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Boubouroche de Georges Courteline (fiche de lecture et critique)

Publié le 15/10/2018

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Boubouroche. Récit de Georges Courteline, pseudonyme de Georges Moinaux (1858-1929), publié à Paris en feuilleton dans l'Echo de Paris en 1891, et en volume dans une version transformée et remaniée chez Flammarion en 1893. Presque simultanément, Courteline adapta ce court roman à la scène pour en faire une pièce en deux actes, représentée pour la première fois au Théâtre-Libre, dans la salle des Menus-Plaisirs, le 27 avril 1893. Elle entre au répertoire de la Comédie-Française le 21 février 1910.
 
S'inspirant d'une mésaventure vécue par son mentor et ami Catulle Mendès, Courteline qui, grâce à des murs « d'immeubles bâtis de plâtre et de crachat », fut lui-même l'involontaire témoin auditif d'un cocufiage mené avec maestria, donne à ce thème rebattu, que ce soit dans son récit ou au théâtre, une vigueur nouvelle à propos de laquelle les critiques de l'époque n'hésitèrent pas à évoquer Molière. Au théâtre, effectivement, Boubouroche, ce « George Dandin de l'union libre » (A. Valabrègue), prend une dimension encore plus humaine et plus cruelle en donnant au genre du vaudeville, honni à l'époque par la gent lettrée, « une place toute marquée entre la bouffonnerie et la comédie de mœurs,

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« permettant à la fois l'extravagance de l'une et l'humanité de l'autre>> (Cour­ teline, l'Événement, 28 avril 1893).

Le roman.

-Boubouroche, colosse au cœur tendre, balourd et bourru, vit l'esprit en paix, « parfaitement heureux » entre sa partie de manille au café et les visites régulières qu'il rend à Adèle, une petite bonne femme qu'il entretient depuis huit ans.

Un soir, un monsieur très comme il faut l'aborde et lui révèle tout à trac son infortune ( chap.

1) : Adèle le trompe.

Après chaque départ de Boubouroche, derrière la mince cloison mitoyenne, il entend les bruyants ébats amoureux d'Adèle, à laquelle Boubouro­ che n'accordait jusqu'alors pas plus de sens qu'un « panier à bouteilles ».

Abasourdi, Boubou roche se rend immédiatement chez Adèle, se fait ouvrir une porte dont depuis le temps il ne possède pas encore la clé et pose, à brûle-pourpoint, d'anxieuses questions.

Adèle, remontée, nie, se cabre, lui met en main une lampe avec ordre d'aller inspecter jusqu'au moindre recoin de l'appartement (2-3).

Boubouroche s'exécute à contrecœur; à ce moment, un malheureux cou­ rant d'air souffle la flamme et, dans l'obscurité, Boubouroche aperçoit « un mince tracé lumi­ neux» encadrant les portes d'un grand buffet.

Il ouvre.

À l'intérieur, un homme attend, conforta­ blement installé dans ce bahut aménagé.

Dérangé dans sa lecture.

l'homme, distingué, beau joueur, n'accepte de partir qu'après avoir obtenu d'un Boubouroche anéanti, qui a peine à retenir ses poings, l'assurance qu'il ne frappera pas Adèle (4).

Quant à cette dernière, superbe de mauvaise foi, elle assure qu'elle ne connaît pas cet homme et finit par retourner entièrement la situation à son profit en prétendant qu'il s'agit là d'un secret de famille qu'elle ne saurait trahir.

Boubouroche, contrit, offre alors son pardon à Adèle qui refuse net, proteste de son innocence et souhaite partir.

Elle acceptera finalement de garder son bien-être habituel avec un Boubouro­ che qui, pour lors, fulmine contre le vieux mon­ sieur délateur et qui finit par entonner son air favori, celui du « Forgeron de la paix» (5).

En adaptant Boubouroche à la scène, Courteline apporta quelques modifi­ cations qui donnent plus d'amplitude à l'ensemble.

La pièce.

-Dans un petit café d'habitués, Bou­ bou roche fait sa manille quotidienne.

C'est là qu'après une partie de cartes acharnée avec ses amis Potasse, Roth et Fouettard- partie de car­ tes dont se souviendra peut~être Pagnol en écri­ vant Marius -, le vieux monsieur vient aborder Boubouroche pour lui révéler la trahison d'Adèle (Acte 1).

Dans l'atmosphère douillette d'un salon bour­ geois, Adèle et son amant André vivent d'une manière popote, uniquement dérangés par des coups de sonnette impromptus et les visites régulières de Boubouroche.

Lors de la grande explication, Courteline apporte quelques change­ ments de détail qui tous soulignent encore la théâtralité des dialogues et des situations : dans «l'énorme bahut de chêne» qui trône sur la scène, André découvert n'est pas en train de lire mais « astique, à l'aide d'une peau de daim, la trompe de sa bicyclette » ; dans sa colère, Bou­ bou roche manque d'étrangler Adèle avant de sangloter, « la tête dans ses jupes » ; à la dernière scène enfin, Boubouroche botte les fesses du vieux monsieur en le traitant de «vieux daim » et de « poire » (Acte Il).

Courteline, qui considérait la pièce comme un drame, voulait la faire jouer dans cette tonalité au grand dam d'Antoine, qui, après quelques tiraille­ ments, finit par la monter en farce avec le comédien Pons-Ariès dont la débon­ naire jovialité acheva de donner toute sa rondeur au personnage de Boubou­ roche (Gémier jouait André).

Le succès fut immédiat et triomphal.

Antoine notait ainsi dans son Journal : « On a rarement vu une salle s'amuser comme ça.

>> Courteline, après ce « vaudeville sans prétentions moralisatrices, ni sociales ni aristophanesques [ ...

], sans le secours du quiproquo ,, (F.

Sarcey), devint un auteur reconnu dont l'origi­ nalité littéraire est d'écrire. »

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