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Esh dissertation: La mondialisation économique peut-elle être remise en cause ?

Publié le 24/11/2022

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« Entraînement à la dissertation de science économique Sujet n° 2 La mondialisation économique peut-elle être remise en cause ? (Novembre 2016) 1.

Se préparer à la rédaction 1.1 L’enjeu du sujet La mondialisation économique désigne un processus d’intégration commerciale et productive croissant.

L’adjectif économique pourrait également conduire à analyser ses aspects financiers, mais la réflexion ne portera pas ici sur la globalisation financière.

Cette mondialisation économique est apparue comme un élément positif dans l’histoire des sociétés qui a permis d’accroître les richesses, d’améliorer la productivité des entreprises et de répondre à la demande de différences des consommateurs.

C’est à l’aune de ces éléments que P.

Krugman écrit en 1998 La mondialisation n’est pas coupable.

Aujourd’hui pourtant, nombreux sont les économistes comme les politiques à mettre en avant les effets néfastes de la mondialisation, en particulier sur les revenus des classes moyennes des pays riches.

Certains en appellent à la « démondialisation » quand d’autres se demandent comment préserver les aspects positifs de la mondialisation tout en rendant leur souveraineté aux peuples (D.

Rodrik) ou en rendant la mondialisation inclusive (Fonds monétaire international, Banque mondiale, Organisation internationale du travail).

D’autres encore considèrent que la dynamique passée a atteint ses limites, en particulier du fait des rendements décroissants de la décomposition internationale des processus de production (DIPP), du recentrage de l’économie chinoise sur son marché intérieur et des contraintes écologiques qui pèsent sur le commerce au long cours (S.

Jean). 1.2 Le cadrage et les concepts clés Se questionner sur la possibilité de remettre en cause la mondialisation économique consiste alors à se demander comment cela serait possible, au-delà de la possibilité en elle-même.

En effet, l’histoire de la « première mondialisation » proposée par S.

Berger a montré qu’un arrêt brutal de cette dynamique était advenu.

Ainsi, les leçons de l’histoire peuvent conduire à une réflexion sur les conséquences d’une brutale remise en cause du processus de mondialisation économique.

Celui-ci pourrait être s’arrêter (situation de statu quo), mais également s’inverser. La mondialisation économique est le concept-clé du sujet.

Il s’agit ici du processus qui a conduit à une intégration commerciale et productive forte consécutive aux stratégies commerciales et productives globales des firmes et des Etats.

Si le capitalisme a connu deux périodes de mondialisation, la réflexion doit être centrée sur la dynamique actuelle, même si l’histoire de la première mondialisation peut être mobilisée.

Cette dynamique naît d’une volonté politique après la Deuxième Guerre mondiale puisque les Etats décident de construire un cadre multilatéral et régional aux échanges et aux investissements.

C’est à partir de la fin des années 1970 que l’intégration économique mondiale s’accélère avec l’effondrement des coûts de transport et de communication et une amplification de la volonté des Etats de libéraliser les mouvements de marchandises et de capitaux.

Ces éléments vont faciliter les stratégies de localisation des segments productifs selon les avantages compétitifs de chacun, au point qu’aujourd’hui un grand nombre de produits apparaissent « made in the world » selon l’expression de l’Organisation mondiale du commerce.

Remettre en cause la mondialisation économique pourrait sembler illusoire dans ces conditions. Dans le même temps, l’intégration économique est de plus en plus souvent pointée du doigt comme étant à l’origine de la dégradation des conditions de vie d’une partie croissante de la population qui la rejette en conséquence.

La mondialisation économique perd alors sa légitimité.

Comme le souligne l’ancien économiste en chef de la Banque mondiale, B.

Milanovic, la mondialisation fait des perdants qui en ressentent d’énormes frustrations.

Faut-il alors revenir en arrière, et selon quelles modalités dans ce cas ? Par ailleurs, à l’aune de la crise du multilatéralisme et du ralentissement actuel de la croissance du commerce mondial, la question de l’efficacité du processus peut également se poser. 1.3 La construction de la problématique La question peut sembler simple en première lecture et conduire à proposer une réflexion autour d’une réponse sous la forme oui/mais ou non/mais.

Cependant, cette approche semble assez peu pertinente au vu des analyses économiques contemporaines, y compris celles des institutions internationales qui soulignent la nécessité de rendre inclusive la mondialisation en protégeant les « perdants », ce qui en un sens remet en cause le processus actuel.

