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Jacques le Fataliste et son maître. Roman de Denis Diderot (analyse détaillée)

Publié le 22/10/2018

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Jacques le Fataliste et son maître. Roman de Denis Diderot (1713-1784), publié à Paris dans la Correspondance littéraire en 1778, et en volume chez Buisson en 1796.

La première mention du texte remonte à 1771 : d'après son ami Meister, Diderot aurait lu cette année-là, dans un salon, pendant deux heures, un roman intitulé Jacques le Fataliste. L'œuvre est directement inspirée du tome VIII de Vie et Opinions de Tristram Shandy, que Diderot reçoit en 1765. Au roman de l'Irlandais Laurence Sterne sont empruntés la blessure du héros qui ouvre Jacques le Fataliste et le massage de Denise qui le clôt. Entre les deux épisodes Diderot intercale librement dialogues, anecdotes, aventures picaresques, réflexions morales ou littéraires, apostrophes au lecteur et bien d'autres excroissances inattendues du récit.

Jacques chemine en compagnie de son maître, aristocrate oisif qui aime à écouter pour se désennuyer les histoires de son valet bavard et philosophe, pour lequel « tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas était écrit là-haut ». Tandis que Jacques raconte, à l’appui de sa théorie, comment un enchaînement fatal de circonstan-

ces l'a rendu amoureux et boiteux, les deux hommes vont d'aventures en aventures. Après avoir résisté à une attaque de brigands, perdu puis retrouvé montre, bourse, cheval, croisé le char funèbre du capitaine de Jacques, qui en fin de compte n'était pas mort, ils parviennent à l'auberge du Grand-Cerf au moment où Jacques narrait son séjour chez un chirurgien cupide à la suite d'une blessure de guerre. Pendant l'orage, l'hôtesse leur relate la terrible vengeance exercée contre un voyageur de l'auberge, le marquis des Arcis. par Mme de La Pommeraye, amante délaissée qui réussit à lui faire épouser à son insu une courtisane. Le beau temps revenu Jacques et son maître reprennent la route avec le marquis et son secrétaire Richard, naguère victime du supérieur de l'ordre des Prémontrés, le père Hudson. débauché qui échappa par intrigue au châtiment Chemin faisant malgré diverses interruptions, l'histoire des amours de Jacques progresse : une bonne action en faveur d’une misérable paysanne lui ayant valu d'être transféré au château de Desglands, il y fit la connaissance de Denise. Mais, avant d'en venir à la fin de cette histoire, Jacques révèle à son maître curieux comment il a perdu son pucelage.

 

Un mal de gorge suspend alors l'histoire de ses amours, et son maître entreprend de raconter les siennes. Il y a dix ans. trompé par son ami le chevalier de Saint-Ouin, le maître a été contraint d'endosser la paternité de l'enfant de ce filou. C’est précisément ce garçon qui, apprend-on enfin, est le but du voyage. Mais, chez la nourrice, un hasard malencontreux met le maître enprésence du chevalier, qu'il tue en duel. Ainsi s'achève l’histoire du maître.

Celle de Jacques n’aura pas de fin bien déterminée, puisque l’éditeur nous en propose trois versions. La première présente Jacques en train de quémander les faveurs de Denise. La deuxième décrit le sensuel massage de son genou par la jeune fille. La troisième montre Jacques jeté en prison après le meurtre du chevalier, puis délivré avec des brigands par la troupe de Mandrin, enfin accueilli à bras ouverts au château de Desglands sauvé grâce à lui du pillage, et où il finit par épouser Denise.

À première vue, l'auteur mérite la critique qu'il se fait malicieusement adresser dans Jacques le Fataliste par un lecteur imaginaire : «Votre Jacques n'est qu'une insipide rhapsodie de faits, les uns réels, les autres imaginés, [...] distribués sans ordre. » C'est en effet une gageure de résumer l'œuvre, non seulement parce qu'y alternent constamment la relation des aventures des deux voyageurs et le récit rétrospectif des amours de Jacques, mais aussi parce que sur ce tronc central viennent sans cesse se greffer d'autres histoires s'emboîtant un peu à la manière de poupées russes : l'histoire de Mme de La Pommeraye par l'hôtesse et celle du P. Hudson par le marquis des Arcis, véritables récits dans le récit, aussi bien que celles, plus brèves, du frère Jean et du capitaine de Jacques, dues à Jacques lui-même, ou encore celles du poète de Pondichéry et de Gousse, que l'auteur ne livre que par bribes pour mieux faire languir son lecteur.

