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Guillaume d'Angleterre de Chrétien de Troyes (résumé & analyse)

Publié le 21/11/2018

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Guillaume d'Angleterre

 

Le Chrétien qui revendique la paternité de Guillaume d'Angleterre est-il le même que notre poète? L’écriture est plus relâchée, mais le choix des rimes confirmerait l’attribution. Il n’est plus ici d’atmosphère arthurienne, et l’histoire s’inscrit dans une temporalité à la fois plus actuelle (celle du roman dit « réaliste », comme le pratique à l’époque un Gautier d’Arras) et plus diffuse, comme le veut son appartenance à l’hagiographie. Car Guillaume, le protagoniste, est extraordinaire par sa foi, par son espérance et par sa résignation à la volonté divine.

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« IntroductionGuillaume d'Angleterre est un roman relativement peu évoqué dans les histoires de littérature médiévale, notamment car il pose plusieurs problèmes.

Le premier estcelui de son attribution : si le narrateur se présente sous le nom « Crestiiens »[1] dès le prologue, personne ne peut affirmer que l'auteur du texte est ou n'est pasChrétien de Troyes.

Se pose aussi la question de la datation du roman, inhérente à celle de son attribution : si l'on suppose que l'auteur n'est pas Chrétien de Troyes,certains médiévistes, et parmi eux Christine Ferlampin-Acher, lisent l'œuvre comme un roman parodique, un renouvellement du genre, postérieur aux textes del'auteur champenois.

Mais Guillaume d'Angleterre n'est pas seulement complexe du point de vue du paratexte, il l'est aussi par son contenu, qui mêle différents genreset inspirations.Résumons cette histoire de famille séparée et de roi destitué puis rétabli.

Guillaume et Gratienne, roi et reine d'Angleterre, vivent, très chrétiennement, à la cour.Après quelques années, la reine finit par attendre un enfant.

Suite à plusieurs visions, le roi obéit à l'ordre divin et décide de partir en exil, abandonnant toutes sesrichesses ; il est accompagné par sa femme qui ne peut se résigner à le laisser partir.

Le couple traverse la forêt, où la reine accouche de jumeaux.

Mais celle-ci, prised'un grand appétit, veut manger l'un de ses fils.

Guillaume part alors pour le port où il demande de l'aide : les marins, le prenant pour un mendiant, le suivent dans laforêt et emportent la reine.

Le roi décide alors de quitter l'Angleterre en bateau : il emmène l'un des enfants au port, puis s'en va chercher le second, mais ce dernierest enlevé par un loup qui l'apporte à des marchands, sans que Guillaume puisse le suivre.

L'enfant est adopté par un marchand, de même que le premier nourrisson,laissé sur le bateau, est recueilli par un bourgeois.

Ayant perdu femme et enfants, Guillaume embarque pour Galvaide, où il entre au service d'un bourgeois.

De soncôté, la reine arrive en pays de Sorlinc, où elle devient malgré elle l'épouse du seigneur Gliolas, qui lui offre sa terre.

Quant aux deux enfants, nommés Lovel etMarin, ils sont élevés par les marchands mais sont dotés de grandes qualités et s'aiment comme des frères puis découvrent comment ils ont été recueillis.

Ils quittentleurs pères et chevauchent ensemble, jusqu'à chasser un daim sur le territoire gardé par un forestier, lequel les conduit devant le roi, qui, au lieu de les punir, décidede les accueillir à la cour.

Nous revenons ensuite à Guillaume, qui, en parcourant les foires, rachète pour une grande somme un cor qu'il reconnaît être le sien.

Lenouveau roi lui demande de devenir son sénéchal mais il refuse.

Reparti en mer, une tempête le fait accoster sur la terre d'une femme seule, qu'il reconnaît ensuitepuisqu'il s'agit de Gratienne.

Ils partent ensemble à la chasse, mais Guillaume est mis en garde : il ne doit pas franchir la rivière, frontière entre la terre de Gratienne etun domaine ennemi.

Hélas, en poursuivant un cerf, Guillaume franchit la limite : il implore les ennemis de le gracier et révèle son identité.

Il comprend alors qu'il aface à lui ses fils, et leur apprend qu'ils sont en guerre contre leur mère.

La famille se retrouve donc, dans la joie et le pardon, et la reine donne au roi ennemi son fiefde Sorlinc.

Guillaume, Gratienne et leurs fils reprennent la mer, parviennent là où sont nés les jumeaux, et le pouvoir est rendu à Guillaume.

Cette trame narrativereprend la légende de Saint-Eustache, à cela près que le saint et sa famille sont morts en martyrs.

Ainsi, Guillaume d'Angleterre s'inspire de l'hagiographie maiss'inscrit dans le genre romanesque en proposant un renouvellement de cette histoire très connue au Moyen-Âge.Nous nous interrogerons sur l'espace dans ce roman : où l'histoire se déroule-t-elle, comment les personnages évoluent-ils dans cet espace, quelle est la symboliquedes différents lieux traversés ?Nous aborderons la spatialité dans Guillaume d'Angleterre en analysant d'abord la géographie de l'œuvre et en nous demandant si elle est « réaliste ».

Puis noustenterons d'identifier les espaces qui relèvent de topoï médiévaux.

Nous verrons ensuite quelle symbolique religieuse rattacher à certains lieux du roman, avant denous demander en quoi l'espace, dans ce texte, peut être qualifié de romanesque. 1.

Une géographie réaliste?Au premier abord, Guillaume d'Angleterre semble être un roman qui s'inscrit dans un cadre spatial relativement réaliste [2].

Toutefois, il est légitime de se demandersi cela est intentionnel et justifié. a.

Analyse des toponymesL'histoire, qualifiée de « voire »[3], est localisée dès le titre, du moins partiellement : elle se déroule, pour le début tout au moins, enAngleterre, comme le rappelle à deux reprises le prologue, en identifiant la source du récit – « les estoires d'Engleterre »[4] – et en utilisant la formule consacrée « enEngleterre ot ja un roi »[5] qui, pour un lecteur moderne, évoque les contes.

Au-delà de cette situation générale, nous pouvons relever un nombre certain detoponymes précis.Dans un premier temps, quelques villes sont directement localisables pour un lecteur du XXIe siècle : c'est le cas par exemple de Bristol orthographié « Bistot » ou« Bruiot »[6], ou encore de Londres[7].

Pour d'autres lieux en revanche, comme « Sorlinc »[8], « Catanaise »[9] ou bien « Gernemue »[10], dont l'orthographe est, deplus, fluctuante, l'identification est plus difficile.

Toutefois, si nous nous référons aux notes des deux ouvrages utilisés pour cette étude[11], nous constatons que J.Trotin et C.

Ferlampin-Acher parviennent à situer de façon plus ou moins précise ces divers toponymes.

Ainsi, tous deux s'accordent à dire que « Galvaide »[12] – ou« Galvoie »[13] – correspond à la presqu'île de Galloway, au sud-ouest de l'Écosse.

De même, Sorlinc serait l'équivalent de Stirling, en Ecosse également, Catenaise,celui de la région du nord-est de l'Écosse appelée Caithness, et Gernemue, celui du port de Yarmouth, en Angleterre.

Tous ces toponymes ont donc tendance àinscrire notre texte dans un espace réaliste.De plus, à certains moment du récit, le narrateur semble tout faire pour que l'auditeur se représente les divers espaces.

Prenons pour exemple le passage où le seigneurde Galvaide incite Guillaume à partir en voyage:Si va gaaigner et aquerreEn Flandres u en Engleterre,U en Provence u en Gascoigne.Se tu ses faire ta besoigneA Bar, a Provins u a Troies,Ne puet estre rice ne soies.[14] Ces quelques vers fonctionnent véritablement comme la délimitation d'un espace précis : une sorte de carré dont les sommets seraient l'Angleterre, les Flandres, laProvence et la Gascogne, régions importantes au Moyen-Âge.

De plus, les trois villes champenoises citées jouissent d'une réputation considérable pour leurs foires etrenvoient donc à une réalité certainement connue de l'auditoire du texte.Guillaume d'Angleterre semble ainsi s'inscrire dans la réalité cartographique du lieu où est planté le décor mais aussi dans une géographie qui correspond à desrepères pour l'auditoire du texte.b.

Un réalisme superficielSi l'analyse des toponymes du roman va dans le sens d'un certain réalisme, une lecture plus complète du texte permet de nuancer cette idée.Dans un premier temps, soulignons que hormis ces toponymes, le texte comporte peu, voire pas, d'éléments de description ou de détail qui alimenteraient lavraisemblance géographique.

De plus, alors que cet apparent réalisme a permis à certains chercheurs de supposer que le roman était dédié à une famille anglo-normande – ce qui ferait du texte un roman lignager – C.

Ferlampin-Acher est d'un avis opposé et affirme que « la géographie du roman témoigne d'une faibleconnaissance de l'Angleterre »[15].

Il semblerait donc que l'inscription du texte dans une réalité spatiale ne soit que superficielle, d'autant plus qu'un réalismeintentionnel témoignerait du caractère lignager du roman et que cette hypothèse est contestable et contestée.Dans un second temps, nous pouvons remarquer que de nombreux épisodes de l'histoire se déroulent en fait dans des lieux que l'on pourrait qualifier de génériques :la cour, la forêt, la mer...

Et il est fort probable que la localisation exacte de ces espaces n'apporte rien au sens du texte : au contraire, ces espaces a priori nonidentifiés sont porteurs d'une symbolique très forte .

Il faut certainement y voir des « lieux communs », au sens propre comme au figuré : communs à un grandnombre de récits médiévaux, et communs car porteurs d'une signification connue des gens du Moyen-Âge.Ceci nous conduit donc à nous interroger, au-delà de l'aspect réaliste des lieux du roman, dont nous avons cerné les limites, sur leur symbolique. 2.

Les topoï médiévauxSelon C.

Ferlampin-Acher, Guillaume d'Angleterre daterait du XIIIe siècle.

Or, à cette époque, l'héritage de la chanson de geste et des romans de chevalerie influe surla création littéraire, qui reprend nécessairement un certain nombre de topoï.a.

Les lieux symboliquesNous proposons d'interpréter la fonction des principaux lieux dans l'ordre du texte.Au début du roman, l'histoire se déroule à la cour du roi Guillaume.

C'est un espace étroitement lié au pouvoir du souverain, mais qui est aussi synonyme dereconnaissance et de vie sociale.

En effet, il y est conseillé par un chapelain, qui l'appelle « Sire »[16], et il est entouré de « cil de la court »[17], c'est-à-dire decourtisans.

Mais en dehors de cette cour, dans ce roman, le roi perd en quelque sorte son statut, si bien qu'il est pris pour un « truans »[18] par les marchands du portet qu'il entre au service du seigneur de Galvaide.

On remarque également, dans un passage quelque peu moralisant, plus loin dans le texte, une présentation péjorativede la cour :. »

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