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ASSOMMOIR (L') d'Émile Zola (fiche de lecture)

Publié le 15/10/2018

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ASSOMMOIR (L'). Roman d'Émile Zola (1840-1902), publié à Paris en feuilleton dans le Bien public d'avril à juin 1876, puis, après une interruption due à certaines difficultés politiques et éditoriales, dans la République des lettres, une revue d'orientation parnassienne, de juillet 1876 à janvier 1877. Une première partie paraît en volume en 1876, mais la véritable originale date de 1877, toutes deux à Paris chez Charpentier.

 

L'immense succès public du septième roman de la série des Rougon-Macquart, tient en partie au scandale qui accueillit sa publication, avec notamment des articles dans le Figaro, le Gaulois, ou le Journal des débats. On sait aussi qu'à côté de l'enthousiasme de Huysmans et de Mallarmé, certains « excès » arrêtèrent E. de Goncourt, pionnier pourtant dans la description de ce monde nouveau : celui du peuple. Mais l'œuvre de Zola reste radicalement nouvelle et correspond à un investissement personnel considérable : visites, notes, lectures (notamment le Sublime de D. Poulot). Par ailleurs, sa vie passée l'a conduit à fréquenter, jeune homme, les milieux dont il parle, et il a connu aussi les

aspects politiques d'une situation qui le marque et l'indigne. Il adapta le roman pour la scène, en collaboration avec Busnach et Gastineau (1879).

 

Dans sa Préface, Zola revendique la rigueur de son plan, la moralité de ses ambitions, la vérité de son tableau.

 

Gervaise est arrivée dans un Paris pauvre et hostile. Lantier, son amant, n’est pas rentré à l’hôtel où ils logent avec leurs deux fils, Claude et Étienne. Chapelier de métier, Lantier est paresseux et infidèle : les scènes de ménage se multiplient Au lavoir, Gervaise est provoquée par Virginie, la sœur d’Adèle, la nouvelle amie de Lantier. Une bataille s’engage alors, dont Gervaise sort victorieuse (chap. I ).

 

Quittée par Lantier, elle se retrouve seule, mais Coupeau, ouvrier zingueur et couvreur, lui fait la cour, notamment à l’Assommoir, le cabaret du père Colombe. Ils se mettent en ménage dans le triste immeuble de la Goutte-d’Or, où habite la sœur de Coupeau, mariée à Lorilleux, un artisan avare qui travaille l’or. Ils vont se marier (2).

 

La noce se rend d’abord à la mairie, puis à l’église. Après un petit repas, on se dirige, pour passer le temps, vers le musée du Louvre où le « cortège » se perd. On monte à la colonne Vendôme avant de revenir pour le grand repas du soir : Mes-Bottes, un ami, engloutit des portions formidables. On commence à médire de Gervaise qu’on appelle la « Banban » parce qu’elle boite. Au retour, elle rencontre le sinistre cro-que-mort Bazouge. Grâce au travail et à l’économie, le ménage prospère et a un enfant Nana. Goujet un forgeron, ouvrier solide et sûr, vit avec sa mère à côté des Coupeau : il devient l’ami de Gervaise. Un jour, en travaillant Coupeau tombe d’un toit et se casse une jambe. L’accident fera fondre les économies du ménage (3-5).

 

Grâce à l’argent que lui prête Goujet Gervaise peut s'établir blanchisseuse et prospère au point d’engager des ouvrières. Elle gagne honnêtement sa vie, même si elle s’avachit progressivement. Elle voit souvent Goujet qu’elle ne peut rembourser. Elle retrouve aussi Virginie qui lui parie de Lantier, tandis que Coupeau, désormais infirme et sans travail, traîne de plus en plus au cabaret avec ses amis Mes-Bottes, Bibi-la-Grillade et Bec-Salé (6-7). Gervaise a préparé un grand repas dont le sommet sera une oie rôtie. On boit beaucoup et l’on chante au dessert Lantier, qui est revenu, devient l’ami du couple. Il va vivre

zola

« dans la boutique tout en refaisant la cour à Ger­ vaise que, de son côté, Goujet aime d'un amour chaste (8-9).

