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HEPTAMÉRON (L') de Marguerite de Navarre (analyse détaillée)

Publié le 23/10/2018

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HEPTAMÉRON (L'). Ouvrage inachevé de Marguerite de Navarre, dite aussi de Valois, ou d'Angoulême, reine de Navarre (1492-1549), composé de 72 contes et nouvelles. La première édition, posthume, incomplète et désordonnée, parut à Paris chez Gilles en 1558, sous le titre Histoire des amants fortunés. À la prière de Jeanne d’Albret, héritière de la reine de Navarre, Claude Gruget réalisa une édition plus complète, intitulée Heptamé-ron des nouvelles de la reine de Navarre, et qui fut publié à Paris chez Caveiller en 1559. Certains manuscrits nous ont néanmoins transmis une disposition

différente de la matière, ainsi que des nouvelles qui ne figurent pas dans les éditions de 1558 et 1559.

 

Il est impossible de fixer précisément la date de composition de l'ouvrage. L'idée d'écrire un Décaméron français est peut-être venue à Marguerite de Navarre au début des années 1540, lorsqu'elle incita l'humaniste Antoine Le Maçon à traduire Boccace. La reine a subi incontestablement l'influence de la nouvelle italienne, qui lui a révélé les rapports entre passion amoureuse et problématique morale. Même si l'Hep-taméron s'engage, dans le Prologue, à « n'escripre nulle nouvelle qui ne soit véritable histoire », des emprunts discrets aux Cent Nouvelles nouvelles (anonyme, xve s.) ou à des fabliaux célèbres émaillent l'ouvrage ; quant à la soixante-dixième nouvelle, ce n'est qu'une habile adaptation de la Châtelaine de Vergi (anonyme, XIIIe s.).

 

Parallèlement à ces sources, il faut souligner l'importance de la convivialité aristocratique et littéraire que Marguerite de Navarre connut dès ses plus jeunes années : accoutumée à un milieu cultivé, où l'on aimait agiter dans de libres causeries les problèmes philosophiques et moraux, la reine, devenue conteuse, n'était que plus habilitée à créer un entrelacs subtil de voix, qui enrichît la dimension narrative du texte.

 

Dix personnages nobles, cinq hommes et cinq femmes - au premier rang desquels figurent Oisille, dame âgée et pieuse, Parlamente et son mari, Hirtan -, sont réunis fortuitement dans une abbaye des Pyrénées : l’abondance des pluies les empêche de poursuivre leur chemin. Pour « adoulcir l’ennuy », ils décident de commencer chaque journée par la lecture et la méditation de la « Saincte Escripture » : ce sera « leur desjuner spirituel [...] pour fortifier le corps et l’esperit » ; après quoi, chacun d'eux racontera une histoire authentique dont la petite communauté s'attachera à dégager le sens et la leçon. Comme l’indiquent les titres des sept journées (« Des mauvais tours que les femmes ont faicts aux hommes et les hommes aux femmes », « Des dames qui en leur amytié n’ont cherché nulle fin que l’honnes-teté», etc.), la plus grande partie des histoires tourne autour de l’amour et des rapports entre les sexes : femmes avides de plaisirs, amants volages, moines paillards, couples admirablement fidèles, « transis d'amour» qui aiment mieux mourir que de se déclarer, tous les types amoureux défilent, et les épisodes les plus sublimes alternent avec la plus franche grivoiserie.

 

Il est vraisemblable, comme on l'a répété, que Marguerite de Navarre elle-même se cache derrière Parla-mente, et que les personnages de Hir-can et Oisille ne soient autres que son mari Henri d'Albret et sa mère Louise de Savoie. Mais cette identification importe moins à l'analyse littéraire que l'individualisation très forte des dix personnages, dont les discours correspondent à des options morales et à des philosophies de l'existence nettement différenciées. Les locuteurs ne communient pas dans l'adhésion aux mêmes références et aux mêmes valeurs, ce qui suffit à relativiser l'analogie entre Marguerite de Navarre et Boccace : chez ce dernier, chaque histoire produit une réaction unanime - plaisir ou tristesse, admiration ou répulsion - et témoigne donc, à la fois, de l'univocité du langage et de l'homogénéité de la morale aristocratique. Tout change avec l'Hep-taméron : le langage se trouble, le récit s'offre à la « dispute », et les interprétations varient au gré des choix éthiques (« Ceste histoire fut bien écoutée de toute la compaignye, mais elle luy engendra diverses oppinions »). Le contenu de chaque nouvelle n'est plus, comme chez Boccace, l'indice de la cohérence du groupe : il devient un opérateur permanent de différenciation, il marque des scissions, voire des lignes de fracture auxquelles les personnages semblent parfois mal se résigner. Le récit appelle la controverse, et la controverse appelle à son tour un

nouveau récit, dont on espère vainement qu'il fera taire les polémiques : ainsi s'enclenche une dialectique infinie de la narration et du dialogue, qui explique peut-être, par-delà les raisons conjoncturelles, que l'ouvrage se soit lui-même condamné à l'inachèvement.

« tours que les femmes ont faicts aux hommes et les hommes aux femmes », « Des dames qui en leur amytié n'ont cherché nulle fin que l'honnes­ teté », etc.), la plus grande partie des histoires tourne autour de l'amour et des rapports entre les sexes :femmes avides de plaisirs, amants vola­ ges, moines paillards, couples admirablement fidèles, «transis d'amour» qui aiment mieux mourir que de se déclarer, tous les types amou­ reux défilent, et les épisodes les plus sublimes alternent avec la plus franche grivoiserie.

Il est vraisemblable, comme on l'a répété, que Marguerite de Navarre elle-même se cache derrière Parla­ mente, et que les personnages de Hir­ can et Oisille ne soient autres que son mari Henri d'Albret et sa mère Louise de Savoie.

Mais cette identification importe moins à l'analyse littéraire que l'individualisation très forte des dix personnages, dont les discours corres­ pondent à des options morales et à des philosophies de l'existence nettement différenciées.

Les locuteurs ne commu­ nient pas dans l'adhésion aux mêmes références et aux mêmes valeurs, ce qui suffit à relativiser l'analogie entre Mar­ guerite de Navarre et Boccace : chez ce dernier, chaque histoire produit une réaction unanime - plaisir ou tristesse, admiration ou répulsion- et témoigne donc, à la fois, de l'univocité du lan­ gage et de l'homogénéité de la morale aristocratique.

Tout change avec l'Hep­ taméron : le langage se trouble, le récit s'offre à la« dispute», et les interpréta­ tions varient au gré des choix éthiques ( >).

Le contenu de chaque nouvelle n'est plus, comme chez Boccace, l'indice de la cohérence du groupe : il devient un opérateur permanent de différencia­ tion, il marque des sdssions, voire des lignes de fracture auxquelles les per­ sonnages semblent parfois mal se rési­ gner.

Le récit appelle la controverse, et la controverse appelle à son tour un nouveau récit, dont on espère vaine­ ment qu'il fera taire les polémiques : ainsi s'enclenche une dialectique infi­ nie de la narration et du dialogue, qui explique peut-être, par-delà les raisons conjoncturelles, que l'ouvrage se soit lui-même condamné à l'inachève­ ment.

La question de l'amour, qui résonne d'un bout à l'autre de l'Heptaméron, détermine naturellement les princi­ paux clivages.

Cette question com­ porte au moins deux aspects, à la fron­ tière souvent indécise, mais qu'il convient cependant de distinguer : le débat sur la nature de l'authentique amour, qui se prolonge à l'occasion en. »

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