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Sean Penn, Into the Wild

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Sean Penn, Into the Wild

 

 

 

 

 

 

 

L’histoire :

En avril 1990, Christopher McCandless termine ses études universitaires. Il a 22 ans et est promis à un brillant avenir. Pourtant, il tourne le dos à l’existence confortable et sans surprise qui l’attend, coupe les ponts avec sa famille et décide d’aller bourlinguer. Il change de nom et devient Alex Supertramp. Il s’installe dans un bus « Magic bus ». Christopher va rencontrer des gens très divers sans pourtant s’attacher à eux. Au bout du voyage, il s’aventure sel dans les étendues de l’Alaska. Il meurt en 1992.

 

Une histoire vraie

Le film est tiré d’une histoire vraie. Le vrai Christopher a grandi en Virginie. Son père et sa mère fondèrent une firme de consultants. Il a fait de brillantes études. Grand admirateur de jack London, Tolstoï et Thoreau, il haïssait la société matérialiste. Un livre a été écrit par Jon Krakauer, Voyage au bout de la solitude.

 

La structure du film

- Le film est divisé en 4 chapitres : enfance, adolescence, maturité, sagesse. Ce sont les différents âges de la vie. Cela correspond à l’avènement d’un homme nouveau. Ce n’est pas Chris mais c’est Alex Supertramp.

 

- Une composition savante : On suit les aventures de Christopher mais le voyage est entrecoupé de retours en arrière, des contre-points. Aller-retour entre les errances de Chris pendant deux ans et les événements vécus en Alaska.. Mais il y a aussi des allers et retours et des retours en arrière entre la vie de Chris et la vie de la famille, la vie du couple parental. Aux bouleversements de l’ordre temporel, il y a aussi l’opposition entre la ville et la nature. C’est surtout la voix off de la sœur qui joue le rôle du narrateur et qui fait l’unité d’ensemble en expliquant les liens entre les différentes scènes.

 

- Le film est construit sur une série de rencontres. Des gens dont il sait se faire apprécier. Il y a le couple vieillissant de hippies, le fermier chaleureux, le vieux monsieur, Ron qui lui propose de l’adopter. A chacun, Chris dit qu’il doit continuer la route pour aller en Alaska.

Les thèmes majeurs

 

- Critique de la société : Penn fait du jeune homme une sorte de héros malade de la société matérialiste. Il est souvent filmé de dos. Personnage en mouvement, en marche vers un idéal. Il quitte les zones urbaines. Quand il veut descendre le fleuve, il doit s’inscrire sur une liste d’attente. Mais il y a 12 ans d’attente ou alors il faut payer. A la frontière du Mexique, il s’oppose au douanier et prend la fuite. Il fait figure de héros romantique, écorché vif et idéaliste. Le détour n’est pas seulement géographique. Il est aussi social.

 

- Thème du self made man : celui qui ne veut pas profiter d’une situation trop facile. Il veut se faire par lui-même.

 

 

- A l’opposé, un film sur les grands espaces américains et une vision rousseauiste de la nature. On voit la nature américaine, les éléments et la végétation. De nombreux gros plans sur la nature : fleurs, abeilles, animaux. Donc, on voit à la fois les grands espaces et les détails de la nature. Comme chez Tesson, Chris veut éprouver ses propres limites.

 

- Une quête d’identité : c’est un film sur le secret de soi et sur l’identité. Entreprise de dévoilement, de renaissance. Chris change de nom. Il va même se présenter à l’administration pour avoir des papiers. Mais, en même temps, il veut se débarrasser des mensonges du passé. Il recherche la vérité de son existence, comme le dit sa sœur. Au fur et à mesure, il apprend qui il est. Les enfants apprennent qu’ils sont des bâtards. C’est aussi un film qui révèle les blessures et les secrets de l’enfance.

 

- Conjointement au thème de l’identité, on note l’omniprésence de la lecture et de l’écriture. Lien évident entre le voyage et la littérature.

Le film commence par son arrivée en Alaska. C’est la fin du voyage.

 

1ère séquence :

Passer du début jusqu’à 13 min 13

Nous sommes au moment clé de son aventure : Chris arrive à destination : en Alaska. Cette première séquence permet de poser les principaux thèmes du film.

D’abord, l’homme et la nature : le début est filmé en plongée. On n’entend d’abord que le bruit des pas de Chris, puis on le voit tout petit, perdu dans l’immensité de la nature. Il n’y a plus de route, plus aucun signe de civilisation. La caméra balaye le paysage pour montrer la grandeur et l’immensité de l’espace. Ce sont des étendues de neige. Puis, Chris campe avant de trouver son logis, le magic bus. On le voit chasser, se faire du feu et observer les animaux.