Au total, donc, une œuvre hybride et polyphonique qui vagabonde d'un sujet à l'autre, s'essaie à plusieurs styles - du plus trivial au plus élevé - et multiplie les points de vue. Ainsi le thème cher à Diderot de l'inconstance amoureuse (voir *Supplément au Voyage de Bougainvïlle) est-il traité de bien des manières : sur le mode tragique dans l'histoire de Mme de La Pommeraye,

sur un ton satirique dans l'histoire de la pâtissière infidèle, ou franchement comique dans l'anecdote du chien du meunier transi d'amour, de façon grivoise dans la fable de la gaine et du coutelet, voire romanesque dans la digression emphatique sur l'inanité des serments amoureux.

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« présence du chevalier, qu'il tue en duel.

Ainsi s'achève l'histoire du martre.

Celle de Jacques n'aura pas de fin bien déter­ minée, puisque l'éditeur nous en propose trois versions.

La première présente Jacques en train de quémander les faveurs de Denise.

La deuxième décrit le sensuel massage de son genou par la jeune fille.

La troisième montre Jac­ ques jeté en prison après le meurtre du chevalier, puis délivré avec des brigands par la troupe de Mandrin, enfin accueilli à bras ouverts au château de Desglands sauvé grâce à lui du pillage, et où il finit par épouser Denise.

À première vue, l'auteur mérite la critique qu'il se fait malicieusement adresser dans Jacques le Fataliste par un lecteur imaginaire : «Votre Jacques n'est qu'une insipide rhapsodie de faits, les uns réels, les autres imaginés, [ ...

] distribués sans ordre.

>> C'est en effet une gageure de résumer l'œuvre, non seulement parce qu'y alternent constamment la relation des aventures des deux voyageurs et le récit rétros­ pectif des amours de Jacques, mais aussi parce que sur ce tronc central viennent sans cesse se greffer d'autres histoires s'emboîtant un peu à la manière de poupées russes : l'histoire de Mme de La Pommeraye par l'hôtesse et celle du P.

Hudson par le marquis des Arcis, véritables récits dans le récit, aussi bien que celles, plus brè­ ves, du frère Jean et du capitaine de Jacques, dues à Jacques lui-même, ou encore celles du poète de Pondichéry et de Gousse, que l'auteur ne livre que par bribes pour mieux faire languir son lecteur.

Au total, donc, une œuvre hybride et polyphonique qui vagabonde d'un sujet à l'autre, s'essaie à plusieurs sty­ les - du plus trivial au plus élevé -et multiplie les points de vue.

Ainsi le thème cher à Diderot de l'inconstance amoureuse (voir *Supplément au Voyage de Bougainville) est-il traité de bien des manières : sur le mode tragique dans l'histoire de Mme de La Pommeraye, sur un ton satirique dans l'histoire de la pâtissière infidèle, ou franchement comique dans l'anecdote du chien du meunier transi d'amour, de façon gri­ voise dans la fable de la gaine et du coutelet, voire romanesque dans la digression emphatique sur l'inanité des serments amoureux.

C'est que Diderot se soucie peu de respecter les usages romanesques de son temps.

Bien au contraire, refusant les recettes faciles des « faiseurs de romans » (rencontres inopinées, lettres reconstituées, accumulations rocam­ bolesques), il se vante à plusieurs repri­ ses de ne pas écrire un roman, terme évocateur pour lui de mensonge : > Contre les invraisemblances d'un Prévost, Diderot se réclame d'une lignée d'écrivains capables d'être vrais sans être plats : «S'il faut être vrai, c'est comme Molière, Regnard, Richardson, Se­ daine ; la vérité a ses côtés piquants, qu'on saisit quand on a du génie.>> On peut donc définir Jacques le Fata­ liste comme un antiroman, si l'on entend par là une remise en question des formes romanesques à la mode dans les années 17 60 et non pas un Nouveau Roman au sens actuel du terme.

Antiroman d'amour, Jacques le Fataliste se joue des contes amoureux dont on gave depuis toujours un lec­ teur crédule.

Antiroman d'aventures aussi, il se plaît à parodier les situations incroyables des récits picaresques, tel ce cheval volé que l'on retrouve juste­ ment entre les mains d'un laboureur de rencontre.

Antiroman historique, enfin, Jacques le Fataliste n'a que les apparences de la précision chronologi­ que propre à ce genre, puisque, à côté. »

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