La question peut alors se décliner selon deux approches.

Une première question découlant du sujet consisterait à se demander si la dynamique pourrait être remise en cause de façon endogène, du fait de son essoufflement lié à une perte d’efficacité.

D’une part le multilatéralisme semble être une impasse, et d’autre part la DIPP perd en efficacité, ainsi que les flux économique qu’elle a pu générer par le passé.

Enfin, la question environnementale nécessite sans doute une remise en cause, au moins partielle, des flux de marchandises émetteur de gaz à effet de serre.

Une deuxième question pourrait porter sur une remise en cause politique de ce processus de mondialisation économique en raison de son manque de légitimité.

Il apparaît en effet que les populations ne soient plus en accord avec l’ouverture économique telle qu’elle s’est opérée.

Dès lors, il semble pertinent de la remettre en cause pour la rendre de nouveau légitime, soit en faisant qu’elle soit davantage inclusive, soit en revenant partiellement en arrière. 2.

Rédiger le devoir : une proposition Remarque Nous avons pris le parti de proposer pour ce sujet un corrigé qui correspond aux consignes accompagnant les sujets posés lors des épreuves d’ESH (Economie, Sociologie, Histoire) des concours d’entrée dans les écoles de management.

Il est en effet précisé aux candidats : « Tout verbiage doit être évité et il est expressément recommandé de ne pas dépasser huit pages ».

Sachant qu’une copie dense comporte environ 1000/1100 mots, le corrigé proposé a été circonscrit à 2500 mots environ. Introduction Pour la politologue S.

Berger, la première mondialisation a pris fin à la veille de la Première Guerre mondiale en 1913.

Beaucoup d’analystes et de commentateurs de l’époque considéraient l’intégration économique et financière comme acquise, irréversible et même facteur de paix.

La remettre en cause allait selon eux à l’encontre des intérêts de tous, capitalistes comme travailleurs. Pourtant c’est ce qu’il advint, l’histoire montrant que tout processus d’intégration commerciale et productive peut être remis en cause.

Est-ce si différent aujourd’hui ? La deuxième mondialisation débute au sortir de la Deuxième Guerre mondiale puis s’accélère à partie des années 1980.

Il s’agit du processus par lequel les territoires sont économiquement de plus en plus intégrés en raison du développement des échanges commerciaux internationaux et de l’éclatement de la chaîne de valeur à travers la décomposition internationale des processus productifs (DIPP).

Pourtant, les interdépendances encore plus fortes aujourd’hui qu’hier sont-elles de plus en plus critiquées.

La mondialisation économique peut-elle prendre fin ? Le processus peut-il s’interrompre ? Changer d’orientation ? Si la mondialisation économique peut être remise en cause il faut savoir pourquoi et comment.

Dans cette analyse, nous entendrons par mondialisation économique les aspects commerciaux et productifs, et laisserons de côté les aspects financiers.

Dans un premier temps nous montrerons que la dynamique à l’œuvre peut être remise en cause en raison de son manque d’efficacité (I).

Nous verrons ensuite que le processus a perdu en légitimité ce qui peut également la remettre en cause (II). *** I. Perte d’efficacité et remise en cause de la mondialisation économique Jusqu’à présent, la mondialisation économique est considérée par de nombreux auteurs et responsables politiques comme un processus efficace qui permet une allocation optimale des ressources et une spécialisation des territoires propice à chacun.

C’est pourquoi il a été organisé et amplifié par les institutions internationales depuis 1947 et la signature du GATT (General Agreement on Tarrifs and Trade).

Cependant, cette efficacité est aujourd’hui discutable au niveau commercial (I1) comme au niveau de l’éclatement de la chaîne de valeur (I-2) A.

La crise du multilatéralisme remet en cause le processus actuel Au nom des gains à l’échange mis en évidence par les économistes classiques dès le XIXème siècle, notamment par D.

Ricardo qui a développé la notion d’avantage comparatif permettant de prouver que deux territoires avaient intérêt à se spécialiser et à commercer, les Etats ont organisé les relations commerciales internationales dans une optique libre-échangiste.

C’est après la Deuxième Guerre mondiale qu’est signé le GATT, en 1947 et qui se retrouve encore au fondement de l’OMC (Organisation mondiale du commerce, fondée en 1995) avec le GATS (General Agreement on Trade of Services) et le TRIPs (Trade-Related Aspects of Intellectual Property Rights).