Le refus de la société : la caméra film d’abord Chris de dos. Il tourne le dos au camion. Il refuse d’emporter ses affaires. Le chauffeur reste dubitatif quand il s’enfonce dans la neige. Chris est enthousiaste à l’idée de se retrouver seul. Il se présente comme un esthète voyageur.

Réflexion sur le moi : comme dans l’œuvre de Tesson, on voit le voyageur en train d’écrire. Il témoigne de son expérience. Et en même temps, il annonce qu’il veut se démasquer. Il se considère comme un imposteur. Le thème du mensonge est omniprésent dans le film : quand il parle des parents, il regrettera qu’ils aient vécu dans le mensonge et dans le non-dit. Il découvrira qu’il est un bâtard.

 

2ème séquence :

13 min 13 à 20 min 45

Autre séquence clé puisque nous sommes quelques jours avant le départ de Chris. C’est un retour en arrière. Scène en parfaite opposition avec ce que nous venons de voir.

Une scène en opposition avec ce qui précède : première opposition est sonore. La scène commence avec de la musique, du bruit. Cela rompt avec le silence de la nature. Le personnage est solitaire, puis on le voit au milieu de la foule. On découvre la société américaine. Un moment clé dans la vie des étudiants : un rite social. C’est la remise des diplômes devant la famille. Le rite social est d’ailleurs rappelé par un effet de mise en abyme. On a une analepse dans l’analepse : Chris raconte la remise de diplômes de ses parents qu’il critique. Le chemin est tout tracé et Chris s’inscrit dans cette tradition. On voit une nature artificielle : les arbres plantés dans l’université, les fleurs au restaurant. Rien à voir avec les grands espaces de l’Alaska. De plus, les étudiants portent tous des costumes, les parents sont des bourgeois endimanchés. Il y a un parallèle aussi entre le repas au restaurant et la nourriture dans l’Alaska. C’est une vraie mise en scène. Tout est faux. Cela s’oppose avec la simplicité de la vie que mène Chris.

Contestation de l’ordre social : le premier signe d’opposition a lieu lors de la cérémonie : il arrivant en sautant sur scène. L’opposition apparaît aussi quand il évoque la remise des prix : Chris ne veut pas faire comme ses parents. Il veut vivre. Mais surtout cela apparaît lord du repas au restaurant. Il arrive en retard. Les parents sont presque des caricatures des parents bourgeois : la mère, très fière, protège son fils. Le père est fier aussi mais plus distant. Le discours du père sur le fait de conduire une voiture ou pas est un discours qui porte sur la loi. Aucune transgression n’est permise. Puis, on discute d’argent, de bourses d’études et de réussite universitaire. La carrière de Chris semble toute tracée. On retrouve tous les thèmes de la société capitaliste américaine. L’arrivée de trublions sert à montrer combien les parents de Chris sont des bourgeois bien pensants. Ils sont agacés par l’arrivée de la bande (Ils vont rester au bar, dit le père). Une dispute, vite étouffée par la mère, éclate au sujet de la voiture. On est dans un conflit de valeurs entre le père qui veut payer une nouvelle voiture à son fils et Chris dégoûté par la société capitaliste : il est excédé et répète « acheter ». La voiture est d’ailleurs sûrement un écho au magic bus. On nous a longuement montré le bus qui n’est plus qu’un tas de ferraille. Et le père parle de la voiture de Chris comme d’un « tas de ferraille ».

Le goût de la liberté : Chris revendique sa liberté. Il aime les livres et surtout les livres d’aventures : Tolstoï, Thoreau (auteur américain connu pour avoir prôné une vie simple loin des technologies). Il rompt avec les attaches sociales : il donne son argent à une association caritative et découpe toutes ses cartes. Plus tard, dans le film, on le verra encore brûler son argent.

 

3ème séquence :

27 min à 33min 06

Chris rencontre deux hippies. Scène nocturne autour d’un feu.

Thème de la liberté : refus de l’argent qui enchaîne. Il veut mener une vie avec des risques. Contre la prudence.

Thème du mensonge et de la vérité : Chris proclame comme valeur absolue la vérité. « Je veux la vérité. ». Ce thème conduit à la famille. La sœur prend le relais et on a un retour en arrière. La lumière est éclatante. Scène de fête à la maison. Père filmé en contre-plongée pour le grandir. Critique des parents qui n’ont pas le courage de divorcer. Le couple des parents est en opposition avec le couple des hippies. Le hippie a des cheveux longs, exact opposé du père. Mais les hippies s’aiment, à la différence des parents de Chris. Ce sont les nouveaux parents de Chris. De nouveau, les plans se succèdent et s’opposent. Au jardin familial peuplé de monde s’oppose l’horizon et les oiseaux du ciel.

