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ADOLPHE, roman de Benjamin Constant

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constant

ADOLPHE, roman de Benjamin Constant, publié à Londres, puis à Paris (1816). « Anecdote » selon son auteur, ce bref récit à la genèse passablement embrouillée (si l'on en croit les Journaux intimes, la rédaction, commencée en octobre 1806, serait achevée moins d'un an plus tard, mais Constant parle tantôt de son

 

« roman », tantôt d'un « épisode ») a plus été lu comme une œuvre autobiogra phique, dont on a cherché à percer l'identité réelle des personnages, que comme une fiction, et Constant se plaignait « de cette fureur de reconnaître dans les ouvrages d'imagination les individus que l'on rencontre dans le monde ». À cette interrogation sur les clés, la critique a longtemps ajouté une réflexion sur l'intégration d'Adolphe dans la tradition du roman psychologique, ne sachant s'il convenait de le classer dans les derniers feux du classicisme ou les premières lueurs du romantisme. Lectures externes qui ont ainsi masqué les véritables qualités littéraires de l'œuvre.

 

À commencer par la complexité de son architecture. En effet, Adolphe ordonne autour du récit rétrospectif du héros trois textes annexes (l'« Avis de l’Éditeur » qui présente la confession, la « Lettre de l'Éditeur » et la « Réponse » qui la suivent) qui tissent un réseau où se dévoile le sens véritable du rornan, Adolphe apparaissant alors comme un faux roman par lettres. Lettres qui circulent entre les héros, lettres qui les relient à la société, lettres trouvées dans la « cassette », lettre, enfin, « placée à la fin de l'histoire et qui a décidé de la publication actuelle ». Car la lettre, loin d’être un artifice, devient Y acte essentiel du récit : c'est elle qui tue Ellénore et c'est elle qui, terminant l'anecdote, prophétise l'avenir malheureux d'Adolphe. Fixant les mots, elle permet ce que la parole ne parvient jamais à réaliser : décider (« J'étais arrivé près d’elle, décidé à tout lui dire. Accusé par elle, le croira-t-on ? je ne m'occupai qu'à éluder »). Et dans sa lettre d'outretombe, Ellénore avouera : « Ce que j'obtiens de mieux, c'est votre silence. »

 

Cependant, Adolphe n'est pas un banal drame de l'indifférence ou de l'incommunicabilité : on parle, on écrit, on lit les signes à travers tout le roman ; mais parole, billet ou signe ne sont jamais là où ils devraient être. Adolphe prête attention à la société plus qu'à Ellénore, constituant sans le vouloir le trio fatal — l'amant/l'amante/les autres

« - qui, loin de se résorber en vaudeville, achève son parcours conformément au désir didactique de Constant : « Sa position et celle d'Ellénore étaient sans ressource, et c'est pnicisément ce que j'ai voulu. » Récit du huis clos sentimen­ tal, Adolphe ne peut que se conclure sur l'échec : la fausse libené reconquise ne saurait satisfaire le héros puiqu' elle n'est rien d'autre que la manifestation d'une soumission à l'ordre social, le triomphe de l'app aren ce sur l'essence. En échappant à Ellénore, Adolphe se dissout lui-même, « ajo utan t des re­ mo rds aux regrets, des fautes aux souffrances ». Il est vrai que, dès la préface, Constant ne laissait aucun espoir à son lecteur : « Quand on est entré dans cette route, on n'a plus que le choix des mots. » »

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