959). Quant à Léo Malet, il fait enquêter Nestor Burma dans chaque arrondissement de la capitale dans l’étonnante série des Nouveaux Mystères de Paris (les Rats de Montsouris, 1955 ; Pas de bavards à la Muette, Brouillard au pont de Tolbiac, 1956 ; les Eaux troubles de Javel , Micmac moche au Boul’Mich, Du Rebecca, rue des Rosiers, 1957 ; etc.). 8 LE RENOUVEAU DU ROMAN NOIR APRÈS MAI 68 Après un creux de plus de dix ans, dont n’émergent guère que les romans de Georges Simenon, José Giovanni, Jean Amila, Frédéric Dard, Albert Simonin et Pierre Lesou, le roman noir français se régénère autour de Mai 1968. C’est d’abord la consécration de Pierre Siniac, avec les Morfalous (1968). Siniac prolonge ce premier succès par une longue série tonitruante — commencée par Luj Inferman et la Cloducque (1971) —, qui mêle humour et horreur. Obscènes et monstrueux, ses deux héros vont hanter la « Série noire » pendant une dizaine d’années, traînant avec eux une violence meurtrière et un grotesque digne de Rabelais. Subversif et en perpétuelle révolte, Pierre Siniac s’attaque autant à la langue qu’à la bienséance, dans des ouvrages certes très noirs mais toujours très drôles. Moins baroque, mais talentueux, ironique et truculent, quoique franchement réactionnaire, A. D. G. (pseudonyme de Alain Fournier) s’impose avec la Nuit des grands chiens malades (1972), tandis qu’Emmanuel Errer conte la tragédie d’un soldat perdu dans Descente en torche (1974) et que le cinéaste Jean Herman (1933- ) publie sous le pseudonyme de Jean Vautrin un pamphlet libertaire de taille, À bulletins rouges (1973), suivi du délirant Billy-ze-Kick (1974), qui applique au roman noir des techniques d’écriture empruntées à Raymond Queneau. D’autres personnalités originales se révèlent encore au cours des années soixante-dix : Gilbert Tenugi, avec Requiem pour Woona (1970) et le Canal rouge (1972), Raf Vallet (pseudonyme de Jean Laborde) avec Mort d’un pourri (1972) et Robert Destanque avec le Serpent à lunettes (1978). 9 L’APPARITION DU « NÉOPOLAR » C’est Jean-Pierre Bastid qui va révolutionner le genre et mettre sur orbite un auteur important, Jean-Patrick Manchette. En écrivant de concert Laissez bronzer les cadavres (publié dans la « Série noire » en 1971), ils ouvrent le roman noir à la critique sociale et à la contestation politique gauchiste, inventant ainsi sans le savoir ce que la critique appellera le « néopolar ». Bastid écrit ensuite Méchoui massacre (1974) puis, en collaboration avec Michel Martens, les Tours d’angoisse (1974), Derrick au poing (1975) et Adieu la vie (1977). Seul à nouveau, il signe Parcours fléché (1995) et Notre-Dame des Nègres (1996), dont la violence anarchiste reste très virulente. De son côté, Jean-Patrick Manchette devient en huit romans un maître du genre ; il donne au roman noir des préoccupations, une ambition et un cadre nouveaux, qui font voler en éclats tous les poncifs associés à la littérature policière. Les mythologies liées aux bandes de truands de Pigalle ou de Marseille sont abandonnées, les polices parallèles et politiques remplacent les flics corrompus, la délinquance en col blanc apparaît dans sa collusion avec les arcanes du pouvoir. L’Affaire N’Gustro (1971) est d’ailleurs une transposition de l’affaire Ben Barka, tandis que Ô dingos, ô châteaux ! (1972) joue de la métaphore sur la société pompidolienne et que Nada (1972) apparaît comme une fresque désespérée sur un groupuscule d’ultra-gauche. Puis, Manchette introduit un détective « à la française », Eugène Tarpon, que l’on retrouve dans l’Homme au boulet rouge (1972), Morgue pleine (1973), Que d’os ! (1976), le Petit Bleu de la côte ouest (1976) et la Position du tireur couché (1981), tous écrits dans un style simple et efficace traduisant un souci d’originalité et une volonté de rupture avec les « parrains » américains et français du roman noir. Ensuite, c’est le silence ; Manchette décédant en 1995, son ultime roman, la Princesse du sang , est publié à titre posthume en 1996. 10 LA NOUVELLE VAGUE »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles