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CHATTERTON de A. de Vigny

Publié le 20/02/2019

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CHATTERTON, drame en trois actes et en prose tiré par A. de Vigny (1835) de son roman Stello. Le poète anglais Chatterton y est violemment opposé à l'industriel John Bell, nouveau baron du monde moderne. Il reçoit l'appui d'un quaker, vivement anticapitaliste au nom des vraies valeurs religieuses. L'épouse de John Bell, Kitty, exprime la solidarité spontanée des femmes et des intellectuels dans la société nouvelle fondée exclusivement sur les intérêts. Bon exemple du romantisme critique conservateur, tenté par les nouvelles approches sociales du réel, Chatterton dut aussi beaucoup de son succès à la création remarquable de Marie Dorval dans le rôle de Kitty Bell.

vigny

« Lorsqu'il écrit Chatterton, Alfred de Vigny est déjà connu pour sa production littéraire : ses romans et ses poèmes rencontrent unvif succès.

Mais il tire une vive amertume de l'échec de sa carrière militaire et de sa vie sentimentale.

Amertume et pessimismealimentent ses oeuvres qui accèdent ainsi à une dimension philosophique.

Il apparaît derrière Victor Hugo, comme l'un desmaîtres de la nouvelle école romantique.

Dans le drame qu'il fait jouer, il évoque la situation du Poète qui refuse le joug du mondematérialiste : Chatterton, à la fin de la pièce, va se donner la mort sous nos yeux et se justifie dans un long monologue.

Dans cettescène paroxystique, à forte tension dramatique, Vigny montre la condition du Poète, héros tragique de son époque. 1) Une scène dramatiqueLe personnage principal est à bout et ne voit plus d'autre issue à sa vie que cette solution extrême, le suicide.

Dans un monologuetrès émouvant, Chatterton exprime son exaltation. A) Lyrique- Rythme haché, saccadé : à qui désormais s'adresserait- il, sinon à lui-même ? Il est son unique interlocuteur et les multiples tiretsqui émaillent le passage fonctionnent comme des relances de la parole, après des « blancs », et non comme des changements delocuteurs.

Son exaltation domine tout le passage dont le lyrisme se manifeste typographiquement à travers l'abondance des pointsd'exclamation (« Ah ! pays damné ! terre du dédain ! sois maudite à jamais ! »)- Sentiments personnels comme « déversés » dans cet instant ultime de manière entrecoupée: phrases elliptiques (« Si l'on savait !...

»), allusions à des épisodes antérieurs (« Skirner sera payé ! »), laissent supposer que Chatterton s'adresse à lui-même plutôtqu'au spectateur ; c'est bien sûr un artifice pour alléger les conventions de la double énonciation. B) EfficaceScène mouvementée, presque violente, bien qu'il s'agisse d'un monologue.

Mais loin de nous lasser, elle nous « donne à voir » etmise sur l'effet produit.Importance des gestes de Chatterton (« Prenant la fiole ...

Il boit ...

il joint les mains ...

») qui captivent lespectateur, tout comme leur motivation et leur effet ; nombreuses didascalies (« Ici, après un instant de recueillement ...

») quiviennent pallier l'analyse psychologique nécessairement réduite au théâtre.

Au terme de la pièce, le spectateur s'est pris desympathie pour ce personnage attachant qui meurt d'avoir été exclu et incompris. 2) La mort du poèteLa mort apparaît comme la seule issue pour mettre fin à une situation inacceptable. A) La mort de Chatterton- Rejeté par la société, le poète choisit de s'empoisonner.

Mais sa mort physique n'est qu'une seconde mort, concrète : en lui, ona déjà nié et donc tué l'artiste, l'être sensible.

De là viennent les multiples «affinités» du personnage dramatique avec son créateur.Pour sensibiliser les spectateurs de l'époque à la tragédie de l'artiste, Vigny le fait donc mourir « en direct » et le fait que le gesteirrémédiable s'effectue publiquement, sur scène, va à l'encontre de toutes les règles de bienséance en vigueur depuis l'âgeclassique.

Pour dire le martyr du poète, celui là même que les bien-pensants préfèrent ne pas voir, Vigny affronte directement letabou.- Non seulement Chatterton va mourir, mais la mort - quoique violente, par absorption de poison - va lui être douce :nouveau scandale.

C'est que cette mort libératrice va enfin faire tomber les chaînes sociales, casser le carcan.

L'écriture met enrelief l'opposition entre une mort à laquelle est appliqué un vocabulaire laudatif : « délivrance », « ta paix est douce », et une viequi se résume à une accumulation d'avanies et de déceptions : « humiliations, haines.

sarcasmes« travaux dégradants...

».-L'expression du bonheur lié à la mort passe par la répétition du mot « bonheur », par l'enthousiasme du ton ( Salut...

», « Adieu...») encadrant l'énumération de toutes les souffrances qui disparaissent et qui résument la vie entière de Chatterton.

On notetoutes les exclamations enthousiastes (« O quel bonheur ...Si l'on savait ce bonheur...

») qui traduisent une véritabledécouverte.Ce recours habile à la rhétorique vaut démonstration : le spectateur comprend que non seulement le suicide n'est pasun échec, mais qu'au contraire, il permet de rectifier l'échec d'une vie. B) A la condition du poèteEt la portée de cette leçon s'élargit.

Du « je » au « on » : l'expérience individuelle devient alors emblématique de la condition del'artiste.- Solennité du rituel : le mot « adieu » revient trois fois, gestes lents et symboliques : Chatterton brûle une oeuvre poétique(geste sacrificiel mais aussi de purification des souillures du mercantilisme) que le commun des mortels ne mérite pas, n'a pas suapprécier.- Thème de la différence développé par le contraste de deux réseaux lexicaux antithétiques : d'un côté la sociétématérialiste (celle qui a rejeté Chatterton et qu'il rejette à son tour ) :« vendue », « rachète », « payé », termes qui suggèrent lemercantilisme, de l'autre l'univers de la spiritualité et des valeurs authentiques : « Libre ...égal ...

jour éternel .., nobles penséesécrites...

remontez au ciel ...

».- Le poète n'a pas sa place dans la société des hommes : il est à côté, marginalisé ...

maiségalement au-dessus.

Il s'en retranche et la mort n'est que la matérialisation de cette séparation, mais il s'élève.

Magnification de. »

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