Coupeau s'installe dans la paresse, Gervaise aussi se laisse aller; elle grossit, ne travaille plus aussi bien, perd son argent et sa réputation, se trouve finalement obligée de déménager ( 1 0) ; tandis que Virginie et Poisson son mari repren­ nent la boutique, Nana grandit.

Tout se dégrade: Lalie, enfant martyr des Bijard, se fait battre vio­ lemment.

Coupeau, malade d'ivrognerie, est obligé d'entrer à Sainte-Anne.

Gervaise elle­ même sombre dans l'alcoolisme ( 1 1 ).

Nana aussi toume mal : devenue fleuriste, elle se laisse cour­ tiser et entretenir par un «vieux», fugue à plu­ sieurs reprises, court les bastringues, devient une femme entretenue, tandis que Coupeau multiplie les séjours à l'asile.

Il y a de moins en moins d'argent.

C'est l'hiver, tout part au Mont-de-Piété, la faim arrive, tandis que Lalie, l'enfant martyr, disparaît.

Gervaise, totalement démunie, en vient à se prostituer, se proposant même à Goujet, qu'elle n'a pas reconnu ( 12).

Coupeau va mourir, au milieu des hallucinations du delirium tremens.

Gervaise poursuit sa déchéance sociale avant de mourir, elle aussi.

Elle sera enterrée par le cro­ que-mort Bazouge déjà plusieurs fois rencontré ( 13).

L'Assommoir est le cabaret séducteur où Coupeau, puis Gervaise iront boire le poison (le «vitriol») distillé par l'alambic.

C'est à lui qu'on doit la dégradation physique, la folie, la déchéance sociale dans son ensemble, d'autant plus dramatiques qu'elles se cachent derrière l'apparence de la joie, de la convivialité.

Mais il s'agit d'une euphorie diabolique, d'une énergie négative et illusoire qui n'a rien d'un travail : cette gaieté se transforme faci­ lement en paresse, en violence et en forces de mort.

Le phénomène de l'alcoolisme n'est donc pas simple­ ment le résultat de certains facteurs psychosociaux : il est montré comme une sorte de maléfice symbolique et contagieux.

Il trahit d'abord la fêlure familiale qui court à travers l'édifice des Rougon et des Macquart : quand Gervaise imite les convulsions de son mari à Sainte-Anne, elle retrouve sans doute la «tante Dide », de Plassans.

Mais, l'alcoolisme est plus qu'un révé­ lateur, comme le sont ailleurs une ten­ sion politique, une situation financière ou amoureuse.

Au-delà de l'enjeu fami­ lial, il faut y voir l'aspect social et col­ lectif d'un peuple tout entier menacé (dont l'emblème est Gervaise) : on conçoit que certains socialistes aient été choqués par une vision finalement aussi pessimiste du prolétariat urbain, aliéné et passif.

Le reproche cependant n'est guère fondé.

D'abord parce qu'à côté des fous, des alcooliques, des pères bour­ reaux, des parasites, des coureuses, il y a le peuple digne : ce ne sont certes pas les Lorilleux, avares et jaloux, mais par exemple Goujet, le forgeron athlète et économe qui vit avec sa mère et aime Gervaise en secret, ou Lalie, la petite victime qui meurt à quatorze ans.

Ensuite, parce que Zola propose un véritable tableau, non seulement concret mais cruel, de la condition ouvrière.

Car le livre possède aussi cette audace, cette nouveauté de ne pas fuir le défi du tabou: on nous montre le travail du zingueur sur les toits, celui des artisans chaînistes en chambre, du forgeron virtuose qui fabrique ses clous et ses boulons, des blanchisseuses, des fleuristes.

On nous montre aussi leur vie dans un décor triste et angoissant, le quotidien sale d'un quartier popu­ laire : un passage, en particulier, décrit la maison de la Goutte-d'Or, sa promis­ cuité, ses odeurs rances, ses bruits per­ pétuels.

Ces conditions de travail expli­ quent ou accompagnent l'alcoolisme, la misère morale et ses angoisses (l'accident du mari qui entraîne le manque d'argent, les enfants à nourrir, le terme à payer ...

).

Le peuple n'est pas coupable.

À la condition ouvrière correspond aussi une authentique culture popu­ laire : elle se définit d'abord en oppo-. »

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