 

4ème séquence : 1h07-

La ville : Chris arrive en ville. Contre-plongée pour immensité des gratte-ciel. Il erre en ville et n’a plus de montre. Images au ralenti. Se retrouve dans la foule. Il est perdu. Tout lui semble étranger. Arrêts sur image. On a une focalisation interne. Les gens sont captés dans le mouvement. Son regard s’arrête sur des visages, et notamment sur celui d’un homme d’affaires. Il symbolise la réussite sociale. Par un trucage, le visage de l’homme devient celui de Chris. Il pourrait être à sa place. Puis, on a une ellipse : on le retrouve dans le centre pour réfugiés et il décide de s’en aller. Il fuit son imposture.

 

Une nouvelle identité : décide de se donner une nouvelle identité. Il renonce à celle de son passé. Il n’a plus d’acte de naissance. Il déclare son nouveau nom : Alex Supertramp.

5ème séquence : 1h18 – 1h19

 

Nouvelle scène où Chris est confronté au monde urbain.

Les images accélérées contrastent avec les ralentis qui précèdent. C’est le rythme de la vie

effrénée des villes. Chris est à part. Ses actions ne servent à rien. Il est au-dessus du monde. Il tient le monde à distance. On le voit dans un fastfood. Les actions sont faites machinalement. Vision impressionniste du monde : des images brèves et suggestives : le petit qui mange etc...On voit l’urgence permanente.

La collègue qui lui fait une remarque le pousse à fuir. Signe d’une liberté revendiquée. Nouvelle ellipse : on le retrouve en Alaska dans un tout autre décor.

6ème séquence : 1h47-1h59, 20 sec

 

Chris rencontre le vieux Ron, qui a perdu sa famille dans un accident de voiture. Cette séquence permet d’abord de voir que le détour permet la rencontre. Ron lui fait la morale. Chris lui fait découvrir des lieux qu’il ne connaît pas. Ron n’aime pas voyager. Il lui fait découvrir son art.

Voyage et rencontre : C’est une rencontre entre deux personnes que tout oppose : l’un est jeune et l’autre vieux. L’un aime voyager et l’autre pas. Ron dit qu’il ne connaît pas l’endroit où campe Alex. Alex lui propose d’aller voir un endroit sur la montagne. Il marche en avant. Plus tard, autour de la table, Chris est curieux : il veut savoir comment on grave le cuir. Il apprendra à graver et se fabriquera une ceinture où sont gravées ses aventures.

La rencontre permet la confidence : Ron questionne Chris sur les raisons de son voyage et sur son passé. Le jeune homme reste très évasif. A l’inverse, Ron s’épanche et lui raconte ses malheurs.

Séquence fait aussi voir la vie simple, faite de patience et d’effort : la gravure du cuir, la course dans la montagne et la pêche. On les voit gravir la montagne. Elle est d’abord difficile à gravir pour le vieil homme, puis à la fin de la séquence il parvient au sommet et peut contempler l’horizon.

Le maître et son disciple : cette rencontre fait alterner les rôles. Alors que Chris est plus jeune et qu’il vouvoie Ron, il lui donne des conseils et l’encourage. Ron le tutoie. A la fin de la séquence, on assiste à un dialogue à portée morale et religieuse. Alex utilise à plusieurs reprises l’impersonnel « il faut ». : « il faut que vous sortiez de votre trou ». Alex et Ron sont des maîtres de sagesse l’un pour l’autre. Ils sont assis côte à côte face au ciel. Alex n’est plus devant Ron. Avec l’illumination du ciel, on pourrait voir là le discours de la montagne et la rencontre avec Dieu, comme Moïse a rencontré Dieu sur la montagne avec le buisson ardent.

Plus tard, Ron propose à Chris de l’adopter. Encore une fois Chris refuse toute attache. Il s’en va et tourne le dos à Ron.

 

7ème séquence :

Avant la séquence finale, on a un résumé sous forme de flash-back de toutes les rencontres de Chris.

2h11 -fin

 

On voit Chris dans son bus. Il est très faible. Il écrit avec beaucoup de mal. Sa dernière « Le bonheur réel n’est que partagé ». Elle vient finalement contredire tout le parcours de Chris qui s’est coupé des siens et qui a refusé toute attache.

Vision très réaliste de la déchéance de Chris : image du corps et de sa faiblesse.

Quête du vrai : il signe sa pancarte de son vrai nom. Le voyage n’a été qu’un détour pour se retrouver. Il ne signe pas Alex Supertramp.

Atmosphère onirique : rapidité des changements de plan, musique électronique. Vertige de la mort. Rêve du sourire et retrouvailles avec parents. Image du bonheur en famille. Image du ciel qui rappelle les paroles de Ron sur la montagne.


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