L’objectif de l’OMC est de libéraliser les échanges internationaux sur la base d’accords multilatéraux reposant sur le consensus.

Aujourd’hui, cependant, le multilatéralisme tel qu’il a été pensé par les 23 premiers signataires dysfonctionne à plus de 160 pays membres.

En effet, les négociations durent de plus en plus longtemps et la nécessité d’établir un consensus peut conduire à des blocages importants.

Ainsi en est-il du cycle de Doha (débuté en 2001), premier cycle de négociation mis en œuvre dans le cadre de l’OMC, toujours en cours avec tout de même un accord trouvé en 2013 à Bali.

Surtout, non seulement l’accord ne représentait que 10% du programme de Doha (axé sur le développement) mais en plus le changement de gouvernement en Inde a failli conduire à sa remise en cause.

Un seul pays, certes pas des moindres, est en mesure d’empêcher l’application de mesures acceptées par tous les autres. C’est aussi la raison pour laquelle se sont multipliés les accords bilatéraux ne concernant que deux ou quelques pays s’accordant des facilités commerciales ou productives plus grandes.

C’est par exemple le cas du Partenariat transpacifique (PTP) signé entre les Etats-Unis et 11 autres pays de la zone pacifique dans l’objectif de surmonter les difficultés rencontrées dans le cadre multilatéral. Cependant, ces accords, qui peuvent se justifier économiquement comme optimum de second rang en s’appuyant sur des analyses à la J.

Viner (les créations de trafic l’emportent sur les détournements de trafic), sont également rejetés aujourd’hui comme l’illustre la décision unilatérale des Etats-Unis de ne pas ratifier le PTP. La dynamique de mondialisation fondée sur le multilatéralisme semble ainsi remise en question aujourd’hui.

La mondialisation productive fondée sur la DIPP semble aussi s’essouffler. B.

Les rendements décroissants de la DIPP remettent en cause la mondialisation actuelle Comme l’explique S.

Jean, actuel directeur du CEPII (Centre d’études prospectives et d’informations internationales) nous sommes entrés dans une nouvelle phase de la mondialisation.

Il considère que la DIPP a atteint ses limites aujourd’hui.

En effet, l’éclatement des chaînes de valeur, croissant depuis les années 1980, perd en efficacité.

D’une part, la dynamique de rationalisation productive ne peut être infinie et ce qui pouvait être décomposé dans la chaîne productive l’a été.

D’autre part, l’éclatement des chaînes de valeur n’est pas sans risque pour les producteurs.

De fait, une rupture d’approvisionnement peut déstabiliser les firmes et réduire leurs perspectives d’activité et de profit. Cela a été notable suite à la catastrophe de Fukushima.

Ainsi, l’arrêt des usines japonaises consécutif au tsunami en 2011 a pu ralentir la production en Europe, comme ce fut le cas pour les usines Peugeot.

En effet, le constructeur automobile utilise une pièce pour ses moteurs qui n’est fabriquée qu’au Japon et a dû réduire la cadence productive sur ses chaînes de montage.

Enfin, comme le soulignent de nombreux observateurs, la Chine change et non seulement les niveaux de rémunération s’accroissent (les salaires ont été multipliés par trois en quelques années), ce qui peut remettre en cause la DIPP, mais surtout le pays vise à recentrer sa production sur son marché national, ce qui devrait remettre en question les flux commerciaux actuels.

Ainsi, S.

Jean émet l’hypothèse que le ralentissement du commerce mondial qui en découle ne serait pas un phénomène conjoncturel mais bien un changement de cap dans la dynamique d’intégration commerciale et productive. Par ailleurs, depuis la signature de l’Accord de Paris, et sa mise en œuvre prochaine programmée, les parties se sont engagées à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES).

Or un monde globalisé dans lequel les produits semi-finis et les produits finis doivent être transportés en masse n’est pas propice à cet objectif.

C’est d’autant plus vrai que le transport par porte-conteneurs, moyen de transport principal du commerce au long cours, représente 6% des émissions mondiales de GES (sans compter l’usage d’un carburant très polluant en termes de particules), et que ces conteneurs sont ensuite généralement transportés par camion, autre grande source d’émission de GES. Ainsi, il semble bien que la mondialisation économique puisse être remise en cause dans la mesure où d’une part le modèle multilatéral est remis en question et dans la mesure où d’autre part l’éclatement de la chaîne de valeur.... »

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