Devoir de Philosophie

Si c'est un homme - L'arrivée au camp - Chapitre 1 - Primo Lévi

Publié le 27/02/2008

Extrait du document

Si c'est un homme

L’arrivée au camp

Chapitre 1 de \"Et brusquement...\" à \"...nous ne vîmes plus rien.\"

Primo Lévi, 1947

 

Introduction

     Primo Lévi écrit en 1947 Si c’est un homme. Ce livre est devenu un ouvrage de référence pour les historiens : un des témoignages fondamentaux en ce qui concerne le génocide hitlérien et le système concentrationnaire. Le ton est sobre et posé, tel un témoignage. C’est une réflexion « sur l’âme humaine ». L’œuvre nous raconte son expérience depuis son arrestation jusqu’à sa libération un peu plus d’un an plus tard.      Dans cet extrait de Si c’est un homme, nous voyons une longue attente et un voyage très épuisant, puis une détente brusque (sursaut du récit) \"et brusquement ce fût le dénouement\".

Entrée du camp d'Auschwitz, avec l'inscription \"Arbeit macht frei\" : le travail rend libre

Lecture Annonce des axes Problématique : étudier l’enjeu de l’écriture autobiographique à travers       I- la structure       II- Les personnages       III- La présence du narrateur

Etude

I- La structure

a) Chronologique ? (-> raconter)

- incipit et excipit (-> scène en temps réel qui se déroule sur un quai) - paragraphes1, 2, 3, 4 (début) (détail d’un événement en particulier : la descente du train, l’arrivée SS, premier et dernier \"échanges\" - Morts (paragraphes 6, 7 « 2 jours plus tard ») évocation individuelle puis collective des disparus b) Logique ? (-> réfléchir)

- Liens logiques (glissement vers un discours plus explicatif (recul écrivain) ; recherche d’une causalité - Complexité des phrases (-> subordination) - Rhétorique (anaphore « nous savons » « ainsi » ; opposition « capables ou non ») c) Esthétique ? (-> faire comprendre) décrire le passage indicible vie/mort

- Un « dénouement ». Théâtre de l’absurde : sans le savoir les hommes ont déjà quitté leur vie. - Série de variations -> gradation -> scène hallucinée (règne mort, force brute) - Monde de l’ordinaire (présence habituelle SS « leur travail de tous les jours » x2 -> dénonciation encore plus forte. II- Les personnages (stylisés)

a) Un système d’opposition

- paragraphes 1 et 2 : soldats hurlants opposés aux civils silencieux. - paragraphe 3 : SS (méticuleux organisateurs) opposés aux arrivants (désarroi et désordre) - fin du texte : « vivants » opposés aux « morts »                       monde des hommes opposé aux du monde des camps. b) Le langage

- guillemets (énoncés réduits à leur plus simple expression -> langage déshumanisé) - énoncés seulement prédicatifs -> ironie les bourreaux qui ne nomment pas les hommes) - dégénéré : effet polyphonique : le narrateur vole un mot aux bourreaux. c) Négation de l’échange

- échange déséquilibré, mécanisé (question/réponse ; ordres/obéissance ; échange force de travail contre la survie…) - Derniers échanges humains (« se cherchaient » ; bain Emilia…) - L’indifférence (« ils » différent de « nous » : « silence d’aquarium » ->  frontière entre deux mondes de natures différentes)  -> Personnes présentées comme des ombres passant entre la vie et la mort, le clair et l’obscur : choix stylistiques qui suggèrent la présence d’un narrateur objectif, profondément ému, et juge de cette scène. III- La présence du narrateur

a) Objectivité du témoin

- Un témoignage minutieux -> passé simple + chiffres très précis (ton scientifique) - un compte rendu neutre, euphémisé -> semble adopter ton impassible des Allemands. - le ton (effet de miroir) (distance, n’élève pas voix -> dénonciation renforcée) b) L’humanité de l’auteur

- le « je » -> une seule occurrence (survivant) : discrétion, humilité - se transforme en « nous » »nous avons peur » -> survivants, morts = déportés ; « nous savons » lecteur + auteur ? Ou discrétion ? - choix révélateur (nous -> lutte humanité contre la barbarie; dénonciation de l’ horreur) c) L’accusation de l’écrivain

- le juge : « nous savons » -> regard informé et distancié quelques années plus tard) - dénonciation des bourreaux (jugement de l’auteur sur les Allemands, leur rôle dans l’histoire du peuple juif et leur traîtrise) - au nom des victimes (laisser parler les faits et surtout les morts ; survivant dont unique raison de vivre est de témoigner pour tous les morts) Conclusion

    C'est le souvenir de la première sélection qui est relaté dans ce texte. Primo Lévi maîtrise sans cesse l’expression de l’émotion : il laisse la parole aux personnages et se contente de donner les indications nécessaires à la compréhension des événements. Ici l’arrivée au camp est une sorte de pièce ajoutée à un dossier qui se constitue sous nos yeux et nous sommes de juger les événements rapportés. Il existe une séparation non seulement entre les morts et les survivants, mais aussi entre les bourreaux et les victimes.     On ressent bien dans cet extrait de Si c’est un homme tous les enjeux autobiographiques : TEMOIGNAGE, HOMMAGE, JUGEMENT. Ici les enjeux historique et éthique de l’écriture autobiographique revêtent une importance toute particulière.

Liens utiles