BRISSET (Jean-Pierre)
Publié le 18/02/2019
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BRISSET (Jean-Pierre), écrivain français (v. 1845 - apr. 1913). Sa biographie reste assez énigmatique : il a été officier (de police et d'armée) et professeur de langues vivantes. Canularesquement sacré « prince des penseurs » par Jules Romains et ses amis en 1912, on perd sa trace en 1913, année de publication de son dernier ouvrage, les Origines humaines. Ce texte, après les deux versions de la Grammaire logique (1878 et 1883), le Mystère de Dieu (1890), la Science de Dieu ( 1900), la Grande Nouvelle ( 1900) et les Prophéties accomplies ( 1906), parachève une étrange construction intellectuelle qui tient simultanément de la recherche sur l'origine du langage (mais du français exclusivement), de l'anthropogenèse pansexua-liste et du délire prophétique. Le principe sur lequel reposent à la fois l'écriture et les thèses de Brisset consiste à admettre, ainsi que le résume Michel Foucault, que « bien avant la langue, on parlait », ou, selon la formulation de Brisset lui-même, que « l'origine de chaque langue est dans cette langue même ». Dès lors, les mots sont décomposés, disloqués, pour laisser place, non pas à des composants plus simples, mais à des formules, des phrases, des interjections obtenues par recombinaison immédiate et qui constituent comme une mémoire enfouie, qu'il s'agit de réactiver par une démarche « archéologique » affirmant ses trouvailles de kabbale phonétique comme autant de découvertes scientifiques. Ce que dissimule chaque mot actuel, c'est une multiplicité d'énoncés antérieurs ou « primitifs » nous informant sur ce que furent l'homme (qui descend de la grenouille), son évolution physiologique et sa société. Ainsi que l'a remarqué André Breton, qui attira l'attention sur Brisset dans son Anthologie de l'humour noir, il n'y a dans ses textes aucun humour volontaire : on y trouve au contraire le plus grand sérieux allié à la certitude d'énoncer un savoir aussi radical qu'absolu. Queneau fit une place à Brisset parmi les « hétéroclites et fous littéraires », mais il y a dans la démesure de son entreprise et dans la rigueur obstinée qu'il y déploya un aspect systématique qui permet de le rapprocher aussi bien du discours psychotique (Wolfson) que des textes ayant œuvré à des élaborations para-scientifiques (pataphysique de Jarry, politique utopique de Fourier) ou des amateurs les plus graves du jeu sur les mots (Roussel, Duchamp, Leiris).
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